BMCR 2009.07.06: Machuca on Delattre, Sur le Contre les professeurs de Sextus Empiricus
Bryn Mawr Classical Review <[email protected]> Sun, 5 Jul 2009 16:22:47 -0400 (EDT)
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Joe+lle Delattre (ed.), Sur le Contre les professeurs de Sextus Empiricus. Lille: Presses de l'Universite/ de Charles-de-Gaulle-Lille 3, 2006. Pp. 159. ISBN 9782844670779. EUR 17.00 (pb). Reviewed by Diego E. Machuca, Consejo Nacional de Investigaciones Cienti/ficas y Te/cnicas (Argentina) ([email protected]) Word count: 2818 words ------------------------------- To read a print-formatted version of this review, see http://bmcr.brynmawr.edu/2009/2009-07-06.html To comment on this review, see http://www.bmcreview.org/2009/07/20090706.html ------------------------------- Le Contre les professeurs, mieux connu par son titre latin d'Adversus Mathematicos (AM), est l'ouvrage de Sextus Empiricus qui a attire/ le moins l'attention des spe/cialistes du pyrrhonisme ancien. La raison en est probablement que c'est le moins philosophique des trois ouvrages conserve/s de ce me/decin pyrrhonien. En effet, tandis que les Pyrrho^neioi Hypotypo^seis (PH) et les cinq livres conserve/s de l'Adversus Dogmaticos (AD) exposent la nature du pyrrhonisme et l'assaut sceptique contre les parties logique, physique et e/thique de la philosophie, AM est consacre/ a\ l'attaque de six mathe^mata, a\ savoir la grammaire, la rhe/torique, la ge/ome/trie, l'arithme/tique, l'astrologie et la musique. E/tant donne/ l'inte/re^t relativement limite/ suscite/ jusqu'ici par cet ouvrage, le pre/sent volume repre/sente un apport important a\ la litte/rature sur le pyrrhonisme. Et ceci surtout parce qu'AM contient des e/le/ments qui pourraient aider a\ de/terminer plus pre/cise/ment le caracte\re de ce type de scepticisme et me^me a\ jeter quelque lumie\re sur son histoire complexe. Ces e/le/ments sont (i) la pre/sence d'affirmations qui semblent indiquer l'adoption d'un dogmatisme ne/gatif de la part du Pyrrhonien et (ii) l'acceptation de certaines technai fonde/es sur l'observation qui pourraient e^tre vues comme constituant pour ainsi dire une partie positive du pyrrhonisme -- a\ savoir la "grammatistique", l'astronomie, l'agriculture, la navigation et la pratique des instruments musicaux. Le volume, qui comporte huit essais pre/ce/de/s par une introduction par Joe+lle Delattre, a pour origine une journe/e d'e/tude sur AM tenue a\ l'Universite/ de Lille 3 le 31 mars 2003. Dans sa bre\ve pre/sentation, Delattre fournit un tableau qui pre/tend exhiber les passages paralle\les entre les trois ouvrages conserve/s de Sextus. Cependant, ce tableau est assez confus puisque, me^me si PH II et AD I-II exposent l'attaque dirige/e contre les logiciens, il indique que le premier livre ne correspond pas aux deux seconds, mais a\ AD III-IV, qui pre/sentent l'assaut contre les physiciens et correspondent pluto^t a\ PH III. Le premier essai "La double schizophre/nie de M. I-VI et ses origines historiques", par Richard Bett, est probablement le meilleur du volume. Il analyse deux tensions qui peuvent e^tre de/tecte/es dans AM. La premie\re est celle qui existe entre l'usage d'arguments e/tablissant l'inutilite/ des mathe^mata auxquels Sextus semble parfois souscrire et l'affirmation que de tels arguments sont dogmatiques et diffe/rents de ceux qui sont employe/s par les Pyrrhoniens. Pour sa part, la seconde tension tient au fait que, tandis que le Pyrrhonien est cense/ suspendre son jugement sur les mathe^mata, certains arguments, que Sextus parai^t adopter in propria persona, concluent qu'ils n'existent pas. Bett ne croit pas que l'emploi d'arguments ne/gatifs dans AM puisse finalement e^tre explique/e par la pratique pyrrhonienne de juxtaposer arguments positifs et arguments ne/gatifs afin d'induire la suspension du jugement, la raison e/tant pre/cise/ment que Sextus semble parfois souscrire aux conclusions de ces arguments-la\. Selon Bett, cette double "schizophre/nie" s'explique pluto^t par le fait que Sextus a puise/ a\ diffe/rentes sources pyrrhoniennes et que, ce faisant, il a e/te/ incapable d'adapter comple\tement des arguments sceptiques ante/rieurs a\ sa version du pyrrhonisme. Pour mieux profiter de cet essai et pour comprendre la position de Bett d'une manie\re inte/grale, le lecteur devrait s'informer de son interpre/tation du type de scepticisme expose/ dans le livre cinq d'AD et de l'histoire du mouvement pyrrhonien -- interpre/tation dont il donne en fait un aperc,u dans son essai.