BMCR 2009.07.66: Payen on Carastro, L'antiquite/ en couleurs: cate/gories, pratiques, repre/sentations. [Actes des journe/es d'e/tudes organise/es a\ Paris les 12 et 13 de/cembre 2005 organise/es par l'atelier antiquite/ et sciences sociales du centre Louis Gernet de recherches compare/es sur les socie/te/s anciennes]. Horos
Bryn Mawr Classical Review <[email protected]> Mon, 27 Jul 2009 09:20:52 -0400 (EDT)
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Marcello Carastro (ed.), L'antiquite/ en couleurs: cate/gories, pratiques, repre/sentations. [Actes des journe/es d'e/tudes organise/es a\ Paris les 12 et 13 de/cembre 2005 organise/es par l'atelier antiquite/ et sciences sociales du centre Louis Gernet de recherches compare/es sur les socie/te/s anciennes]. Horos. Grenoble: Je/ro^me Millon, 2009. Pp. 346. ISBN 9782841372409. EUR 30.00 (pb). Reviewed by Pascal Payen, Universite/ de Toulouse 2 ([email protected]) Word count: 2889 words ------------------------------- To read a print-formatted version of this review, see http://bmcr.brynmawr.edu/2009/2009-07-66.html To comment on this review, see http://www.bmcreview.org/2009/07/20090766.html ------------------------------- Ce livre fait le pari ambitieux d'appre/hender les couleurs de l'Antiquite/ comme un objet de nature a\ la fois historique et anthropologique, afin de mettre au jour les re/seaux de significations qui leur e/taient associe/s dans les socie/te/s anciennes. Les seize contributions, qui re/sultent d'un travail collectif de plusieurs anne/es au sein de l'atelier 'Antiquite/ et sciences sociales' du Centre Louis Gernet (Paris), sont re/unies en quatre parties : 'Fac,ons de voir', 'Pratiquer les couleurs', 'Nommer et repre/senter', 'Penser les couleurs'. La question des couleurs est a\ la mode et les antiquisants ne sont pas les premiers a\ s'y inte/resser. Les travaux du me/die/viste Michel Pastoureau ont familiarise/ depuis trente ans les historiens avec ce nouvel objet.[[1]] Claude Le/vi-Strauss, dans 'La pense/e sauvage' (1962) et 'La voie des masques' (1979), puis dans 'Regarder, e/couter, lire' (1993), a mis a\ distance les couleurs, issues de contextes diffe/rents, pour en souligner a\ la fois la familiarite/ et l'e/trangete/. Le point commun aux travaux de ces deux grands pre/curseurs, qu'ils portent sur l'he/raldique me/die/vale, sur la socie/te/ kwakiutl ou sur un tableau de Poussin, est de n'avoir jamais se/pare/, d'une part, l'analyse savante, attentive a\ mettre au jour les re\gles sociales, les codes esthe/tiques, les formes de pense/e e/labore/s inconsciemment, le plus souvent, en rapport avec la sphe\re des couleurs, et, d'autre part, la perception imme/diate, ve/cue, ressentie face a\ un objet colore/. Le livre e/dite/ par Marcello Carastro emprunte, dans la plupart des contributions, un seul de ces deux chemins, le premier, celui de l'abstraction et des cate/gories. Le lecteur saura ce qu'Empe/docle ou Platon pensaient de la couleur; il ne saura rien ou tre\s peu, me^me par hypothe\se, des couleurs que pouvaient voir les Grecs sur leur agora ou dans leurs sanctuaires. Le me^me lecteur qui s'empare de ce volume est accompagne/, en effet, d'un fort appareil the/orique. Le sous-titre, tout d'abord, est compose/ de trois termes qui souffrent d'une absence de de/finition, notamment pour le plus e/nigmatique: "Cate/gories", tandis que "Pratiques" ne renvoie nullement a\ des gestes ou des usages concrets, ainsi que l'attestent les cinq contributions de la deuxie\me partie, toutes consacre/es a\ des corpus textuels d'auteurs parfois re/pute/s pour leur complexite/ (Empe/docle, Platon, Aristote). La quatrie\me de couverture, ensuite, annonce que ces travaux sont engage/s dans une "de/marche anthropologique" et dans un "dialogue comparatiste avec les spe/cialistes d'autres aires culturelles". Mais en quel sens doit-on entendre, dans ce livre, une "de/marche anthropologique", sinon comme une e/tiquette commode et une cate/gorie englobante trop ha^tivement revendique/e ? De me^me l'expose/ de deux dossiers venus du Mexique et du Burkina Faso rele\ve de la juxtaposition, non du comparatisme, hormis