BMCR 2009.08.37: Fry on Zeleny, Itali Modi: Akzentrhythmen in der lateinischen Dichtung der augusteischen Zeit
Bryn Mawr Classical Review <[email protected]> Fri, 14 Aug 2009 15:08:49 -0400 (EDT)
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Karin Zeleny, Itali Modi: Akzentrhythmen in der lateinischen Dichtung der augusteischen Zeit. Wien: Oesterreichische Akademie der Wissenschaften (OeAW), 2008. Pp. 294; CD. ISBN 9783700139562. $85.00. Reviewed by Carole Fry, Universite/ de Gene\ve ([email protected]) Word count: 3568 words ------------------------------- To read a print-formatted version of this review, see http://bmcr.brynmawr.edu/2009/2009-08-37.html To comment on this review, see http://www.bmcreview.org/2009/08/20090837.html ------------------------------- NB : Ce compte rendu devrait avoir pour comple/ment un article de plus grande ampleur, intitule/ "Stylistique de la me/trique : Le substantif en premier mot de l'hexame\tre dactylique". Il sera publie/ dans le courant de cet e/te/ dans Dictynna, revue online de poe/tologie latine (http://dictynna.revue.univ-lille3.fr) . Dictynna existe aussi en e/dition sur papier. La me/trique est un jardin de de/lices taxinomiques. La complexite/ de la matie\re la rend indigeste aux e/tudiants. Elle effraie les philologues et de/route les linguistes. Qui donc pourrait a^tre en de/saccord avec l'auteur lorsqu'elle affirme: "Atemraubend ist die Unzahl von Regeln, die Metrikforscher (et tous les anciens grammatici) in mueseliger Kleinarbeit aus den Versen gefiltert haben" (p. 19)? Son but est de de/truire de/finitivement l'ictus de/fendu par ceux qu'elle appelle "Iktologen", et qu'elle me/prise vigoureusement. Dans son audace, Karin Zeleny laissera a\ leur solitude et a\ leur de/sespoir tous ces e/tudiants--et enseignants--qui pensaient agir correctement en lisant a\ haute voix un texte poe/tique qui sonnait comme un bon vieux morceau de Heavy Metal. Mais Virgile ne se produisait pas dans quelque proto-Black Sabbath! Les points principaux de son argumentation sont : 1) La lecture marque/e par l'ictus e/tait une pratique scolaire et prive/e. 2) Seul l'accent de mots e/tait prononce/ lors de la lecture a\ voix haute du texte poe/tique latin. 3) La ligne rythmique du vers latin est constitue/e d'une succession de se/quences rythmiques. 4) Les se/quences rythmiques sont des quantite/s syllabiques ponctue/es par les accents de mots. 5) Les se/quences rythmiques ne sont pas nombreuses et peuvent e^tre classifie/es. 6) Les se/quences rythmiques sont le seul ornatus rythmique. 7) Les se/quences rythmiques sont le principal--sinon me^me le seul--ornatus phonique. 8) Les se/quences rythmiques sont inde/pendantes du sens. Dans la premie\re partie de son livre (p.11-82), Karin Zeleny tire de la linguistique les faits phonodynamiques qui permettent de re/voquer l'ictus et prouvent l'existence d'une lecture accentuelle. Dans la seconde partie de son livre, son souci est d'ordre me/thodologique (p. 83-90; voir aussi p. 208-213). Des formes rythmiques propres a\ la musique de l'Europe centrale, de l'Inde et de l'Afrique lui fournissent le cadre ne/cessaire a\ l'interpre/tation et au classement des se/quences rythmiques irre/gulie\res typiques a\ une lecture accentuelle du vers latin. Foncie\rement, sa ligne rythmique apparai^t comme constitue/e de se/quences organiques de morae. Chaque se/quence est une unite/ ge/ne/re/e par un accent de mot et de longueur variable. C'est cette unite/ constitue/e de morae qui, pluto^t que le pes, est le re/el principe organisateur du vers latin. Les rythmes re/sultants, fondamentalement de type 2 :1, sont irre/guliers par nature. Par exemple (p. 92), un vers tel OV. rem. 31 Effice nocturna frangatur ianua rixa est constitue/ de six unite/s conse/cutives: e/fficenoc (6 morae) + tu/rnafran (6 morae) + ga/tur (4 morae) + ia/nua (4 morae) + ri/xa (4 morae). Ces se/quences ge/ne\rent des structures rythmiques telles un Type A : 66444, un Type C : 64644, etc. Malheureusement, je suis oblige/e de dire "etc.", car le lieu strate/gique de la de/monstration de Karin Zeleny (p. 91-102) est un locus desperatus. Malgre/ ma meilleure volonte/, je dois avouer avoir e/te/ incapable de de/couvrir aucune de ces informations simples, claires et compre/hensibles dont aura besoin qui de/sirera faire exploiter cette the/orie que l'on pre/sume bien pense/e. La troisie\me partie de son livre est la plus consistante (p. 91-233). Elle est consacre/e a\ la re/interpre/tation de la me/trique latine. Chaque forme du vers dactylique--mais aussi e/le/giaque, bucolique et priapique--y est examine/e en de/tail, de me^me les notions de rhythmus, de modus, d'arsis et de thesis ainsi que bien des formes me/triques lyriques. Son enque^te est constamment et au plus haut degre/ instructive et stimulante. On la trouvera cependant parfois ardue et me^me obscure. La raison en est un continu manque de charite/ pour un lecteur e/puise/ et souvent demandeur de conclusions ponctuelles, de re/sume/s, de synthe\ses et de choses aussi be^tement pe/dagogiques qu'un index!! Le lecteur e/gare/ trouvera cependant son secours et son plaisir dans le Compact Disc contenant l'enregistrement de vers lus par l'auteur en personne. N'e/tant pas une me/tricienne spe/cialise/e ni me^me une philologue passionne/e de me/trique, mais seulement une linguiste pre/occupe/e de me/trique, je ne ferai pas un compte rendu plus de/taille/ de chaque chapitre de ce livre. Je me contenterai tout au plus de livrer quelques me/ditations sur les ide/es qui en constituent l'armature. La lecture a\ haute voix d'un texte poe/tique reque/rait l'e/nonciation des traits phoniques naturellement distinctifs d'un mot latin qui devait e^tre phone/tiquement--et se/mantiquement--partiellement de/note/ non pas par un ictus, mais par un accent. Ce postulat est ancien, et Karin Zeleny n'est pas, sur ce point pre/cis, une re/volutionnaire; elle n'agit que comme la destructrice syste/matique d'un vieux phantasme. S'appuyant d'abord sur le te/moignage de Cice/ron, puis de Quintilien et des autres grammairiens anciens, elle montre que la grammaticalisation de la me/trique a subi un glissement. Probablement incapables de the/oriser de manie\re satisfaisante le vieux vers grec colome/trique, les grammairiens alexandrins ont invente/ ce qui allait devenir le pes puis l'ictus. L'un et l'autre n'e/taient que des moyens de re/gularisation connus pour secourir la pe/dagogie. Karin Zeleny est une musicienne et elle sait qu'aucun soliste jamais pede terram pulsauit lors d'un concert public. Elle sait tout aussi bien qu'un morceau de musique convenablement exe/cute/ ne/cessite de la modulatio et non un rhythmus me/tronomique. C'est la pre/valence de l'accent de mot sur l'ictus qui fournissait cette modulatio irre/gulie\re et de rythme agre/able, affirme-t-elle (p. 157-177). D'un point de vue linguistique--l'auteur est une me/tricienne compe/tente, mais elle n'est gue\re linguiste -, deux autres arguments plaident fortement en faveur de l'e/viction de l'ictus de la lecture faite a\ haute voix des vers latins. Le premier est la valeur se/mantiquement distinctive de l'accent de mot. L'italien moderne montre qu'un de/placement d'accent peut rendre un mot presque incompre/hensible. Le second est la valeur diastratique de cet accent : un mot mal accentue/ constitue un barbarisme. C'est pourquoi la valeur se/mantique et sociologique de l'accent exclut absolument la pre/sence vocalement re/alise/e de l'ictusi. D'un autre co^te/, l'hexame\tre est un syste\me rythmiquement marque/ dont le marquage rythmique se trouve automatiquement produit par l'homodynie de sa clausule. D'un point de vue ge/ne/ral, l'homodynie, principalement celle des 5e et 6e pied, rend la prononciation capable de mate/rialiser de manie\re reconnaissable le rythme typique de l'hexame\tre. Mais qu'en est-il du rythme des autres pieds du vers latin ? Selon Karin Zeleny, celui-ci re/sulte de la succession des accents des mots. Techniquement, un rythme n'est pas produit par la re/pe/tition d'impulsions, ici