[[1]] En effet, Bett affirme que les arguments ne/gatifs pre/sents dans AM ont la me^me origine que ceux qui se trouvent dans AD V, ou\ l'on peut de/tecter les traces d'une forme de scepticisme correspondant a\ une e/tape ante/rieure de l'histoire du pyrrhonisme et proposant une position qui, d'apre\s la perspective de/fendue particulie\rement dans PH, devrait e^tre conside/re/e comme dogmatique. Me^me si, en dernie\re analyse, on ne partageait pas (comple\tement) son interpre/tation de ce qui arrive dans AM (et aussi dans AD V), on devrait tout de me^me reconnai^tre que Bett a le me/rite de remarquer dans toute leur dimension les fortes tensions qui existent a\ l'inte/rieur des e/crits sextiens. Dans "De l'unite/ du scepticisme sextien", Pierre Pellegrin, adoptant une interpre/tation contraire a\ celle de/fendue par Bett, essaie de montrer que la perspective expose/e dans AM est consistante et que les diffe/rences entre ce livre et les autres ouvrages sextiens ne menacent pas la cohe/rence entre eux. Reprenant et de/veloppant la lecture qu'il a propose/e ailleurs,[[2]] Pellegrin soutient tout d'abord que les divergences entre AM et les autres e/crits s'expliquent par la diffe/rence de sujet: tandis que dans AM Sextus s'occupe des mathe^mata, dans le reste de son oeuvre il traite de la philosophie.[[3]] En deuxie\me lieu, il affirme que Sextus ne promet pas d'appliquer aux mathe^mata la me^me "me/thode" qu'il a utilise/e en philosophie, les buts e/tant diffe/rents: tandis qu'en philosophie on arrive a\ la suspension du jugement, dans le cas des mathe^mata l'objectif est de les re/futer et les de/truire. En re/alite/, ces deux raisons sont connecte/es: le changement de me/thode est du^ au changement de l'objet de recherche et non a\ un scepticisme qui serait devenu plus mitige/ ou mode/re/. Finalement, Pellegrin signale que, quand Sextus rejette comme dogmatiques les arguments e/picuriens selon lesquels les mathe^mata sont inefficaces pour atteindre la sagesse (AM I 5), ce qu'il conside\re comme dogmatique c'est cette re/fe/rence a\ la notion de sophia et non pas l'ide/e que les mathe^mata sont inefficaces ou inutiles. L'interpre/tation de Pellegrin suscite quelques remarques. Tout d'abord, me^me si en AM I 6-7 Sextus observe que, dans le cas des mathe^mata, les sceptiques ont e/prouve/ quelque chose de similaire a\ ce qu'ils ont e/prouve/ dans le cas de la philosophie, il nous dit que, dans les deux cas, ils cherchaient la ve/rite/ et que les apories qu'ils ont rencontre/es dans leur recherche sont e/gales. Bien que ceci ne signifie pas qu'il s'agit exactement des me^mes apories, les domaines e/tant diffe/rents, il est clair qu'elles sont e/gales en difficulte/ ou importance et que le type de situation a\ laquelle les sceptiques ont du^ faire face est le me^me. C'est-a\-dire que, contrairement a\ ce qu'affirme Pellegrin (p. 38, cf. 43), le paralle/lisme tre\s net e/tabli dans le passage en question indique que les apories trouve/es dans le domaine des mathe^mata doivent consister, comme dans celui de la philosophie, en des de/saccords entre des positions de force e/gale, me^me si ce ne sont pas les me^mes de/saccords. En outre, Sextus dit qu'il expose les arguments contre les mathe^mata du point de vue de quelqu'un qui suit la de/marche (ago^ge^) des Pyrrhoniens, ce qui montre que dans AM il n'abandonne pas la skeptike^ ago^ge^, contrairement a\ ce que soutient Pellegrin (p. 40).