BMCR 2008.12.13, Dimitrios Yatromanolakis, Sappho in the Making
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Dimitrios Yatromanolakis, Sappho in the Making: The Early Reception. Hellenic Studies 28. Washington, D.C.: Center for Hellenic Studies, 2007. Pp. xx, 442. ISBN 9780674026865. $19.95 (pb). Reviewed by Gauthier Liberman, Universite/ Paris Ouest ([email protected]) Word count: 3248 words ------------------------------- To read a print-formatted version of this review, see http://ccat.sas.upenn.edu/bmcr/2008/2008-12-13.html To comment on this review, see http://www.bmcreview.org/2008/12/20081213.html ------------------------------- D. Yatromanolakis, dont la bibliographie sapphique est d'ores et de/ja\ importante,[[1]] se focalise dans ce livre sur la re/ception de Sappho de l'archai+sme tardif a\ l'e/poque classique incluse (Athe\nes essentiellement), avec un aperc,u sur les de/buts de la pe/riode helle/nistique. Mais le livre porte aussi sur la me/thodologie de l'anthropologie culturelle et son e/piste/mologie. Elles font l'objet du premier chapitre (p. 1-49), intitule/ "An Anthropology of Reception", et sont une pre/occupation constante de l'auteur dans les autres chapitres, de telle manie\re qu'on pourrait presque re/intituler le livre Essai sur la me/thode en anthropologie culturelle d'apre\s l'exemple de la premie\re phase de la re/ception ancienne de Sappho. Le titre adopte/ a l'avantage de l'e/conomie. Selon l'auteur, la de/marche classique consiste a\ tenter d'atteindre et de restituer la Sappho originelle en se/parant, dans la documentation, ce qui est de/formation et ce qui est pre/tendument original. C'est ce qu'il appelle, p. 364, "a corrective approach to ancient Greek evidence". Avec cette me/thode, on parvient, d'apre\s l'auteur, pluto^t a\ une reconstruction ("rewriting", selon une expression pour laquelle il a une pre/dilection tre\s marque/e) qu'a\ une restitution. Il pre/fe\re, quant a\ lui, e/tudier en anthropologue la construction multiforme par une culture, a\ une e/poque donne/e, de son image de Sappho. Cette image, l'auteur l'e/tudie d'abord (chapitre II, "Ethnographic Archives of Vraisemblance in Attic Ceramics", p. 51-164) dans les repre/sentations vasculaires. Il sugge\re que Sappho est conc,ue d'apre\s le paradigme masculin d'Anacre/on et que l'ensemble forme/ par Sappho et ses compagnes (son thiase, mot que, sauf erreur, Yatromanolakis n'emploie jamais, certainement a\ dessein) est repre/sente/, physiquement et mentalement, sur le mode\le du banquet masculin. L'auteur examine en de/tail la documentation vasculaire, de/crit et analyse minutieusement les sce\nes a\ chaque fois tre\s utilement reproduites en noir et blanc. L'e/tude riche et passionnante, qui constitue a\ mon avis la meilleure partie du livre, est mene/e avec brio, habilete/, et me^me clarte/, bien que la clarte/ ne soit pas la qualite/ par laquelle cette monographie se signale le plus. En effet, de\s que l'auteur ge/ne/ralise ou the/orise, il recourt d'une manie\re souvent abstruse et parfois vague a\ l'abstraction jargonnante. En voici un exemple tire/ de ce chapitre (p. 141) et qui n'est pas le plus prononce/ du livre: "The highly marked figure of that Eastern female poet was subjected to a variety of naturalizing processes of vraisemblance or mythopractical associations. The multilayeredness of such receptorial practices--at times habitually enacted, at other times originating from and performed by localized discursive agencies--contributed to the trafficability of the image of Sappho in terms of a polyvalent socioaesthetic coinage. The value of her figure and poetry was thus constructed and assessed to the different symbolic capitals privileged in specific discursive contexts". Il est vrai que le chapitre I s'est appesanti sur les concepts mis en oeuvre dans ce passage. Ainsi pour la mythopraxis, e/voque/e p. 42-48, qui "encapsulat(es) the dynamic dialogue between sanctioned discourses (muthoi) and their activation