quelques lignes convenues et pour la forme, p. 207. Il est e/tonnant, a\ cet e/e/gard, que la seule mention et citation de Le/vi-Strauss soit pre/sente dans la contribution sur le syste\me des couleurs chez les Bwaba du Burkina Faso (p. 272-273), l'autre renvoi se bornant a\ conge/dier, bien rapidement, 'La Pense/e sauvage' (p. 13). L'introduction due a\ l'e/diteur du volume constitue le troisie\me e/le/ment du cadrage the/orique. M. Carastro souligne tre\s justement que la perception presque monochrome de l'Antiquite/ classique par les Modernes tient aux lacunes des sources et a\ deux obstacles e/piste/mologiques: la pre/dilection pour le marbre blanc des statues, chez Winckelmann, inventeur de l'histoire de l'art grec; l'optique newtonienne qui pense pouvoir e/tablir qu'il existe dans la nature un arc de sept couleurs, a\ l'aune duquel doivent e^tre mesure/s tous les autres syste\mes, dont celui des Grecs anciens. Ces obstacles ont ce/de/ tre\s re/cemment face aux nombreux te/moignages arche/ologiques qui ont re/ve/le/ la polychromie de l'art grec. Le dossier des couleurs ne doit pas pour autant e^tre vite referme/. D'une part, en effet, introduire des pigments comme re/fe/rence conduit a\ rester prisonnier des cadres modernes de pense/e et de perception; d'autre part, on risque alors de se fermer la voie qui conduirait aux spe/cificite/s grecques et aux "discours antiques" sur la couleur. E/cartant par principe toute recherche et tout apport d'une taxinomie des couleurs, les travaux ici re/unis s'en tiennent a\ une e/tude des repre/sentations, souvent replie/es sur un corpus textuel et de/connecte/es des contextes historiques, sociaux, ge/ne/riques. Cette lacune conduit a\ souligner d'emble/e que les contributions sont de valeur ine/gale, faute, pour beaucoup, d'une claire et pre/cise mise en contexte, ce qui va a\ l'encontre de la "pragmatiques des couleurs" appele/e de ses voeux par M. Carastro. Les trois contributions de la premie\re partie posent le proble\me de la manie\re dont peut e^tre perc,u le chromatisme de l'art grec. Y. Manfrini s'interroge sur le poids des repre/sentations dans les valeurs accorde/es au blanc et a\ la "brillance" comme ope/rateur de diffe/renciation entre les couleurs associe/es aux corps. Ch. Ribeyrol montre que la vision ne/oclassique des esthe\tes anglais du XIXe sie\cle, vision e/pure/e, se trouve remise en cause par les de/bats sur la polychromie des statues et des temples grecs. Cette rede/couverte est le point de de/part d'une nouvelle esthe/tique, ouverte aux synesthe/sies et au chromatisme. L'analyse du fragment 6 d'Ion de Chios, que propose A. Grand-Cle/ment, met en sce\ne un de/bat opposant Sophocle et un mai^tre d'e/cole au sujet de l'utilisation des adjectifs de couleur, notamment porphureos. Le de/bat autour de la couleur "pourpre" s'inscrit moins dans l'opposition entre les conventions du langage de la peinture et celle du discours poe/tique, qu'il ne prend tout son sens dans le contexte du sumposion. Cette e/tude est l'une des rares a\ prendre en compte l'ensemble des contextes sociaux, esthe/tiques, culturels, pour mettre au jour les valeurs et les re/alite/s d'une couleur et restituer ici la Gre\ce colore/e des de/buts de l'e/poque classique, vers 440 av. J.-C. La deuxie\me partie, 'Pratiquer les couleurs', est en fait un parcours a\ travers la litte/rature grecque et les conceptions que se font des couleurs quelques grands auteurs. M. Capponi conclut a\ l'usage scientifique des termes de couleur chez He/rodote, par opposition aux valeurs poe/tiques et expressives ou "e/motionnelles" qu'ils reve^tent chez Home\re. Il n'est pas certain que cette conclusion soit vraiment neuve. E. Vaou e/tudie la polyse/mie du mot khro^s dans la trage/die d'Euripide, a\ la fois corps, couleur, masque, cadavre et conclut en une tre\s libre me/ditation sur les rapports de ce terme avec le discours de la trage/die. K. Ierodiakonou analyse la liste des couleurs primaires que retient Empe/docle, seulement le blanc et le noir, et se demande pourquoi Platon leur adjoint le brillant et le rouge. A. Baj conclut qu'il n'existe pas de