celles de l'accent de mots, mais par la dure/e du silence qui se/pare deux battements. Entre deux ictus, la dure/e qui s'e/coule est celle de deux mores, re/parties entre une ou deux syllabes. Tout se complique sito^t que l'on ne conside\re que les accents de mots. Il en re/sulte une claire uarietasi, mais qui va reconnai^tre un hexame\tre dans ce chaos ? Karin Zeleny est une me/tricienne compe/tente, elle est aussi musicienne, mais n'e/tant pas linguiste, elle agit comme autrefois Henri Bornecque qui a e/crit en 1907 Les clausules me/triques latines, le plus imposant et le plus audacieux, mais aussi le plus inutile monument de la taxinomie me/trique, un monument aujourd'hui oublie/ et effondre/ sous le poids de sa propre complexite/. A l'e/vidence, Karin Zeleny n'a pas une semblable vision comptable du latin; toutefois, en traitant ses vers comme de pures se/quences de syllabes longues et bre\ves, accentue/es ou atones, elle oublie que le vers n'est rien d'autre qu'une manie\re particulie\re de communiquer un message ou, en d'autres termes, une chai^ne organique de sons gouverne/s avant tout par le sens. Les anciens "Metrikforscher", les grammatici ueteres et Henry Bornecque ne voyaient dans le signifiant qu'un syste\me inde/pendant, gouverne/ par des lois. Cependant, me^me Karin Zeleny est amene/e a\ remarquer que ces pre/tendues lois sont si complexes et si nombreuses qu'aucun cerveau humain n'a la capacite/ a\ les employer convenablement; n'a-t-elle pas affirme/ "Atemraubend ist die Unzahl von Regeln..." (p. 19) ? Karin Zeleny est a\ l'e/vidence une musicienne compe/tente et me^me e/rudite (p. 83-90). Par inclination, elle transpose donc un peu de la the/orie musicale vers la description du vers latin. Pour appuyer sa de/monstration, elle propose (p. 84-86) l'analyse rythmique d'une pie\ce chante/e de John Dowland (1563-1626). Certes, mais le rythme irre/gulier de ce morceau est a\ l'e/vidence produit avant tout par l'ordre des mots. Le rythme n'a pas de vie propre, il ne fait que re/sulter d'une disposition de mots dont la destination n'est que la focalisation des e/le/ments de sens les plus importants. De ce fait, la structure du rythme musical n'est rien d'autre que le re/sultat d'une manipulation se/mantique. Dans le domaine du latin, e/tant donne/ la probabilite/ de chaque e/le/ment rythmique, il aurait e/te/ instructif de calculer la probabilite/ moyenne d'existence de chaque type rythmique de l'hexame\tre, me^me si personnellement je ne crois pas au hasard artiste. Malgre/ mes re/serves, mon projet n'est ni de rejeter le conside/rable, habile et re/ellement utile travail fourni par Karin Zeleny, ni de le critiquer a\ l'exce\s. Son livre est stimulant et je l'ai lu avec un tre\s re/el plaisir--un plaisir assure/ment nur fuer Kenner und Liebhaber. Ne/anmoins, je dois regretter que, n'ayant conside/re/ que l'aspect purement musical du proble\me, Karin Zeleny ait excessivement privile/gie/ le signifiant. En ne/gligeant comple\tement le ro^le communicationnel du signifie/ poe/tique, elle a perdu de vue la valeur expressive, ou stylistique, de la plasticite/ de l'ordre des mots latins. Par exemple, l'emplacement de l'accent dans un syntagme pre/positionnel tel ante fores (OV. met. 10,224; p. 37) de/pend de la focalisation se/mantique : antEfores est un simple syntagme adverbial accentue/ faiblement comme un unique segment. En revanche, l'accentution Ante fOres, en focalisant chaque lexe\me se/pare/ment, cre/e un segment double, bien plus expressif. Dans ce cas, Ante fOres, inse/re/ en initiale absolue du vers, se trouve fortement focalise/. L'enclitique -que fournit un autre exemple de la pre/valence du sens sur le rythme. Karin Zeleny propose (p. 41) une lecture de VERG. Aen. 6,279 Gaudia mortiferumque aduerso in limine Bellum en accentuant atypiquement mortIferumque. Elle ajoute "Die Betonung mortiferUmque--avec l'accent d'enclise--wuerde wie iktierter Hexameter klingen, was nicht dem guten Ton entspricht" sans doute! Mais avec l'amui+ssement de la syllabe