[[4]] D'autre part, celui-ci affirme que l'on ne doit pas comprendre qu'il s'agit de suivre "la me^me voie que [les Pyrrhoniens] ont suivie a\ propos de la philosophie", mais celle "qu'ils ont suivie pour de/couvrir les apories dans les disciplines" (p. 38). AM I 6-7 ne parle pas d'une "voie" ou "me/thode" spe/cifique, mais de l'ago^ge^ pyrrhonienne tout court, ce qui doit e^tre compris comme une re/fe/rence a\ la de/marche sceptique en ge/ne/ral. Aussi, le paralle/lisme trace/ dans le texte montre clairement qu'il n'y a pas deux ago^gai diffe/rentes. En ce qui concerne l'application de la skeptike^ ago^ge^ aux mathe^mata, il faut aussi remarquer que dans AM l'on trouve des formes d'argumentation typiquement sceptiques: par exemple, l'aporie du sorite (AM I 68-69); des arguments ad hominem (AM III 65-70, VI 52-53); les modes agrippiens de la re/gression a\ l'infini, de la re/ciprocite/ et de l'hypothe\se (AM I 157, 180, 183, 188, 242-243; II 109, 112; III 7-9, 12-13, 81, 99); des arguments qui font allusion aux Dix Modes d'E/ne/side\me (AM V 80-85). D'ailleurs, me^me si l'on accepte que les divergences entre les e/crits de Sextus s'expliquent et par les diffe/rents sujets dont ils traitent et par l'adoption de perspectives distinctes, ceci ne semble pas e/liminer la tension que les interpre\tes ont repe/re/e entre AM et d'autres ouvrages sextiens. La raison en est que l'on devrait conclure que le pyrrhonisme comme nous le connaissons d'apre\s surtout PH n'est tel que dans le domaine de la philosophie, et que l'attitude sceptique change conside/rablement quand elle s'applique au domaine des mathe^mata, ou\ elle se rapproche du dogmatisme ne/gatif. L'unite/ du scepticisme sextien ne serait donc pas restaure/e. Finalement, les passages d'AM auxquels je viens de faire re/fe/rence ainsi que AM I 6-7 montrent que Sextus y adopte une perspective typiquement sceptique et, donc, que me^me a\ l'inte/rieur d'AM il y a une tension entre cette perspective et les arguments ne/gatifs qui cherchent a\ de/truire les mathe^mata et auxquels Sextus semble parfois souscrire. Dans son "Pre/sence de l'e/picurisme dans le Contre les Grammairiens et le Contre les Musiciens de Sextus Empiricus", Daniel Delattre soutient que l'usage d'arguments e/picuriens contre l'utilite/ de la grammaire et de la musique indique que Sextus reconnai^t l'importance philosophique de ces arguments, sans pour autant abandonner son rejet du dogmatisme. A\ son avis, Sextus manifeste une re/elle sympathie pour les E/picuriens et conside\re qu'ils e/taient "sur la voie du scepticisme bien plus que ne l'e/taient les autres dogmatiques" (p. 49). Il pense que les de/veloppements poste/rieurs de l'e/picurisme dus a\ Ze/non de Sidon, De/me/trius de Lacon et Philode\me pourraient bien expliquer l'attitude positive des Pyrrhoniens a\ l'e/gard de la doctrine e/picurienne. Il faut remarquer que Delattre a pre/sent a\ l'esprit le fait qu'au de/but me^me d'AM Sextus se pre/occupe de marquer des diffe/rences tre\s nettes entre les Pyrrhoniens et les E/picuriens en ce qui concerne leur assaut contre les mathe^mata: contrairement aux Pyrrhoniens, E/picure et son cercle les ont attaque/s par me/chancete/ et par haine, parce qu'ils conside/raient que les mathe^mata e/taient inefficaces pour atteindre la sagesse ou peut-e^tre pluto^t pour dissimuler leur propre inculture (AM I 1-6). L'on peut faire au moins quatre remarques sur l'interpre/tation de Delattre. D'abord, l'e/nume/ration soigne/e de ces diffe/rences-la\, dont lui-me^me tient compte, est e/videmment tout sauf un signe de sympathie et de respect. En deuxie\me lieu, l'usage d'arguments e/picuriens peut bien s'expliquer par la pratique argumentative caracte/ristique du Pyrrhonien -- il emploie n'importe quel argument pourvu qu'il serve a\ ses objectifs dialectiques (cf. p. 57) -- sans aucun besoin de supposer soit qu'il a de la sympathie pour ceux auxquels il emprunte des arguments soit qu'il pense qu'ils se rapprochent de son scepticisme. En troisie\me lieu, il se peut que la seule raison pour laquelle Sextus expose en de/tail des arguments e/picuriens et mentionne des ouvrages e/picuriens, c'est ou bien parce que lui (ou sa source) ne disposait que de textes e/picuriens, ou bien parce que les