the/orie ge/ne/rale des couleurs chez Aristote et Platon. Le corpus hippocratique n'e/tait assure/ment pas une source a\ laquelle on pouvait songer au premier abord, mais E. Barra rele\ve la pre/cision et la "profusion chromatique" du lexique des me/decins pour de/e/crire les e/tats du corps et de ce qui en est issu (crachats, urines, selles). La couleur est aussi le crite\re distinctif des humeurs, sang, flegme, bile, ce qui indique leur phusis. La troisie\me partie, dont le titre et le the\me, 'Nommer et repre/senter', auraient pu s'appliquer a\ l'ouvrage dans son ensemble, s'ouvre par une e/tude de P. Skarsouli, portant sur la relation entre couleurs et mots a\ partir des occurrences de pharmakon chez Empe/docle. Les conclusions sont proches de celles d'E. Vaou concernant le champ se/mantique et la fonction de khro^s chez Euripide. Avec le sens de "couleur", pharmakon appartient aux registres de la peinture et de la rhe/torique. Ce transfert me/taphorique a\ l'inte/rieur du champ lexical recouvrant la notation de la "couleur" aurait me/rite/ une analyse particulie\re et plus comple\te dans l'e/conomie du livre. Le me^me the\me est repris par M. Pierre, dans une vivante approche de la "cosme/tique de l'orateur", chez Cice/ron et Quintilien, c'est-a\-dire des couleurs de l'e/loquence, brillante lorsqu'elle est porteuse de ve/rite/, bariole/e chez les sophistes. L'E/gypte offre une matie\re pre/cieuse pour la comparaison avec le monde gre/co-romain (comparaison qui reste a\ conduire), car la documentation y a sauvegarde/ de nombreuses traces de couleurs, gra^ce aux conditions favorables de conservation. Les textes religieux de/crivant les rituels montrent en particulier que la couleur participe activement d'une vision du monde. S. Donnat analyse en ce sens un papyrus (formule A du P. Berlin 3027) du milieu du IIe mille/naire (XVIIIe dynastie), dont les formules sont destine/es a\ prote/ger le nouveau-ne/ et sa me\re contre des morts mal intentionne/s. Le texte prescrit la confection d'une amulette mise en sce\ne dans une formulation rapportant le de/versement de couleurs dans les marais "vers la surface de l'eau, vers les e/cailles des poissons du fleuve, vers les plumes des oiseaux du ciel". L'image poe/tique place ainsi l'enfant sous la protection directe du dieu solaire dont les rayons font reculer les forces du chaos. La couleur est un principe d'ordre. Cette e/tude passionnante parvient a\ conjuguer reconstitution d'une re/alite/ des couleurs et recherche du sens et des cate/gories, gra^ce a\ une attention rigoureuse porte/e conjointement au contexte ethnographique, au genre du document et aux cate/gories de la religion e/gyptienne. Ce sont les me^mes intentions qui pre/sident a\ l'e/tude mene/e par E. Dupey Garci/a sur la place des couleurs dans les textes en nahuatl du XVIe sie\cle, langue tre\s re/pandue dans la Me/so-ame/rique pre/colombienne, en particulier le terme tlapalli. Ce terme polyse/mique peut e/voquer, selon les contextes, le pigment, la teinture, la couleur (le rouge notamment) dans les registres concret ou me/taphorique. En de/signant encore l'objet colore/, tlapalli est associe/ a\ la cre/ation artistique ou artisanale. La couleur, enfin, associe/e aux figures de l'artiste, du sage, du noble, est en rapport avec l'harmonie de la cite/ ide/ale et de l'ordre e/tabli. L'e/tude de C. Roth Meyer pose le proble\me de l'e/nonce/ des noms de couleur a\ l'e/poque contemporaine : nom d'une teinte, nom d'un pigment ? Ou bien peut-on en faire l'e/conomie ? Cette solution n'est possible que dans le monde des artistes ou le "bleu de Klein" suffit a\ e/voquer la magie d'un univers. Il n'en reste pas moins que l'histoire des noms de couleur reste a\ e/crire. Le titre de la quatrie\me partie, 'Penser les couleurs', est aussi difficile a\ appre/cier que les pre/ce/dents, en ce qu'il les recoupe : entre "repre/senter" (III), "penser" (IV) et "fac,ons de voir" (I), l'e/cart est mince, et l'on a constate/ que la deuxie\me partie rassemble des e/tudes sur la manie\re dont les auteurs grecs peuvent "concevoir" les couleurs. Dans la premie\re e/tude de cette