À quand le filtrage du port 53 ?

Stephane Bortzmeyer <[email protected]>
Newsgroups gmane.network.dns.french
Message-ID <[email protected]>
http://www.bortzmeyer.org/port53-filtre.html

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Il n'y a plus guère aujourd'hui de vrai FAI pour le particulier ou la 
petite entreprise, c'est-à-dire de fournisseur qui donnerait accès à 
l'Internet, pas seulement à un sous-ensemble de celui-ci (par exemple 
le Web). Ainsi, le filtrage du port 25 en sortie (le port utilisé par 
le protocole SMTP d'envoi du courrier) est souvent bloqué par défaut, 
en raison de l'importante quantité de spam envoyé par des zombies. Et 
le port *53*, celui du DNS ?

Il y a bien d'autres violations de la neutralité du réseau par les FAI 
(cf. RFC 4924). Parfois, d'autres services que le courrier sont 
interdits (la palme du ridicule à OVH pour son offre d'hébergement 
(http://www.ovh.com/fr/cloud/) où IRC est interdit - apparemment XMPP 
ou les protocoles de messagerie instantanée fermés ont été oubliés par 
le juriste d'OVH). Parfois, le client peut ouvrir les ports fermés, le 
filtrage n'étant que mis par défaut, mais débrayable (c'est le cas, à 
l'heure actuelle, chez Free avec le port 25, automatiquement et 
gratuitement).

Jusqu'à présent, l'accès DNS, qui se fait sur le port 53, a toujours 
été ouvert. Cela risque de changer bientôt. Il y a eu plusieurs alertes 
(donc certaines se sont révélées être de fausses alertes) comme chez 
Comcast (http://comcastisfuckingwithyourport53traffic.wordpress.com/) 
(voir aussi la discussion sur Slashdot 
(http://tech.slashdot.org/story/09/06/09/1731238/Comcast-Intercepts-and-
Redirects-Port-53-Traffic)) et il est probable qu'un FAI tentera 
bientôt de généraliser ce filtrage.

En effet, un document du MAAWG publié en juin 2010, « "Overview of DNS 
security - Port 53 protection 
(http://www.maawg.org/sites/maawg/files/news/MAAWG_DNS%20Port%2053V1.0_2
010-06.pdf)" » prône ce filtrage. La caution du MAAWG, cartel de gros 
opérateurs réseau, sera sans doute utilisé comme prétexte. Par contre, 
pour le client, c'est une mauvaise nouvelle : le MAAWG s'est déjà 
signalé par ses positions éradicatrices, considérant que le citoyen n'a 
pas à avoir un accès complet à l'Internet et qu'il faut le forcer à 
passer par les filtres du fournisseur d'accès. Par exemple, pour le 
courrier, le MAAWG a toujours prôné, comme approche anti-spam, 
l'acceptation du courrier uniquement entre gros opérateurs, excluant la 
réception du courrier envoyé par les serveurs des petits fournisseurs, 
petites entreprises ou particuliers.

Le titre du rapport du MAAWG est déjà un chef d'&#339;uvre de novlangue, 
comme de parler de « managing traffic on port 53 » pour dire 
« interdiction du port 53 ».

Quels sont les arguments du MAAWG ? Que plusieurs logiciels 
malveillants changent les réglages DNS des machines infectées, pour 
pointer vers des serveurs DNS contrôlés directement ou indirectement 
(via un empoisonnement de cache) par un méchant. Bloquer le port 53 
forcerait les machines Windows infectées à passer par les résolveurs 
DNS du FAI, gênant ainsi le logiciel malveillant.

De telles attaques arrivent dans la nature et sont par exemple 
documentées dans l'article « "Corrupted DNS Resolution Paths: The Rise 
of a Malicious Resolution Authority 
(http://www.citi.umich.edu/u/provos/papers/ndss08_dns.pdf)" ». 
L'attaquant, via un logiciel malveillant, change les réglages DNS et le 
PC de l'utilisateur, sans que ce dernier s'en rende compte, envoie 
désormais ses requêtes DNS à un résolveur géré par le méchant (ou 
empoisonné par celui-ci). Ce résolveur peut alors, par exemple, 
indiquer une fausse adresse IP pour www.ma-banque.example. Ainsi, 
l'utilisateur, sans qu'il y aie eu besoin d'envoyer du spam 
prétendument depuis sa banque, peut être dirigé vers un serveur de 
hameçonnage.