on different occasions and by different, individual, collective, or institutionally authorized agents (praxis)" (p. 43). L'auteur ainsi que la notice de la dernie\re de couverture, relaye/s par les e/loges magnifiques de Marcel Detienne et de Chr. Sourvinou-Inwood cite/s la\-me^me, mettent en avant la nouveaute/ de la me/thode et de la Problematik de l'auteur. Au cours de son examen de la documentation vasculaire, Yatromanolakis e/tudie e/galement avec soin les modalite/s et la fonction de la repre/sentation du papyrus et de la figuration de lettres ou de mots dans les vases. Dans les deux gros chapitres suivants ("The Anthropology of Ancient Reception: The Late Archaic and Classical Periods", p. 165-286, et "Traditions in Flux", p. 287-367), l'auteur se penche plus particulie\rement sur la re/ception de Sappho vue au travers de la litte/rature, aux e/poques de l'archai+sme tardif et du classicisme, ensuite a\ l'e/poque de la come/die moyenne et au de/but de l'e/poque helle/nistique. D'abord, Sappho est vue 1) au prisme du banquet masculin sous un quadruple jour e/rotique, he/tairique, pe/de/rastique et home/oe/rotique; 2) au prisme des re/unions musicales de femmes dont les arts figure/s se font l'e/cho; 3) au prisme de l'institution du mariage et des rites nuptiaux. S'affirment ensuite la docte Sappho, dixie\me Muse helle/nistique, et la musicale amante de Phaon. C'est, me semble-t-il, avec un succe\s modeste que Yatromanolakis (p. 294 et suivantes) met en question les the\ses de Welcker sur la responsabilite/ de la come/die athe/nienne dans la construction de la Sappho re/ceptoriale. L'auteur e/tudie chaque stade de cette construction avec une multiplicite/ d'e/clairages qui ne/glige peu d'aspects socioculturels et, comme l'auteur aime a\ dire, socioesthe/tiques. Tre\s variable est la force persuasive des arguments qu'il avance pour fonder les diffe/rentes figures de Sappho qu'il de/gage d'une documentation peu abondante, fragmentaire et non toujours univoque. La documentation litte/raire sur le re/emploi et la recontextualisation des poe\mes de Sappho (a\ la diffe/rence de ceux d'Alce/e) dans le cadre du banquet est extre^mement restreinte et l'auteur, supple/ant pour ainsi dire par lui-me^me aux lacunes de la documentation, est amene/ a\ imaginer comment certains poe\mes de Sappho ou certains passages de ces poe\mes pouvaient e^tre, volontairement ou involontairement, de/tourne/s par leurs re/utilisateurs symposiaques. Les ambigui+te/s releve/es dans les poe\mes de Sappho par Yatromanolakis au sein de la section "Contextual Plasticity" (p. 279 ss.) peuvent e^tre re/elles mais, quand la documentation fait de/faut, il parai^t singulie\rement ale/atoire de chercher a\ savoir quels passages ont pu e^tre de/tourne/s et dans quel sens. Les analyses de l'auteur sont, ici tout particulie\rement, expose/es au risque d'avoir une probabilite/ inversement proportionnelle a\ leur subtilite/. Ces ambigui^te/s n'en disent-elles pas plus sur Sappho comme auteur que sur sa re/ception? L'ide/e de voir dans <greek>e)qe/loisan</greek> (Sappho fr. 1,24 Voigt) une re/e/criture signifiante, lie/e a\ la reperformance, de <greek>e)qe/loisa</greek> (p. 348) parai^t inge/nieuse mais est doublement fourvoye/e. La philologie, critique/e ici ou la\ en certaines de ses pratiques par Yatromanolakis (p. 10 n. 34;[[2]] p. 353), peut ou doit ici servir de borne a\ l'imagination du mythopraticien: atteste/e, la variante de/termine/e comme fautive devrait selon toute probabilite/ e^tre assigne/e a\ une faute de copie banale, mais, loin que <greek>e)qe/loisan</greek> soit une variante, l'accusatif appartient a\ une conjecture moderne (G. H. Schaefer, 1808). Ce n'est pas le seul endroit ou\ l'armature et le jugement de l'auteur en matie\re philologique pre/sentent des failles: en commentant la version restitue/e du fr. 118 Voigt dans les deux e/ditions (1923 et 1935) d'Ernst Diehl (fr. 103), il affirme (p. 9) que ce dernier "did not detect any