BMCR 2009.04.68: Bodiou on King, La medecine dans l'Antiquite grecque et romaine
Bryn Mawr Classical Review <[email protected]> Mon, 27 Apr 2009 11:22:01 -0400 (EDT)
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Helen King, Ve/ronique Dasen, La me/decine dans l'Antiquite/ grecque et romaine. Lausanne: Bibliothe\que d'Histoire de la Me/decine et de la Sante/, 2008. Pp. ix, 129. ISBN 9782970053668. EUR 18.66 (pb). Reviewed by Lydie Bodiou, Universite/ de Poitiers, France ([email protected]) Word count: 1629 words ------------------------------- To read a print-formatted version of this review, see http://bmcr.brynmawr.edu/2009/2009-04-68.html To comment on this review, see http://www.bmcreview.org/2009/04/20090468.html ------------------------------- La me/decine dans l'Antiquite/ grecque et romaine est le sujet du livre propose/e par Ve/ronique Dasen et Helen King. Ouvrage a\ la fois utile et pratique, habilement construit et e/le/gamment e/crit, il est du^ a\ deux antiquisantes spe/cialistes de l'histoire du corps et du genre : Helen King, historienne de la me/decine, particulie\rement des femmes et de la me/decine et Ve/ronique Dasen, historienne et arche/ologue qui a de/ja\ publie/ plusieurs ouvrages tant l'embryon, les jumeaux ou encore sur la naissance et la petite enfance dans l'Antiquite/ gre/co-romaine. Ce livre de 129 pages allie la rigueur de la de/marche historique a\ la concision essentielle d'un manuel. Aussi s'adresse-t-il aussi bien a\ tous ceux qui sont curieux de connai^tre mieux la me/decine dans l'Antiquite/ qu'aux e/rudits, aux e/tudiants ou aux lecteurs avertis qui trouveront un appareil de notes, une bibliographie et aussi les sources antiques si utiles a\ la "rede/couverte" de l'essence me^me de la me/decine. A la croise/e des travaux fondateurs de l'histoire de la me/decine de M. Grmek, D. Gourevitch ou de G.E.R. Lloyd et des approches plus re/centes sur l'histoire du corps, cet ouvrage met en lumie\re l'aube de la science me/dicale. Divise/ en trois parties et bien servi par une mise en page e/le/gante et visuellement claire, ce livre est plaisant a\ la consultation et me^le avec e/quilibre la mise a\ disposition du savoir et les sources anciennes tant litte/raires qu'iconographiques. La premie\re partie re/dige/e par Helen King est la traduction franc,aise d'un livre qu'elle a publie/ en 2001 (Bristol Classical Press), auquel s'ajoute ici un chapitre sur les femmes et la me/decine. Cette partie s'attache a\ retracer l'e/volution de la me/decine et du traitement de la sante/ tout au long de la pe/riode gre/co-romaine. A la fois chronologique et the/matique, cette partie restitue les grandes avance/es de l'histoire me/dicale : de ses origines, alors fortement lie/e a\ la religion grecque au grand tournant hippocratique de l'e/poque classique, qui voit la ve/ritable naissance d'une science et d'une pratique. Hippocrate e/tant conside/re/ comme "le pe\re de la me/decine", nombre de ses traite/s ou attribue/s comme tels sont parvenus jusqu'a\ nous. Un e/ve\nement historique majeur date/ est e/tudie/ sous l'angle de l'imbrication de la sante/ et du politique : la peste d'Athe\nes entre 430 et 426 av. J. -C., e/pisode e/pide/mique qui de/vaste et marque durablement la cite/ est relaye/ par les historiens qui en font un sujet litte/raire particulie\rement Thucydide. Le champ de l'investigation me/dicale se poursuit a\ Alexandrie, a\ l'e/poque helle/nistique sous les Ptole/me/es. Deux figures dominent l'e/poque : He/rophile et Erasistrate qui, contrairement a\ leurs pre/de/cesseurs, be/ne/ficient des savoirs issus de la pratique de la dissection. Notre connaissance de la me/decine a\ Rome commence au IIIe siecle apre\s J.