section, S. Dugast fournit un tre\s inte/ressant dossier pour une approche comparatiste avec l'Antiquite/. Chez les Bwaba du Burkina Faso, l'e/laboration d'un discours savant sur la couleur, associe/ a\ la cre/ation du monde, est le fait de la caste des forgerons. Signalons qu'il y aurait eu la\ matie\re a\ une confrontation avec la mythologie d'He/phai+stos et des artisans grecs. La contribution de M. Sassi recoupe plusieurs e/tudes pre/ce/dentes (concernant Empe/docle, Platon), en proposant un panorama d'ensemble des the/ories antiques sur la couleur et la vision, apre\s un tre\s clair rappel des the/ories expose/es dans l'acte de naissance de la science moderne de la couleur : l'Optique de Newton (1704), et des conse/quences sur les recherches de Goethe (1810). Chez les Anciens, deux tendances principales se de/gagent : d'une part, ceux pour qui la couleur provient du plus ou moins grand degre/ de lumie\re propre a\ chaque objet (Empe/docle); d'autre part, ceux qui rattachent la couleur a\ l'interaction entre le contexte de la lumie\re du jour et soit la structure mate/rielle de l'objet (De/mocrite), soit la subjectivite/ qui re/sulte de la position de l'observateur et du rayon lumineux qui e/mane de lui (Platon dans le Time/e). Aristote apparai^t comme l'he/ritier de toutes ces conceptions, lorsqu'il avance que "beaucoup de changements de couleur ont lieu a\ cause d'une affection (pathos)". Le dernier article, du^ a\ M. Carastro, analyse le re/seau de sens attache/ au substantif khro^s chez Home\re, de manie\re a\ remonter aux sources de khro^ma. Il s'agit du mot le plus fre/quemment utilise/ dans l'e/pope/e pour de/signer le corps et le teint, la peau. Dans sa polyse/mie, ce terme pourrait e^tre conside/re/ comme une des composantes de la personne home/rique, sa part visible, l'e/clat, la vigueur, la force du guerrier, au me^me titre que le noos, le humos et la psukhe\ de/signent les variations de son "a^me". Une telle e/tude propose une hypothe\se d'interpre/tation qui re/pond pleinement aux objectifs fixe/s dans l'introduction. Le livre offre au total bien des donne/es, des analyses ponctuelles et des esquisses pre/cieuses sur le proble\me des couleurs. Mais les contributions sont de valeur ine/gale et ne remplissent pas le programme d'ensemble, ainsi qu'en te/moignent les difficulte/s a^ les classer, a^ les rapprocher. On fera a^ cet e/gard trois remarques d'ensemble. Le livre, premie\re observation, propose, au sujet des couleurs, une classification des discours tre\s attendue, trop convenue : tout d'abord pre/ciser les cadres, les "cate/gories" qui permettent de penser les couleurs, puis s'en tenir aux realia (les "gestes", les "pratiques"; mais la deuxie\me partie, consacre/e a\ cette dimension, ne s'en tient pas du tout au registre empirique), enfin analyser les repre/sentations. Or non seulement "pratiques" et "repre/sentations" sont e/trangement synonymes dans ce livre, mais l'apport de l'anthropologie et du comparatisme, l'une et l'autre jamais de/finis ni mis en oeuvre par une re/elle confrontation, est soumis a\ une e/piste/mologie qui fait de la repre/sentation un simple reflet du discours, comme si une cate/gorie ne pouvait s'incarner dans un geste et une pratique exprimer une cate/gorie. Deuxie\me remarque: ce livre, pourtant intitule/ "l'Antiquite/ en couleurs", se demande trop peu ce que voyaient les Grecs, alors que tel n'est pas le cas dans les contributions sur l'E/gypte, le Mexique et le Burkina Faso. Il ne s'agit certes pas de s'en tenir a\ l'illusion re/aliste, mais il est non moins impossible a\ l'historien et a\ l'anthropologue de renoncer comple\tement a\ l'approche empiriste. Se re/fugier dans des syste\mes de repre/sentation emboi^te/s les uns dans les autres conduit a\ une autre forme d'illusion, celle d'un monde constitue/ uniquement de discours. On a parfois l'impression que les Grecs passaient leur temps a\ penser les couleurs, non a\ les voir. Troisie\me remarque: le livre, hormis quelques exceptions, e/tablit difficilement un lien entre les"repre/sentations" et l'univers sensible des couleurs. Rares sont les contributions qui prennent le risque de dire, de nommer ce que voyaient les Grecs. Pour pouvoir e/crire l'histoire du bleu, M. Pastoureau est bien oblige/ d'utiliser le mot "bleu" a\ chaque page, ce qui ne l'empe^che pas d'affirmer d'emble/e que la couleur est "une construction culturelle complexe" et d'analyser ensuite "les usages sociaux, artistiques et religieux de la couleur bleue".