metrical incertainties in the text", ce qui est e/videmment faux; il dit (p. 10) que les e/pithalames de Sappho e/taient familiers au Byzantin Michel Italicos, ce qui est douteux ou faux (voir mon e/dition d'Alce/e, I, p. LXV n. 223) et en tout cas me/ritait plus ample discussion; lui qui plus d'une fois vitupe\re le "rewriting" de certains philologues, il commente (p. 140) dans Aristophane, Thesm., 162, une lec,on sans s'aviser ou pre/ciser que c'est une correction, d'ailleurs moins audacieuse que brillante; critiquant (p. 169 ss.) comme "a quite speculative rendering of the transmitted text" la correction de Rudolf Pfeiffer que j'ai adopte/e dans le ce/le\bre fragment 384 d'Alce/e,[[3]] il envisage la lec,on pro^ne/e par Paul Maas et adopte/e par Voigt <greek>a)/pfoi</greek> mais ne parai^t pas s'aviser de l'e/norme difficulte/ que constitue l'hiatus stylistique entre l'hapax hypocoristique (petite che/rie, mignonne ou quelque chose de ce genre) et le reste du vers (o^, sainte... a\ la couronne de violettes et au sourire de miel); il affirme (p. 252 n. 374) qu'Alce/e a compose/ des "pederastic songs", et, a\ en croire certains te/moignages, cela semble exact, mais il est curieux que les erotica d'Alce/e soient si peu nettement repre/sente/s dans nos fragments d'Alce/e et la question de la valeur de nos te/moignages, a\ laquelle Yatromanolakis est par ailleurs si me/thodologiquement sensible, se pose ici; il se figure (p. 300) que chez Antiphane fr. 194,13 Kassel-Austin l'adresse de Sappho a\ son interlocuteur, <greek>pa/ter</greek>, peut faire allusion aux noms diffe/rents dont la tradition affuble le pe\re de Sappho (l'interpre/tation e/vidente est pre/sente/e p. 304 en note a\ titre de possibilite/); "I agree that <greek>koimh/sato</greek> in the transmitted text should not be dismissed" (p. 326 a\ propos de Posidippe 122,1 Austin-Bastianini): l'ennui, c'est qu'avec cette lec,on le vers est irre/me/diablement inintelligible et inconstructible. La discussion me/trique du fr. 44 Voigt (p. 199) part, comme si elle allait de soi, de la the/orie de G. Nagy, qui suppose l'hexame\tre e/pique de/rive/ d'un vers e/olien; il est maladroit de dire que la base e/olienne, terme trompeur invente/ par G. Hermann, est un archai+sme me/trique. Je ne sais trop que penser de cette affirmation: "that Anakreon must have been familiar with Sappho's songs is firmly established, as I have shown, by the parallel existence of their visual representations on Attic vases" (p. 217). D'abord, peut-on tirer une telle conclusion de repre/sentations vasculaires?; ensuite, ou\ est la de/monstration? L'auteur e/voque brie\vement (p. 360 n. 341) le cas de P. Ko^ln inv. 21351 + 21376 (de/but du IIIe s. av. J.-C.) et sugge\re que la pie\ce non-sapphique pourrait represent a poem attributed at an earlier period to Sappho in the context of performances and reperformances of her songs in Attic symposia. Le poe\me-pastiche est e/crit par un autre copiste: en est-il l'auteur (cf. Studi e Testi di Papirologia, 9, 2007, p. 51)? Pour ce qui est de la recontextualisation des poe\mes, la chaine symposiaque (cf. les Theognidea) semble pre/senter un inte/re^t que Yatromanolakis aurait pu exploiter. Sappho elle-me^me a pu exe/cuter plusieurs pie\ces dans un ordre de succession signifiant, qui e/claire ou oriente le sens de chaque poe\me et peut-e^tre me^me donne lieu a\ des ensembles plus ou moins stables; paralle\lement et ensuite, on a pu, dans des cadres et selon des modalite/s diffe/rentes, exe/cuter des chansons de Sappho seules ou avec des poe\mes d'autres auteurs de telle manie\re que l'ordre soit signifiant et engendre des groupes pre/figurant en quelque sorte les recueils de poe\mes plus ou moins purement livresques des e/poques helle/nistiques et romaines. A\ elle seule, la concate/nation symposiaque offre des possibilite/s inte/ressantes de recontextualisation. Y-a-t-il des traces de tels ensembles dans ce qui reste des e/ditions alexandrines d'Alce/e et