-C. et apparai^t fortement influence/e par la me/decine grecque tant dans les pratiques que dans l'exercice. Une me/decine proprement romaine s'impose a\ l'e/poque impe/riale avec Galien aussi prolifique qu'influent. Sa conception du corps, de sa me/canique interne comme la the/orie des humeurs ont domine/ la pense/e me/dicale jusqu'au XVIIe sie\cle. Soigner la maladie, c'est pour le me/decin d'abord recommander le re/gime, un "mode de vie" qui maintiendra l'e/quilibre et ainsi la sante/, prescrire les reme\des, a\ la fois des substances aux proprie/te/s me/dicinales efficaces ou symboliques ou avoirs recours a\ la chirurgie. La gyne/cologie, "me/decine des femmes" est exemplaire de la perception des mentalite/s antiques et des pre/juge/s qui pre/valent a\ la compre/hension de ce corps malade de son sexe dont le bon fonctionnement est ne/cessaire a\ la survie de la communaute/. Enfin le dernier the\me aborde utilement le temps long : la difficile transmission des textes me/dicaux antiques et la pe/rennite/ de ces the/ories qui ont pre/valu jusqu'au XIXe sie\cle dans l'enseignement des the/ories me/dicales; c'est le de/veloppement technologique et "l'expe/rimentation" qui mettront de/finitivement a\ mal les e/crits antiques. Dans cette premie\re partie, l'alternance de la line/arite/ chronologique et des chapitres the/matiques s'ave\re remarquable. Sans doute la re/ussite qu'il faut saluer est d'avoir su habilement pre/ciser les grands jalons historiques, restituer les perceptions du corps, de la sante/, du genre ou encore le ro^le du me/decin, de l'e/thique me/dicale ou de la pharmacope/e. La deuxie\me partie propose/e par Ve/ronique Dasen traite de la me/decine antique--essentiellement grecque--par le discours des images. C'est incontestablement la grande nouveaute/ de cet ouvrage qui accorde une large place a\ l'iconographie comme source essentielle de notre connaissance de la me/decine antique et comme ne/cessaire apport quand les sources litte/raires font de/faut. Traite/e de manie\re the/matique a\ partir de supports varie/s : peintures de vases, reliefs, gemmes, ce/ramiques ou terres cuites.... l'analyse met habilement en lumie\re le lien entre la pratique sacrificielle et la dissection; la perception interne du corps sain ou blesse/ et les repre/sentations que l'on peut en donner. L'iconographie permet aussi d'approcher au plus pre\s la pratique et les gestes du me/decin mais e/galement montre le lien entre pratique me/dicale et religion par les multiples offrandes de/dicatoires trouve/es dans les sanctuaires. La ce/ramique permet, avant les textes hippocratiques, de recre/er l'espace de l'officine d'un me/decin, les accessoires ne/cessaires a\ la consultation, les gestes et les postures des patients et du me/decin. Varie/, riche et incontestablement novateur ce chapitre donne a\ voir et suscite l'inte/re^t et le questionnement. L'apport de l'iconographie comme de l'arche/ologie non seulement corroborent les textes mais souvent les de/passent ou comblent leur absence. Ainsi la difformite/ physique ou la ge/mellite/ sont-elles repre/sente/es visuellement alors que toutes deux apparaissent peu dans les textes, mais ce qui est remarquable c'est qu'il devient e/galement possible de restituer un imaginaire collectif disparu. Sans doute ces repre/sentations sont-elles bien loin de la re/alite/ mais leurs e/tudes s'ave\re indispensable a\ notre connaissance d'une civilisation; elles apportent le ne/cessaire comple/ment aux sources litte/raires parfois bien se\ches et froides. Enfin et ce n'est pas la moindre de ses qualite/s, ce chapitre est efficacement dote/ d'un appareil de notes et d'une bibliographie se/lective bienvenus. La troisie\me partie propose un corpus de dix textes pre/sente/s sous forme d'extraits, se/lectionne/s par Ve/ronique Dasen. Les cinq premiers sont issus du corpus hippocratique : le fameux Serment que pre^te le me/decin, ve/ritable naissance d'une communaute/ avec ses codes; un portrait tant physique que moral de l'homme de l'Art; une fiche de travail d'un me/decin notant les sympto^mes, l'e/volution de la maladie et une description du malade et de son