arguments e/picuriens e/taient beaucoup plus e/labore/s que ceux des Cyniques. Or, je ne parviens pas a\ comprendre pourquoi Delattre trouve la premie\re de ces deux explications peu convaincante (p. 57). Finalement, si Sextus respectait vraiment les E/picuriens et pensait qu'ils se rapprochent du pyrrhonisme plus que les autres dogmatiques, on se demande pourquoi il ne les mentionne pas du tout dans les chapitres du premier livre de PH ou\ il examine la relation entre le scepticisme et les philosophies voisines. Et ceci particulie\rement parce qu'il reconnai^t les affinite/s entre le scepticisme et la philosophie d'Arce/silas ainsi qu'entre le scepticisme et la pense/e des me/decins me/thodiques -- a\ moins que l'on ne suppose qu'il y a eu un changement d'avis sur l'e/picurisme entre les moments de composition de PH et d'AM. Notons, d'ailleurs, que Delattre aurait pu trouver un appui supple/mentaire a\ son interpre/tation dans l'essai de Bett, qui affirme qu'"a\ l'e/poque de la phase ante/rieure e/ne/side/mienne du pyrrhonisme, des arguments en faveur de l'inutilite/, comme ceux que Sextus attribue aux E/picuriens dans M. I-VI, auraient e/te/ tout a\ fait acceptables dans un cadre pyrrhonien" (p. 32). L'essai de Luc Brisson, "Contre les Arithme/ticiens (Pro\s Arithmetikou/s) ou ceux qui enseignent que les nombres sont des principes", se propose de montrer que la cible de l'offensive sceptique en AM IV n'est pas l'arithme/tique, mais pluto^t la physique et la me/taphysique des Pythagoriciens et des Platoniciens, qui conside/raient les nombres comme les principes ou les causes de toutes choses. Voila\ pourquoi il estime plus convenable de traduire le titre Pro\s Arithmetikou/s par "Contre ceux qui enseignent que les nombres sont des principes". Brisson souligne aussi l'importance de ce traite/ pour retracer l'histoire du pythagorisme et du platonisme. Dans sa bre\ve contribution "La proble/matique du tout et des parties dans le Contre les Grammairiens et le Contre les Rhe/teurs", Brigitte Pe/rez-Jean traite de l'utilisation critique par Sextus de deux divisions d'origine dogmatique: celle du discours en parties et celle de la rhe/torique en judiciaire, de/libe/rative et encomiastique. Elle affirme que, dans la discussion de la premie\re division, Sextus reprend les analyses de la question de la partie et le tout qu'il fait dans AD aussi bien que dans PH. L'e/tude de Catherine Dalimier, "Sextus Empiricus et les de/bordements ontologiques de 'la grammaire prophe\te'", est consacre/e a\ l'attaque dirige/e contre la pre/tendue capacite/ de la grammaire de comprendre toutes les "choses sous-jacentes" (ta hypokeimena pragmata) qui sont signifie/es par les mots. Sextus critique la fonction exe/ge/tique de la grammaire parce que ce n'est pas le grammairien, mais pluto^t le spe/cialiste de chaque discipline qui peut comprendre le sens des mots parce qu'il connai^t l'objet dont elle s'occupe (AD I 300-320). Cette pre/tendue fonction herme/neutique qui permettrait de de/couvrir le sens des textes et d'enseigner les choses qui sont (ta onta) est re/sume/e, selon Dalimier, dans la phrase "la grammaire prophe\te des poe\tes" que Sextus emploie en AD I 279. Elle soutient que la discipline attaque/e par Sextus correspond a\ une grammaire scolaire qui n'e/tait plus celle qui e/tait en usage a\ son e/poque, laquelle avait "de/ja\ dige/re/ plusieurs des attaques sceptiques ou des remarques des empiristes, au point d'en reprendre le vocabulaire et d'en exploiter les notions" (p. 100). Dans "A\ propos de l'enseignement de la droite ge/ome/trique", Dominique Lahanier-Reuter, une "didacticienne des mathe/matiques", examine, sur la base de trois manuels scolaires, diverses organisations de l'enseignement de la droite ge/ome/trique en France. La seule relation que l'auteur mentionne entre ce sujet et le troisie\me livre d'AD, Contre les ge/ome\tres, c'est qu'elle y a "cru entendre des questions concernant l'enseignabilite/ de certains objets ge/ome/triques" (p. 106). Le lecteur sera e/tonne/ par l'absence de toute discussion du texte sextien, ce