me^me, par dela\ les crite\res de rangement me/triques, de Sappho? Dans sa discussion rapide de la transmission des poe\mes de Sappho (p. 207 ss.), Yatromanolakis ne se pose pas la question de savoir comment autant de poe\mes de dimension variable mais toujours, pour autant qu'on sache, modeste ont pu survivre a\ Sappho et parvenir aux e/diteurs alexandrins: ce fait n'implique-t-il pas une transmission e/crite intervenue tre\s to^t? Bien que Yatromanolakis parle beaucoup de Sappho et d'Anacre/on et de leur association, le proble\me de la chronologie de la poe/tesse n'est e/voque/ que d'une manie\re fugitive (p. 334 n. 219), dans la partie qui discute l'histoire ce/le\bre de Doricha-Rhodopis et de Charaxos. Le proble\me chronologique, vu sous l'angle de cette seule histoire, est le suivant: Charaxos, le plus a^ge/ des fre\res de Sappho d'apre\s le traite/ de Chamaile/on sur la poe/tesse, s'e/prend, selon He/rodote, de la courtisane Rhodopis, dont l'historien place le floruit sous le re\gne du pharaon Amasis (569-525); or Sappho est cense/e e^tre ce/le\bre en 600-599 et son floruit est place/ par la Souda en 612-609. Si, contre J. Beloch, S. Mazzarino et D. Fehling, qui font de Sappho une contemporaine d'Anacre/on, on maintient la chronologie haute de la poe/tesse, la question chronologique ne se re/soud pas, comme d'aucuns l'ont cru, par la dissociation de Rhodopis et de Doricha, la mai^tresse de Charaxos, qu'He/rodote confond avec Rhodopis (certains Modernes font de Rhodopis le nom de courtisane de Doricha, mais Athe/ne/e maintient qu'il s'agit de deux personnes distinctes). En effet, on ne peut e^tre certain qu'He/rodote ne fixe pas la date de Rhodopis (personnage aussi historique qu'E/sope?) en prenant pour repe\re la date ou\ il place Sappho. J'avoue n'e^tre plus aussi convaincu de la justesse de la datation haute des poe\tes lesbiens et de Pittacos, adopte/e par une e/crasante majorite/ d'e/rudits. Le poe\me 48 d'Alce/e est trop fragmentaire pour e^tre de/cisif. Une nouvelle enque^te approfondie me semble ne/cessaire. Par le biais du mot <greek>perilesxh/neutos</greek> employe/ par He/rodote, Yatromanolakis rattache son re/cit sur Rhodopis au banquet, auquel il lie aussi l'association indirecte, dit-il, des poe\mes de Sappho aux fables d'E/sope. Le symposiocentrisme (si j'ose dire) de Yatromanolakis l'ame\ne peut-e^tre a\ ne/gliger certains angles de vue. L'histoire d'E/sope et de Rhodopis me semble avoir une dimension folklorique marque/e, a\ certains e/le/ments de laquelle Welcker avait e/te/ sensible, dans une e/tude pionnie\re que Yatromanolakis n'utilise pas, "Aesop eine Fabel", 1839 (reprise dans ses Kleine Schriften, II, p. 228-263). On a un couple antithe/tique d'esclaves qui connai^t une destine/e exceptionnelle et sort de sa condition, l'une, Rhodopis au visage de rose, gra^ce a\ sa beaute/, l'autre, gra^ce a\ son astuce et a\ son intelligence, E/sope, l'homme au visage bru^le/, selon Welcker, d'apre\s une e/tymologie fausse mais peut-e^tre antique, Gluecksauge selon une e/tymologie plus satisfaisante pour un Moderne et tout aussi parlante. He/rodote ayant se/journe/ a\ Samos et E/sope et Rhodopis e/tant esclaves d'un certain Iadmon de Samos, c'est peut-e^tre la\ que l'historien a entendu (de la bouche, sugge\re Welcker, de Iadmon petit-fils du Iadmon proprie/taire des deux esclaves) leur histoire -- Lokalgeschichte qui, argue Welcker, servait les inte/re^ts de la maison de Iadmon. E/voquant les reproches adresse/s par Sappho a\ son fre\re au sujet de sa liaison avec celle qu'il nomme Rhodopis, He/rodote se re/fe\re a\ une poe/sie de Sappho, chez qui selon toute apparence il n'e/tait pas question de Rhodopis. Strabon pre/cise que la poe/tesse appelle Doricha celle que d'autres nomment Rhodopis. Se fondant sur un examen autoptique, Yatromanolakis confirme contre J. B. Lidov ("Sappho, Herodotus and the Hetaira", CPh, 97, 2002, p. 203-237) la lec,on du papyrus qui rend pour ainsi dire ine/vitable la restitution du