finale et une pause vocale a\ la ce/sure penthe/mime\re, le vers se pre/sente en un dicolon a\ l'ancienne de type grec, sous la forme d'un tre\s joli paralle/lisme me/trico-syntaxique et accentuel, homodyne et bien propre a\ une description des Enfers : Gaudia mortiferUmqu(e) aduerso in limine BEllum. Toutefois, pour Karin Zeleny, "ce/sure" et "homodyne" sont des concepts me/triquement incorrects, des gros mots! Certes, mais si du pur comput rythmique l'on e/tend la porte/e de la recherche jusqu'au monde exte/rieur de l'ordre lexe/matique et segmental des constituants de la phrase, le sens apparai^t et le signifiant se fait signifie/. A cette e/chelle plus e/tendue, des mots, des groupes de mots et me^me des sous-ensembles phrastiques syntaxiquement auto-suffisants doivent e^tre conside/re/s. Lorsqu'un uerbum est focalise/ pluto^t qu'un modus ou me^me qu'un numerus, le trait distinctif n'est plus l'ictus ou l'accent de mot, mais le sens. Je suis entie\rement convaincue par la de/monstration de Karin Zeleny lorsque celle-ci prouve l'inexistence de l'ictus dans la re/alite/ de la lecture poe/tique. Je tiens cependant a\ conside/rer tout de me^me ce malheureux ictus, et a\ le mettre en relation avec ces deux autres Pruegelknechte que sont la caesurai et le pes, vus comme des parties inte/grantes du me/canisme technique auquel le poe\te recourt pour faire valoir certains e/le/ments de sens. Si l'on cherche a\ appre/hender la diffe/rence qui se/pare la prose et la poe/sie, rien n'offre un contraste si e/loquent qu'une approche probabiliste de la line/arite/ du signifiant. En effet, e/tant donne/ deux syllabes successives dans un texte en prose, la quantite/ de la premie\re syllabe n'affecte en rien la quantite/ de celle qui la suit. En revanche, dans un texte poe/tique, mettons dactylique, apre\s un groupe constitue/ d'une syllabe longue et d'une syllabe bre\ve, une syllabe longue n'apparai^t jamais, mais ne/cessairement une syllabe bre\ve (- + U =3D - 0% // U 100%). Apre\s un groupe constitue/ de deux syllabes bre\ves une syllabes bre\ve n'apparai^t jamais, mais ne/cessairement une syllabe longue (U + U =3D - 100% // U 0%). De la sorte, la caracte/ristique la plus distinctive de la poe/sie, et probablement la seule re/ellement distinctive, n'est pas l'organisation se/quentielle des accents de mots mais la re/gulation de la probabilite/ d'apparition des quantite/s syllabiques. Et qu'en est-il de l'homodynie ? Il a e/te/ statistiquement prouve/ que la concordance homodynique entre l'ictus et l'accent de mot est absolument obligatoire en fin d'hexame\tre. L'homodynie se rare/fie dans le centre du vers mais elle est relativement fre/quente a\ son de/but. Cette ternarite/ est d'ordre syme/trique du fait de la nature dipodique de chacune de ces zones (2+2+2). Cette syme/trie fournit une preuve probable de l'existence d'un sous-ensemble ite/re/ constitutif du vers. Appelons-le pes. Pour sa part, l'homodynie est un phe/nome\ne extre^mement troublant pour quiconque de/sire en finir avec l'ictus. Je suis pour ma part profonde/ment convaincue par l'argumentaire de Karin Zeleny, lorsqu'elle cherche a\ montrer que l'ictus n'e/tait pas e/nonce/ clara uoce. Cependant, l'usage de la lecture ictologique tel que la pratiquait l'e/cole est la marque d'une re/gularite/, d'une battue que l'homodynie, d'une certaine manie\re, peut ou doit rappeler a\ certains endroits du vers, et cela a\ travers la re/alisation phonique clara uoce de l'accent de mot. On ne peut conside/rer ce malheureux ictus sans s'attarder quelque peu sur la uexata caesura. Karin Zeleny reconnai^t a\ la ce/sure sa fonction focalisante (p. 47-53; 102-116), mais seulement en tant que marqueur de pause utilise/ pour isoler des se/quences rythmiques ou e/ventuellement pour cre/er des effet d'e/chos phoniques (p. 105 : OV. met. 10,414 Horret anus / tremulasque manus / annisque metuque). Pourtant, me^me en ne conside/rant le sens que de manie\re tre\s marginale, il n'est jusqu'au latiniste ne/ophyte qui ne comprenne que la ce/sure