qui e/videmment nous ame\ne a\ nous demander pourquoi cette e/tude a e/te/ inclue dans le volume. Dans l'essai final "La critique de l'enseignement dans le Contre les Ge/ome\tres et le Contre les Astrologues de Sextus Empiricus", Joe+lle Delattre situe la critique sextienne des mathe^mata dans son contexte historique et philosophique en offrant un aperc,u de la discussion des e/tudes depuis Platon jusqu'a\ The/on de Smyrne. Elle affirme que l'attaque dirige/e contre l'enseignement des ge/ome\tres et des astrologues est "paradoxale" parce qu'a\ plusieurs reprises, Sextus lui-me^me le pre/sente comme un enseignement (AM III 18, 37, 50, 65, 71, 93; V 2, 43, 52). Je me demande s'il ne s'agit pas tout simplement d'une fac,on de s'exprimer; en tout cas, me^me si l'on prend a\ la lettre ce que dit Sextus, on devrait l'interpre/ter comme la simple description de la manie\re dont les choses lui apparaissent et non pas comme la pre/tention d'offrir un enseignement dans un sens formel et dogmatique. Apparemment, Delattre admet l'absence d'une telle pre/tention, parce qu'elle semble conside/rer que l'enseignement sceptique consiste en une se/rie d'exercices dialectiques qui s'ave\rent ne/cessaires a\ une certaine pratique philosophique (p. 129). Dans son expose/ elle fait aussi deux affirmations quelque peu surprenantes. Tout d'abord, elle soutient que les arts de l'astrologie et de la musique sont "attaque/s et conteste/s dans leur pre/tention a\ e^tre suffisamment cohe/rents et utiles dans la vie ordinaire, pour valoir la peine d'e^tre appris en vue de la suspension de [sic] jugement et de l'ataraxie recherche/e par le sage sceptique" (p. 124). Me^me s'il est vrai que Sextus met en question l'utilite/ et la cohe/rence des e/tudes, a\ ma connaissance nulle part dans son oeuvre il ne dit que l'apprentissage d'une discipline qui soit utile et cohe/rente dans la vie quotidienne contribue a\ atteindre l'epoche^ et l'ataraxia. Ensuite, Delattre observe qu'en AM I 6-7 Sextus de/clare qu'il se/lectionnera des arguments "tout en adoptant la me^me de/marche inductive (ago^ge^) 'contre les e/tudes' que celle des e/picuriens" (p. 125). Cependant, le passage en question montre sans ambigui+te/ que la de/marche que Sextus suit est celle des Pyrrhoniens, et non pas celle des E/picuriens, ce qui d'ailleurs serait tout a\ fait inconsistant de sa part. Le volume inclut aussi la transcription de discussions, ayant eu lieu apre\s chaque communication, qui portent sur le sens et la traduction de certains termes ainsi que sur des questions comme la distinction entre scepticisme et dogmatisme ne/gatif et la pre/sence de l'e/picurisme et du platonisme dans AM. Il contient, en outre, une bibliographie, un index des lieux cite/s de Sextus et un index des autres auteurs anciens cite/s. Comme il a de/ja\ e/te/ dit, ce livre constitue une contribution significative a\ la litte/rature spe/cialise/e: tous ceux qui s'inte/ressent au pyrrhonisme sont vivement encourage/s a\ le lire.[[5]] ------------------ Notes: 1. Pour un expose/ de/taille/ de l'interpre/tation de Bett, voir Sextus Empiricus: Against the Ethicists (Clarendon Press, 1997), et Pyrrho, his Antecedents, and his Legacy (Oxford University Press, 2000). 2. Voir l'introduction dans Sextus Empiricus, Contre les professeurs. Introduction, glossaire et index par P. Pellegrin; traduction par C. Dalimier, D. Delattre, J. Delattre et B. Pe/rez (Seuil, 2002). 3. Cette interpre/tation a e/te/ propose/e pour la premie\re fois par Franc,oise Desbordes dans "Le scepticisme et les 'arts libe/raux': une e/tude de Sextus Empiricus, Adversus Mathematicos I-VI", dans A.-J. Voelke (ed.), Le scepticisme antique: perspectives historiques et syste/matiques (Gene\ve/Lausanne/Neuchaetel, 1990), 167-179. 4. Pellegrin suit ici Guido Cortassa, "Sesto Empirico e gli '<greek>e)gku/klia maqh/mata</greek>': un'introduzione a Sext. Emp. Adv. Math. I-VI", dans G. Giannantoni (ed.), Lo scetticismo antico (Bibliopolis, 1981), volume II, 713-724. 5. Je tiens a\ remercier Vale/rie Cordonier d'avoir corrige/ mon franc,ais.