nom de Doricha dans le fragment 15 Voigt de Sappho (voir e/galement fr. 7 selon un supple/ment de Lobel). La pre/sence du nom de Doricha chez Sappho frappe de caducite/ totale ou en tout cas partielle la the/se de Lidov attribuant a\ une invention de la come/die ancienne l'affaire e/voque/e par He/rodote. Yatromanolakis pre/sente d'inte/ressants e/le/ments pour expliquer la confusion dont He/rodote est cense/ e^tre le vecteur. Cette confusion, qu'He/rodote, connaisseur des poe\tes lesbiens, n'a pas corrige/e, lui parut-elle e/taye/e par le fait que Doricha e/tait quelque part qualifie/e de l'e/pithe\te <greek>r(odw=pis</greek> (maintenant atteste/e a\ notre connaissance chez le seul Nonnos) ou par un passage ambigu de Sappho ou\, par exemple, figurait l'adjectif <greek>bro/dwpis</greek>? On trouve chez la poe/tesse des compose/s analogues, ou\ cependant le second terme vise les yeux. Ce ne serait pas la seule fois qu'on aurait abuse/ d'un passage de la poe/tesse pour mettre en rapport avec elle un autre personnage ce/le\bre. Le bref chapitre V (p. 363-367), "In Search of Sappho's Companions: Anthropological Fieldwork on Socioaesthetic Cultures", sert de conclusion. Il est suivi par une bibliographie tre\s riche et diverse (p. 371-426), a\ quoi on peut ajouter l'opuscule susmentionne/ de Welcker, B. Marzullo, Studi di poesia eolica, Florence, 1958 (que Yatromanolakis aurait du^ citer dans sa discussion de la langue d'Alce/e et Sappho, p. 241, tout en mentionnant qu'en 1897 W. Schulze avait de/ja\ vu juste en cette matie\re); Fr. Lasserre, Sappho. Une autre lecture, Padoue, 1989. Suivent un index of subjects, un index of names et un index of Greek terms (translitte/re/s); l'absence d'un index des passages est tre\s regrettable. Deux remarques, avant de passer a\ une conclusion ge/ne/rale. La connaissance de la suggestion d'Henri Weil (JS, 1902, p. 138) n'aurait pas desservi la discussion rapide (p. 351 ss.) du dialogue pre/tendu entre Sappho et Alce/e.[[4]] Yatromanolakis (p. 333 ss.) traduit et discute rapidement le ce/le\bre fragment 55 Voigt de Sappho: when you are dead you will lie there and never any memory of you or any verse for you will there be in the future; for you have no share in the roses of Pieria, but unnoticed in the house of Hades too your soul will wander among the faded corpses. Pour ma part, je pre/fe\re de beaucoup, dans la crux bien connue du v. 2, la correction inde/pendamment faite par Bucherer et Wilamowitz (Sappho und Simonides, p. 88 n. 2, cf. Il., 14,368), <greek>ou)de\ po/qa ei)s</greek>, il n'y aura ni souvenir ni regret de toi, a\ celle de Yatromanolakis, <greek>ou)d' e)/pos ei)s</greek>, qui offre un sens et une phrase/ologie (<greek>se/qen... e)/pos</greek>, verse for you) moins satisfaisants. Une mauvaise ponctuation de/pare toujours ce superbe morceau: il convient, je crois, de mettre entre parenthe\ses ou points en haut le texte grec correspondant a\ for you have... Pieria. Le livre de Yatromanolakis me semble pleinement re/ussi en tant qu'il montre qu'a\ ses diffe/rentes e/tapes la re/ception de Sappho en dit moins sur la Sappho originelle que sur l'e/poque qui construit ses figures particulie\res de Sappho. Il a e/tudie/ avec beaucoup de subtilite/ les modalite/s anthropologiques, sociologiques et culturelles de cette construction et de certaines recontextualisations auxquelles elle a donne/ ou pu donner lieu; il a tre\s bien releve/ la nature le plus souvent androcentrique de cette construction. En faisant de l'e/tude des e/poques tardo-archai+que et classique au miroir de leur re/ception de Sappho le pre/alable a\ la recherche anthropologique de la Sappho originelle, l'auteur a e/te/ paradoxalement confronte/ a\ une rare/faction de la base documentaire textuelle. En effet, je crois pouvoir dire que nos plus abondants documents de ce type sur Sappho ne sont pas, aujourd'hui, les divers te/moignages tardo-archai+ques et classiques sur elle, mais ses poe\mes. Certes, nous connaissons