[[2]] On regrettera que "la vie quotidienne"[[3]] des couleurs grecques ne fasse pas l'objet d'une tentative de reconstitution, entre empirisme et repre/sentations. Lorsqu'A. Corbin s'empare des odeurs et des bruits, qui constituent l'environnement olfactif ou sonore des socie/te/s du XIXe sie\cle,[[4]] il montre qu'un paysage sensible ne peut e^tre reconstitue/ que si l'analyse prend le risque, calcule/ et partiel, de la taxinomie et du nominalisme. Nommer et classer pour donner a\ entendre et a\ sentir. Pour donner a\ voir aussi. Ce livre sur "l'Antiquite/ en couleurs" offre donc des mate/riaux documentaires nombreux sur les couleurs des Grecs. Il montre que les Grecs n'ont cesse/, depuis Home\re, de faire des couleurs un objet de re/flexion. Il rappelle que la vision monochrome de la sculpture et de la statuaire grecques est une invention des Modernes. Il invite a\ recourir aux me/thodes de l'anthropologie et aux ressources du comparatisme, pour traiter pleinement le dossier grec. La plupart des contributions, pourvues chacune d'une riche bibliographie, illustre un de ces aspects. Plus rares sont celles qui osent croiser l'ensemble de ces apports. Les progre\s dans notre connaissance du paysage sensible des Grecs, quant aux couleurs, viendront pourtant des recherches qui oseront emprunter conjointement ces diverses me/thodes. Table des matie\res: Premie\re partie: Fac,ons de voir 1. Yvonne Manfrini: Entre refus et ne/cessite/de la couleur. 2. Charlotte Ribeyrol: Homeric Colour. La couleur chez les Esthe\tes anglais. 3. Adeline Grand-Cle/ment: Sophocle, la mai^tre d'e/cole et les "langages de la couleur". A\ propos du fragment 6 de Ion de Chios. Deuxie\me partie: Pratiquer les couleurs 4. Matteo Capponi: Lait blanc, vin rouge et sang noir: l'utilisation stylistique des termes chromatiques. 5. Elena Vaou: Figures spectaculaires du khro^s dans le the/a^tre d'Euripide. 6. Katerina Ierodiakonou: Basic and mixed colours in Empedocles and Plato. 7. Angelo Baj: Faut-il se fier aux couleurs? Approches platoniciennes et aristote/liciennes des couleurs. 8. Edoardo Barra: Des humeurs, des couleurs et des reme\des dans le Corpus hippocraticum. Troisie\me partie: Nommer et repre/senter 9. Pe/ne/lope Skarsouli: S'interroger sur la relation entre couleurs et mots. Le terme pharmakon chez Empe/docle. 10. Maxime Pierre: Coleur, mensonge et rhe/torique: la cosme/tique de l'orateur chez Cice/ron et Quintilien. 11. Sylvie Donnat: Lumie\re, couleurs et peaux dans l'e/gypte ancienne (autour de la formule A du P. Berlin 3027). 12. E/lodie Dupey Garci/a: Du rouge de la cochenille a\ la transmission des savoirs traditionnels. Les multiples significations de tlapalli chez les anciens Nahua (Mexique). 13 Clothilde Roth-Meyer: de "Couleur d'amourette" a\ "E 1311": questions sur la de/nomination des teintes et des pigments du XVIIe au XXIe sie\cle. Quatrie\me partie: Penser les couleurs 14. Ste/phan Dugast: Du noir des forgerons aux couleurs du came/le/on. Une the/orie de la gene\se des couleurs chez les Bwaba du Burkina Faso. 15. Maria Michela Sassi: Entre corps et lumie\re. Re/flexions antiques sur la nature de la couleur. 16. Marcello Carastro: La notion de khro^s chez Home\re. E/le/ments pour une anthropologie de la couleur en Gre\ce ancienne. ------------------ Notes: 1. Michel Pastoureau, Couleurs, images, symboles. E/tudes d'histoire et d'anthropologie, Paris, 1989, et Bleu. Histoire d'une couleur, Paris, 2000, 2e e/d., 2006. 2. Michel Pastoureau, Bleu. Histoire d'une couleur, p. 5 et 13. 3. Ibid., p. 157. 4. Alain Corbin, Le miasme et la jonquille. L'odorat et l'imaginaire social, XVIIIe-XIXe sie\cles, Paris, 1982; Les cloches de la terre. Paysage sonore et culture sensible dans les campagnes au XIX e sie\cle, Paris, 1994.