environnement; un traite/ gyne/cologique appliquant la me/decine a\ la spe/cificite/ fe/minine ope/rant une lecture "genre/e" du corps; et un dernier texte qui montre l'obligation pour le me/decin de faire du patient un acteur de sa propre sante/, implique/ dans la bonne marche de son corps, le re/gime permettant une re/gulation et un e/quilibre. Deux textes de Galien trouvent place. Ils re/affirment l'indispensable formation du me/decin aux diffe/rentes disciplines me/dicales et a\ l'"entrai^nement". Certes, une ne/cessaire connaissance de la chirurgie, de la pharmacie ou de la die/te/tique mais aussi la pratique re/gulie\re de la dissection qu'il juge essentielle a\ la pratique me/dicale afin de devenir un "observateur diligent" et non pas un de ceux qui "pilotent d'apre\s un livre". La pre/face de Celse retrace la naissance de la me/decine qui se se/pare de la pense/e religieuse pour devenir rationnelle, scandant les grands noms qui jalonnent les progre\s de l'art me/dical, chemin faisant tout d'abord avec la philosophie pour se de/tacher ve/ritablement et se spe/cialiser en tant que science a\ part entie\re a\ partir d'Hippocrate pour ensuite se subdiviser en "branches" die/te/tiques, me/dicamenteuses et chirurgicales. Pour terminer cette partie consacre/e aux sources, deux passages d'Are/te/e de Cappadoce et de Gargile Martiela viennent montrer qu'a\ co^te/ de cette me/decine qui peu a\ peu s'e/rige en ve/ritable science, cohabitent des pratiques quotidiennes, des savoirs-faire empreints de magie, de superstition et d'empirisme. La description d'une "matrice vagabonde" par Are/te/e de Cappadoce, responsable chez les femmes d'un e/tranglement hyste/rique, reprend des ide/es bien ante/rieures de cet organe, fe/minin par excellence, doue/ d'une autonomie qui e/chappe a\ la femme, bien incapable de mai^triser les de/sordres de son corps. Gargile Martiela distille les reme\des tire/s des le/gumes et des fruits, ici la coriandre est donne/e en exemple : son efficace pouvoir resserrant et rafrai^chissant mais aussi des me/dicamentations permettant son usage et sa prescription. Au total il s'agit d'un ouvrage a\ la fois innovant et synthe/tique propose/ par deux spe/cialistes reconnues de la question. Un ouvrage pe/dagogique utile qui donne les repe\res chronologiques essentiels mettant a\ disposition les sources textuelles, iconographiques et arche/ologiques. Conc,u a\ la fois de manie\re chronologique et the/matique, il e/vite l'e/cueil de l'histoire line/aire pour susciter la curiosite/ et l'inte/re^t du lecteur, porte/ par les apports des dernie\res recherches en cours. Ainsi prend vie une socie/te/ qui cherche certes a\ soulager et a\ gue/rir en se de/tachant du poids de l'explication divine, mais aussi a\ comprendre le fonctionnement du corps, inventant me^me une profession et les codes de son exercice. Relecture tre\s "humaine" de l'Antiquite/ qui donne a\ voir une socie/te/ qui, avec ses pre/juge/s, ses moyens d'investigation rudimentaires et malgre/ les carences d'hygie\ne et la pre/carite/ du mode de vie, cherche a\ se comprendre et a\ ame/liorer ou a\ soulager le quotidien des siens. Ouvrage plaisant a\ la lecture car agre/mente/ de nombreuses images et illustrations toujours bienvenues et commente/es, il est servi par des renvois efficaces et commodes a\ l'inte/rieur du volume et une bibliographie se/lective solide qui permet d'approfondir le sujet. Nul doute que ce livre comble un manque dans l'historiographie du sujet entre les grandes entreprises e/ditoriales de l'histoire de la me/decine et les nombreux travaux re/cents sur l'histoire du corps (dont la bibliographie essentielle est donne/e en fin de volume). A lire dans la continuite/ ou a\ picorer comme des fiches, La me/decine dans l'Antiquite/ grecque et romaine allie, et ce n'est pas la moindre de ses qualite/s, le plaisir de la lecture et la de/couverte du savoir scientifique de l'Antiquite/.