ces derniers par le truchement des e/ditions alexandrines, dont le texte nous est livre/ incomple\tement et fragmentairement par la tradition indirecte (citations) et la tradition directe papyrologique, mais il n'empe^che: jusqu'a\ preuve du contraire, il s'agit des poe\mes de la Sappho originelle. a\ la paucite/ irre/ductible de sa documentation textuelle re/ceptoriale (si j'ose dire) Yatromanolakis me semble avoir trop souvent re/pondu tanto^t par une sollicitation excessive des documents (cf. par exemple le repe/rage dans les poe\mes sapphiques d'ambigui+te/s susceptibles d'avoir e/te/ exploite/es par les re/utilisateurs symposiaques), tanto^t par un exce\s de me/tadiscours abscons et parfois par des de/clarations d'intention programmatiques. La superficialite/ de certaines analyses en particulier textuelles, le manque occasionnel d'acribie et de jugement philologiques contrastent, me semble-t-il, avec la force remarquable de l'engagement et des exigences e/piste/mologiques affiche/es et de/veloppe/es par l'auteur. Une ombre pe\se sur son e/tude, celle de la Sappho de Lesbos au VIIe s. Pour l'e/tude de cette Sappho, encore bien plus que pour l'e/tude des premie\res phases de sa re/ception, les donne/es sociologiques et anthropologiques manquent, mais rien n'y fait: l'e/tude approfondie de cette Sappho est indispensable, le seul accroissement de notre documentation textuelle la commande. Yatromanolakis (p. 258, 364 ss.) l'appelle aussi de ses voeux, a\ condition qu'elle soit anthropologique et conforme a\ la me/thode qu'il met en oeuvre dans ce livre. Pour tenir debout, cette e/tude devra, selon moi, e^tre aussi fortement historique et philologique. Jamais autant qu'aujourd'hui on n'a eu les moyens de mener cette e/tude, mais la parfaite mai^trise de tous ces moyens par un seul homme est tre\s difficile. Le jour e/ventuel ou\ cette e/tude sera re/alise/e, je ne doute gue\re que certains aspects obscurs de la re/ception de Sappho n'en rec,oivent une lumie\re nouvelle. L'e/tude de la Sappho primitive et celle de la Sappho re/ceptoriale sont solidaires. Quels que soient ses de/fauts et ses lacunes, le livre souvent brillant de Yatromanolakis, fruit d'un travail conside/rable, est incontournable pour tous ceux qui s'inte/ressent a\ la re/ception de Sappho, a\ l'histoire et a\ l'anthropologie de l'archai+sme tardif et de la pe/riode classique, et a\ ceux qu'inte/resse l'insaisissable Sappho (ou pluto^t les Sappho) primitive. ------------------ Notes: 1. Je regrette de n'avoir pas connu son article "Alexandrian Sappho Revisited", HSCP, 99, 1999, p. 179-195, lorsque j'e/crivis "L'e/dition alexandrine de Sappho", Studi e Testi di Papirologia, 9, 2007, p. 41-65. Yatromanolakis n'e/voque pas en de/tail dans le pre/sent livre la question de l'organisation de l'e/dition alexandrine de Sappho; peut-e^tre le fait-il dans son commentaire sur Sappho (2008), que je n'ai pas vu. 2. L'auteur vise Edgar Lobel et ceux que, selon lui, anime "a desire to undermine everything the ancients (or medieval Greek sources) report". Mais lui aussi met tre\s souvent en question ce que les Anciens nous disent: ainsi, par exemple, il doute avec raison, je crois, de la fiabilite/ du te/moignage d'Aristote sur le dialogue d'Alce/e et de Sappho (p. 355) et il nous avertit (p. 87) a\ juste titre que tel te/moignage d'E/lien sur Solon apprenant au banquet un poe\me de Sappho refle\te non la re/alite/ archai+que mais une pratique plus rapproche/e d'E/lien dans le temps. 3. Selon l'auteur, le fragment pourrait e^tre de Sappho. Mais le contexte pre/cis de la citation par He/phaestion semble en faveur de l'attribution a\ Alce/e. Il est regrettable que Yatromanolakis ne se soit pas inte/resse/ d'assez pre\s a\ la technique de citation d'He/phaestion (cf. L. Righini, SFIC, 24, 1950, p. 65-75). 4. Pour une re/cente re/habilitation enthousiaste du te/moignage d'Aristote, voir Colin Austin, Nuits chaudes a\ Lesbos, Studi e Testi di Papirologia, 9, 2007, p. 121-122.