BMCR 2009.08.15: Response: Zehnacker on Liberman on Hubert Zehnacker (ed.), Pline le Jeune. Lettres: Livres I-III.
Bryn Mawr Classical Review <[email protected]> Fri, 7 Aug 2009 13:55:10 -0400 (EDT)
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Zehnacker on Liberman on Hubert Zehnacker (ed.), Pline le Jeune. Lettres: Livres I-III. nouvelle e/dition. Collection des universite/s de France. Se/rie latine 391. Paris: Les Belles Lettres, 2009. Response to BMCR 2009.07.16 Response by Hubert Zehnacker, Universite/ Paris-Sorbonne ([email protected]) ------------------------------- To read a print-formatted version of this response, see http://bmcr.brynmawr.edu/2009/2009-08-15.html To comment on this review, see http://www.bmcreview.org/2009/08/20090815.html ------------------------------- Le ton agressif et condescendant du compte rendu propose/ par Gauthier Liberman m'oblige, bien malgre/ moi, a\ re/pondre, afin d'offrir aux lecteurs de la BMCR une pre/sentation plus objective de mon ouvrage. De/crivant le contenu des 40 pages de mon introduction, Liberman affirme que la manie\re dont je pre/sente la tradition manuscrite des Lettres ne soutient pas la comparaison avec celle de Reynolds (1983): mais c'est pour ajouter imme/diatement que je me situe, tout comme Reynolds, dans la ligne de l'introduction latine e/le/gante de Sir Roger Mynors : la contradiction est patente, le de/sir de se montrer ne/gatif, aussi. Pour ce qui est de la pre/sentation de l'apparat critique, oui, je dois beaucoup a\ celui de Mynors, (Oxford, 1963), et si l'on veut produire un apparat clair et efficace, je vois mal comment il pourrait en e^tre autrement. Mais il aurait fallu citer, de\s maintenant, l'autre grand nom de la critique plinienne du XXe sie\cle, celui de Schuster (Teubner). Mon commentaire est qualifie/ de modeste, s'adressant a\ un assez large public, ce qui a l'air de signifier qu'il est tout juste bon pour les ignorants. Les autres, les savants, iront voir chez Sherwin-White (Oxford, 1966). Que cette appre/ciation soit aussi de/sobligeante qu'inexacte m'importe peu. Je de/sire surtout expliquer ce que j'ai voulu faire, dans le cadre d'un commentaire qui ne devait pas exce/der la longueur admissible pour un volume ordinaire de la collection Bude/ (je mets de co^te/ les e/crivains techniques, comme Pline l'Ancien, qui ont droit a\ un commentaire beaucoup plus de/veloppe/; j'ai e/dite/ de cet auteur les livres 3 et 33; le livre 4 est a\ la re/vision et parai^tra, si tout va bien, en 2010). Tout le monde sait que le monumental commentaire de Sherwin-White est quasi exclusivement historique (prosopographie, institutions, socie/te/, e/conomie) et qu'il ne vise presque jamais l'inte/re^t linguistique ou litte/raire des Lettres. Tout le monde sait aussi qu'il est encombre/ de nombreuses digressions dont l'inte/re^t est incontestable pour les historiens, mais qui n'ont souvent plus qu'un rapport lointain avec le texte de Pline. Personne n'ignore, enfin, que ce commentaire date de plus de quarante ans. Je me suis donc re/solu a) a\ pre/senter un re/sume/ drastique de la partie encore utile du commentaire de Sherwin-White, quitte a\ le contredire parfois; b) a\ y ajouter des indications concernant la langue, le style et en ge/ne/ral la valeur litte/raire, de manie\re a\ amorcer la re/flexion; c) a\ joindre, la\ ou\ c'e/tait possible et utile, quelques donne/es bibliographiques signalant des publications de ces vingt dernie\res anne/es. L'ensemble compte tout de me^me 85 pages. Ma traduction rec,oit d'abord des compliments: elle est juge/e toujours e/le/gante et le plus souvent exacte. Liberman discute quelques points de de/tail sans grand inte/re^t, et qui n'emportent pas souvent mon adhe/sion. On peut certes accepter, en 2, 14, 12, pour fracta pronuntiatione, e/locution a\ la place de prononciation. Mais tel n'est pas le cas pour les autres points ; ainsi en 1, 16, 9, malignum, il faut maintenir malveillant; en 2, 1, 12, il convient de garder, pour uanis imaginibus, images vaines et non floues, qui serait e/videmment un faux-sens. On atteint le coeur du proble\me avec les jugements porte/s sur l'apparat critique et sur la me/thode d'e/tablissement du texte. Je veux d'abord dire que je ne conc,ois pas l'e/dition d'un texte sans qu'on ait lu soi-me^me les principaux manuscrits responsables de sa transmission. Ce n'est e/videmment pas le cas de tout le monde. J'ai donc lu moi-me^me les manuscrits fondamentaux des Lettres. Dans cette ta^che l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes (CNRS, Paris) m'a e/te/ d'un secours inestimable. Les me^mes causes produisant les me^mes effets, je texte que je propose est ne/cessairement tre\s proche de celui des deux e/ditions fondamentales, celles de Schuster et de Mynors. Liberman, qui a l'oeil perc,ant, est le premier a\ avoir vu, et je l'en fe/licite, la faute typographique qui m'a fait imprimer, en 3, 10, 2, an dicerem au lieu de an adicerem. Un hasard malicieux a voulu que cette erreur ait donne/ une forme et un sens parfaitement acceptables, ce qui a fait qu'elle a e/chappe/ a\ tous les contro^les. Liberman regrette que mon apparat soit pratiquement vide de conjectures. Heureusement! Le texte des livres 1 a\ 3 des Lettres nous est conserve/ de fac,on tout a\ fait satisfaisante. En saine philologie les conjectures ne doivent e^tre utilise/es que pour rendre intelligible ou correct un texte qui, sinon, ne le serait pas; mais il ne faut en aucun cas conjecturer pour le plaisir de conjecturer, ou pour montrer a\ quel point on est intelligent. C'est ce qu'avait fait, dans le tome I de l'ancienne e/dition Bude/, le ce/le\bre Postgate, qui imposa a\ A.