fonctionne comme un tre\s puissant organisateur textuel. La ce/sure ouvre ou ferme fre/quemment une structure colome/trique lorsque le colon exce\de la longueur du vers (VERG. Aen. 1,11 IMPULERIT. / Tantaene ...). La ce/sure sert e/galement a\ focaliser l'un ou l'autre mot important de the\me ou du rhe\me (VERG. Aen. 1,1 Arma uirum /que CANO / TROIAE / qui primus ab oris). La ce/sure est aussi clairement utilise/e comme un relais communicationnel en situation d'hyperbate (VERG. Aen. 1,4 Vi superum, / SAEUAE / memorem / IUNONIS ob iram). L'hyperbate, du fait du trouble qu'il introduit dans l'organisation thematico-rhe/matique de la phrase, suscite une tre\s re/elle difficulte/ communicationnelle que l'on trouve extre^mement fre/quemment re/solue avec l'aide de la ce/sure. De ce point de vue, la ce/sure et l'hyperbate forment un couple tre\s uni! Il y a fondamentalement des raisons d'ordre diastratique a\ l'usage massif de l'hyperbate dans le vers latin. Le locuteur populaire use d'une langue constitue/e de segments tre\s compacts o=EF=BF=BD qualifiants et qualifie= /s sont re/gulie\rement contigus. En conse/quence, la langue poe/tique, esthe\te et e/litiste, rompt et se/pare tout segment compact de la langue usuellement parle/e. La ce/sure, mais bien entendu pas chaque ce/sure du vers, posse\de un certain ro^le rythmique, mais sa fonction se/mantique et esthe/tique est d'une importance absolument pre/ponde/rante. Quoi qu'il en soit, s'occuper de la ce/sure implique de s'occuper du pied et de l'ictus. Je suis parfaitement d'accord avec Karin Zeleny : l'ictus n'e/tait pas prononce/ dans la poe/sie telle qu'en sa vie re/elle, bien su^r ... mais la poe/sie n'est pas la vie re/elle! La poe/sie latine est un moyen de communiquer si artificiel qu'il ne/cessite pre/paration. Or, lorsqu'il effectue pour lui-me^me sa pre/paration, quelle qu'elle soit, le lecteur, en ge/ne/ral un acteur professionnel forme/ a\ la recitatio, examine l'intime structure du vers ... et bat la mesure de l'ictus, coupe sa caesura etc. Il est le soliste qui terram pede pulsat a\ la maison, mais pas sur sce\ne. La colome/trie du vers offre un autre exemple de la pre/valence du sens sur le rythme. L'attaque me/trique est plus que tout autre caracte/ristique de la capacite/ focalisante de la structure intime du vers. Il est e/tabli que son premier mot pouvait aise/ment e^tre repe/re/ a\ l'oreille. Il e/tait en effet incarne/ dans la se/quence phone/mique e/nonce/e juste apre\s la clausule homodyne. Bien entendu, l'architecture colome/trique du texte e/crit le rend e/minemment visible. Un coup d'oeil aux substantifs inse/re/s au de/but des vers du premier chant de l'Ene/ide montre que 59,8% d'entre eux se trouvent en attaque me/trique (type : VERG. Aen.1, 2 ITALIAM, fato profugus, Laviniaque venit). La probabilite/ moyenne qu'avait l'un d'entre eux de s'y trouver n'e/tait que de 15% environ. Par la focalisation tactique d'un nom propre, le poe\te fait quelque chose de plus important que de mettre un individu en e/vidence. Dans la poe/sie e/pique, le nom propre est tre\s souvent un nom grec. Sa pre/sence rompt la concinnitas. De cette contrainte, le poe\te tire un ornatus. En utilisant l'ordre des mots comme un moyen, il obtient une sorte d'effet de strass phone/mique, un effet presque toujours amplifie/ par l'usage re/gulier de chacun des trois types de ce/sures (Type VERG. Aen. 2,276 Vel DANAUM // PHRYGIOS // iaculatus puppibus ignis); 319 PANTHUS OTHRYADES //, arcis PHOEBI //que sacerdosi; 394 Hoc RHIPEUS //, hoc ipse DYMAS // omnisque iuuentus). Cet effet d'esthe/tique est naturellement bien plus efficace lorsque le nom propre grec contient des phone\mes inconnus du latin (Type VERG. Aen. 144 CYMOTHOE // simul et Triton adnixus acutoi). Si le premier mot du vers se trouve mis en e/vidence, ce n'est pas que du seul fait de la colome/trie du vers ni de la ce/sure. C'est parfois la concordance homodynique qui vient au secours de la focalisation. Les mots monosyllabiques (Aen. 1,12 Vrbs antIqua), dissyllabiques (Aen. 1,1 Arma uirUmque) et trisyllabiques a\ paenultima breuis (Aen. 1,14 Ostia, dIues) fournissent spontane/ment ce qu'il faut. L'examen phonologique des donne/es montre une quantite/ de premiers pieds homodynes bien plus e/leve/e que celle observe/e d'habitude. Dans la re/alite/, les longs mots latins e/taient prononce/s avec une sorte d'intensite/ initiale qui n'e/tait ni un accent ni un pre/accent mais une espe\ce d'attaque tonique, comme, par exemple dans sAcramEntumi ou dOrmitOrium. Le franc,ais "serment" et "dortoir" le prouvent. On peut ainsi conside/rer comme pleinement homodynes de\s leur premie\re syllabe de long mots comme Aen. 1,90 IntonuEre; Aen. 1,176 NUtrimEnta. Cette attaque tonique rend aussi homodyne une bonne part des longs mots en -que et en -ue, tels Aen. 1, 6 InferrEtque ou Aen. 1,424 mOlirIue. Pousse/e curiositatis causa a\ chercher quelque preuve de cela, je ferai appel a\ de la statistique. Dans le premier livre de l'Ene/ide, la connexion par -queii est deux fois plus abondante que celle qui recourt a\ et. Etant donne/ que la balance moyenne des deux connecteurs est a\ peu pre\s de 1:1, la capacite/ de -que ainsi que de -ue en tant que cre/ateur d'homodynie me semble fournir une bonne explication au de/se/quilibre statistique observe/. Il est temps de conclure. D'un point de vue communicationnel, le vers, et en particulier l'hexame\tre, apparai^t comme un syste\me cre/ateur de focalisation. Son de/but par l'attaque me/trique, sa centralite/ par ses ce/sures et sa fin par sa clausule sont ses lieux de focalisation. La position initiale focalise par effet colome/trique, la centralite/ focalise par effet de rupture e/nonciative, la clausule focalise par effet rythmique. Le but que se fixerait une "Stylistique de la me/trique" serait de de/crire les moyens et me/thodes que le poe\te applique a\ la structure me/trique pour cre/er par focalisation une hie/rarchie argumentative surimpose/e a\ la line/arite/ du the\me et du rhe\me. Quae cum ita sint, qu'en est-il des structures rythmiques de/gage/es par Karin Zeleny? Sa de/monstration de l'existence de structures rythmiques est tre\s convaincante, me^me si on peine a\ la saisir par manque de clarte/ pe/dagogique. Mais cela n'importe pas vraiment. L'accumulation des pre/somptions vaut de/monstration axiomatique. Ce qui est en revanche hautement contestable est sa manie\re de concevoir la hie/rarchie des domaines. Si on acceptait sans re/serve son point de vue, on serait dans l'obligation de conside/rer le poe\te comme un simple cre/ateur de pulsations qui recourrait aux mots sans autre but que de cre/er des rythmes harmonieux et varie/s, sinon me^me bariole/s. Comme j'ai tente/ de le montrer, le poe\te est avant tout un narrateur. Lorsque Horace e/crit son ars poetica a\ destination des poe\tes en devenir, il consacre 24 vers (251-274) a\ la modulatio, et 452 au sens. En focalisant l'attention de son lecteur/auditeur sur des secteurs particuliers de son dictum, le poe\te cre/e une sorte de me/tadiscours, un commentaire auctorial de son propre poe\me. Afin de focaliser l'attention, et aussi pour offrir quelque aide interpre/tative, il recours a\ la "me/tricite/" du vers. La me/tricite/ est la capacite/ du vers a\ provoquer de la focalisation par l'entremise des traits distinctifs de sa propre structure. Ces traits distinctifs doivent e^tre perceptibles. Ils sont la colome/trie me/trique, l'ictus et le pes qui surgissent de leur profondeur de silence gra^ce a\ l'homodynie et aux ce/sures. De\s lors, le rythme n'apparai^t plus que comme un effet re/sultant certes, mais bien entendu habilement travaille/ par le poe\te. N'e/tant partie ni de l'inuentio ni de la dispositio, le rythme est bien clairement constitutif de l'elocutionis ornatus. Karin Zeleny montre avec quel soin il e/tait utilise/ et quelles e/tait ses re\gles. Elle prouve son efficacite/ dans l'ordre du delectare. Cependant, l'alpha et l'ome/ga du munus persuadendi restent le docere et le mouere. Au premier rang se tient le sens.