Bien conscient de la restriction de la liberté de choix qui résulte de 
l'interdiction proposée, le MAAWG propose des exceptions vers les 
serveurs DNS « bien connus » ("legitimate DNS resolvers", sans que 
cette « légitimité » soit définie). On suppose que cela inclus ceux 
d'OpenDNS (http://www.bortzmeyer.org/opendns-non-merci.html) (qui se 
vante de censurer pour « protéger la famille » 
(http://www.pcmag.com/article2/0,2817,2365554,00.asp)) ou de Norton DNS 
qui affirme mentir sur les réponses DNS pour empêcher l'utilisateur 
d'aller sur des sites Web dangereux. Est-ce que cela inclura aussi les 
serveurs de Google DNS (http://www.bortzmeyer.org/google-dns.html), 
pour lesquels Google s'est engagé à ne pas interférer avec les réponses 
légitimes ? En tout cas, cette idée d'une « liste blanche » de serveurs 
officiels est bien dans l'esprit du MAAWG, qui verrait bien l'accès 
Internet réduit à passer par un petit nombre de fournisseurs. En 
revanche, le rapport du MAAWG ne mentionne pas une seule fois la 
possibilité d'"opt-out" pour le client.

En quoi est-ce un problème de ne pas avoir accès au port 53 ? D'abord, 
il faut préciser que c'est une restriction du choix : le FAI détermine 
ce qui est bon pour le client, au lieu de laisser celui-ci se 
déterminer tout seul. Ensuite, d'un point de vue plus pratique, bloquer 
le port 53 peut empêcher le client de chercher ailleurs une solution 
aux dysfonctionnements des résolveurs DNS du FAI, ou à leurs 
insuffisances (par exemple, chez Free, la moitié des résolveurs ne gère 
toujours pas EDNS). C'est d'autant plus grave que les défaillances 
peuvent être volontaires, comme dans le cas des DNS menteurs 
(http://www.bortzmeyer.org/dns-menteur.html) où le FAI trompe 
délibérement ses clients. Le rapport du MAAWG mentionne d'ailleurs 
cette question de manière fort elliptique en indiquant que le bocage du 
port 53 permet de préservers les revenus provenant de l'exploitation du 
DNS... (En termes clairs : la publicité sur le site Web vers lequel on 
redirige les clients.)

Un autre problème du blocage du port 53 concerne DNSSEC. Tant que les 
résolveurs des FAI ne font pas de validation DNSSEC, la seule solution 
pour celui qui veut utiliser cette technique de sécurité chez lui est 
d'installer son propre résolveur (ce qui est très simple aujourd'hui) 
validant. Le blocage du port 53 empêcherait cela et gênerait donc le 
déploiement d'une méthode de sécurité intéressante.

Comment savoir si son FAI bloque déjà le port 53 ? Lui demander ne 
donne jamais aucun résultat (essayez : appelez le support de votre 
FAI). Lire les CGV a peu de chances de vous apporter des explications 
claires. Il vaut donc mieux tester. Si, sur une machine Unix, vous 
pouvez utiliser dig :

% dig @a.nic.fr A www.wikipedia.fr

et récupérer la bonne valeur (une redirection vers les serveurs du domaine de 
Wikipédia) :


...
;; AUTHORITY SECTION:
wikipedia.fr.           172800  IN      NS      c.dns.gandi.net.
wikipedia.fr.           172800  IN      NS      a.dns.gandi.net.
wikipedia.fr.           172800  IN      NS      b.dns.gandi.net.
...

c'est que vous avez un accès au port 53 : vous pouvez interroger
directement les serveurs faisant autorité. Vous pouvez aussi tester
d'autres TLD que
.fr, bien sûr.

Parfois, le filtrage dépend du contenu. Ainsi, en Chine, les requêtes 
DNS sont souvent modifiées 
(http://www.bortzmeyer.org/detournement-racine-pekin..html) par la 
censure et il faut donc tester, non seulement avec www.wikipedia.fr 
mais également avec des noms sensibles (en Chine, facebook.com ou 
twitter.com). Même si vous avez l'impression que vous parlez 
directement au serveur DNS (option @ de dig), des équipements 
intermédiaires sur le réseau modifient vos réponses.

Si vous n'avez pas dig, vous pouvez aussi utiliser le service 
http://netalyzr.icsi.berkeley.edu/faq.html#nolaunch (il nécessite 
Java).
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