-M. Guillemin de nombreuses conjectures que celle-ci n'osa refuser. Apre\s la mort de Postgate, dans un Avertissement de la Seconde Edition du me^me tome I, pp. LIII - LVI, A.-M. Guillemin s'empressa d'abandonner bon nombre des trouvailles de son mentor. Mais le mal e/tait fait et le volume ne fut jamais vraiment corrige/. Est-il besoin de dire que je n'ai pas reproduit ces conjectures dans l'apparat critique, a\ l'exception de l'une d'elles qui m'a paru inte/ressante ou a\ tout le moins amusante: en 1, 20, 5, mutorumque (au lieu de multorumque) animalium. Mais e/videmment multorumque, qui est le texte des manuscrits, s'explique parfaitement et je l'ai maintenu. A l'occasion Liberman revient sur certains points de ma traduction, me reprochant d'avoir compris comme tout le monde et de n'avoir pas modifie/ le texte pour le rendre plus conforme a\ ses de/sirs. Ainsi en 3, 5, 14, de interioribus; je traduis par le temps qu'il passait dans l'eau. Ce sens est limpide et il est accepte/ par les traducteurs franc,ais et, avec une infime nuance, par Kasten (das eigentliche Bad); par ailleurs la tradition manuscrite est unanime: il n'y a aucune raison de mettre une crux. De fac,on significative, Liberman, dans son de/sir de remplacer de interioribus par autre chose, affirme: la lec,on ve/ritable (sic!) n'est pas ne/cessairement tre\s proche du ductus litterarum. Autrement dit: on a le droit d'inventer n'importe quoi! En 2, 17, 16 mon effort pour justifier et traduire convenablement la description du cryptoportique n'est ni compris ni accepte/; j'explique dans le commentaire (p. 158) que le co^te/ du cryptoportique tourne/ vers le jardin a moitie/ moins de fene^tres que celui qui regarde la mer; mais la\ aussi mon recenseur propose de re/crire le texte a\ sa manie\re. En 1, 8, 14 le bon texte, celui de M et de V, donne gloriam meruit ; l'adjonction de non est le fait des manuscrits B et F. Le sens est: il a me/rite/ la gloire mais ne l'a pas obtenue, ce qui en franc,ais se dit: il aurait me/rite/ la gloire, et je ne vois pas en quoi cette traduction, qui est conforme au sens du passage, force le latin, comme le croit Liberman D'ailleurs Kasten dit de me^me : was an sich Ruhm verdient haette. La lec,on non meruit, choisie par Guillemin, est une facilite/ double/e d'une contradiction. On pourrait continuer longtemps a\ de/monter ainsi, pie\ce par pie\ce, les raisonnements de mon contradicteur. Pour ce qui est du proble\me de/licat des clausules, par exemple. Quand la tradition manuscrite est saine, faut-il la modifier si peu que ce soit (par exemple en remplac,ant les finales en -ii, -iis, par -i, -is) pour obtenir cou^te que cou^te des clausules plus nombreuses ou juge/es plus satisfaisantes? A la fin de sa recension, Liberman propose une liste de 23 passages qui lui paraissent me/riter des corrections. La plupart sont de son cru et ne sont accompagne/es d'aucune justification; quelques-unes sont emprunte/es a\ des philologues ante/rieurs, qui les ont propose/es sans succe\s. Tout cela est arbitraire. Je pre/cise que les passages incrimine/s ne posent pas de proble\me textuel particulier et que le sens qu'ils offrent est satisfaisant. Voici quelques exemples. En 1, 14, 5, Liberman veut ajouter nescio devant ambitioni dicam an dignitati; face a\ un public d'e/tudiants de/butants il faudrait expliquer que nescio est en quelque sorte sous-entendu; mais il ne faut surtout pas l'ajouter dans le texte, ce serait de/truire une des caracte/ristiques de la prose plinienne. En 1, 20, 7, illum permulta dixisse, cum ederet omisisse est parfaitement correct et clair; on ne voit pas pourquoi Mommsen et d'autres se sont acharne/s a\ changer le texte ni pourquoi Liberman veut leur emboi^ter le pas. En 2, 17, 9, Liberman m'a mal lu: je ne traduis pas usibus par pie\ces, mais par pie\ces a\ l'usage de. En 3, 13, 2 c'est le latin qu'il a mal lu: il faut comprendre in hac (sous-entendu materia), et non pas changer hac en hoc. Le passage le plus amusant est peut-e^tre 1, 20, 5, ou\ Liberman oublie l'astucieuse correction de Postgate (mutorumque animalium, cf. ci-dessus) pour en proposer une de son invention, inutile et maladroite. Pour conclure, rappelons une fois encore qu'il y a, dans nos disciplines, deux crite\res de la ve/rite/: le te/moignage des manuscrits et le consensus des philologues. Il est regrettable que Liberman ne se soucie ni des uns ni des autres.