Sortie du RFC sur l'AS112

Stephane Bortzmeyer <[email protected]>
Newsgroups gmane.network.dns.french
Message-ID <[email protected]>
http://www.bortzmeyer.org/6304.html

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Auteur(s) du RFC: J. Abley (ICANN), W. Maton (NRC-CNRC)


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Le système AS112, décrit dans ce RFC, est à la fois un utile composant 
du DNS, améliorant les performances et reduisant la charge du réseau, 
un banc d'essai pour des nouvelles techniques comme l'"anycast", et une 
expérimentation sociale, celle d'un service 100 % acentré.

Comme beaucoup de bonnes choses sur l'Internet, la documentation arrive 
comme les carabiniers, longtemps après. Car l'AS112 tourne depuis des 
années. Pour comprendre son rôle, il faut d'abord se pencher sur le 
problème à résoudre.

Un certain nombre de sites connectés à l'Internet utilisent des 
adresses IP privées, tirées du RFC 1918. Bien des logiciels, lorsqu'ils 
voient passer un nouveau client, font une résolution DNS pour obtenir 
le nom du client en fonction de son adresse IP (résolution dite PTR). 
C'est par exemple le cas du serveur de courrier Postfix, chez qui ce 
comportement n'est pas débrayable. Lorsque l'adresse IP est privée, il 
ne sert à rien de poser la question au DNS public. Par définition, 
celui-ci ne peut pas savoir que MaPetiteEntreprise utilise 
192.168.1.0/24 et a attribué 192.168.1.33 à 
posteclientX.mapetiteentreprise.com. La bonne pratique est donc que 
l'administrateur réseaux d'un site qui utilise ces adresses privées 
doit configurer des serveurs DNS pour répondre aux requêtes PTR (cf. 
RFC 6303). Pour voir cela, on peut utiliser l'option -x de dig, qui 
permet de faire automatiquement une résolution d'adresse en nom. Le 
domaine in-addr.arpa (RFC 5855) accueille la forme inversée des 
adresses (192.168.1.33 devient 33.1.168.192.in-addr.arpa). Testons ici 
une adresse publique :

% dig -x 192.134.4.20
...
;; ANSWER SECTION:
20.4.134.192.in-addr.arpa. 172800 IN    PTR     rigolo.nic.fr.


Mais beaucoup d'administrateurs réseaux sont négligents, surchargés de 
travail, incompétents ou les trois à la fois. Ils ne configurent pas 
ces serveurs DNS et, résultat, la requête PTR sort de leur réseau et va 
taper sur les serveurs DNS de la racine puis à ceux de in-addr.arpa. 
(Une bonne partie du trafic semble ainsi venir des réseaux 3G, où le 
"smartphone" ne reçoit qu'une adresse privée et où le résolveur DNS qui 
lui est indiqué ne connait pas les zones correspondantes.) Ceux-ci ont 
normalement autre chose à faire que de répondre à des requêtes qui 
sont, dès le départ, des erreurs. Ils délèguent donc à l'AS112, un 
ensemble de serveurs de noms qui est chargé de répondre « ce nom 
n'existe pas » à toutes ces requêtes parasites. L'AS112 est donc un 
*puits* où finissent les erreurs.

On peut voir la délégation de l'AS112 avec dig :


% dig NS 168.192.in-addr.arpa

; <<>> DiG 9.7.1 <<>> NS 168.192.in-addr.arpa
;; global options: +cmd
;; Got answer:
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 56273
;; flags: qr rd ra; QUERY: 1, ANSWER: 2, AUTHORITY: 0, ADDITIONAL: 3

;; OPT PSEUDOSECTION:
; EDNS: version: 0, flags:; udp: 4096
;; QUESTION SECTION:
;168.192.in-addr.arpa.          IN      NS

;; ANSWER SECTION:
168.192.in-addr.arpa.   300     IN      NS      blackhole-2.iana.org.
168.192.in-addr.arpa.   300     IN      NS      blackhole-1.iana.org.

;; ADDITIONAL SECTION:
blackhole-1.iana.org.   3500    IN      A       192.175.48.6
blackhole-2.iana.org.   3500    IN      A       192.175.48.42

;; Query time: 29 msec
;; SERVER: 127.0.0.1#53(127.0.0.1)
;; WHEN: Wed Jul  6 12:34:19 2011
;; MSG SIZE  rcvd: 141


La délégation va être conservée dans les mémoires caches des
résolveurs DNS et la racine ou in-addr.arpa ne seront donc plus embêtés, après la
première requête.

Mais qui sont ces machines 192.175.48.6 et 192.175.48.42 ? Des très 
gros serveurs payés par un mécène et installées à un endroit bien 
connecté ? Pas du tout. C'est ici que rentre en jeu l'AS112. Ce dernier 
est composé d'un réseau informel de dizaines de machines un peu partout 
dans le monde et qui annoncent toutes être 192.175.48.6 et 
192.175.48.42. Chacune de ces machines encaisse une partie de la 
charge. L'AS112 n'a pas de chef, juste un site Web 
<http://www.as112.net/> et, depuis aujourd'hui, un RFC, ce RFC 6304.

L'AS112 doit son nom au numéro de système autonome qui lui a été 
attribué. Ses serveurs utilisent l'"anycast" (RFC 4786) pour distribuer 
la charge entre eux. Avant Global Anycast 
<http://wiki.global-anycast.net/>, c'était donc le prempier projet 
d'"anycast" entre serveurs faiblement coordonnés.

Les détails pratiques, maintenant. La liste des zones servies figure en 
section 2.1. Elle comprend 10.in-addr.arpa pour le réseau 10.0.0.0/8, 
de 16.172.in-addr.arpa à 31.172.in-addr.arpa pour le 172.16.0.0/12, et 
168.192.in-addr.arpa pour le 192.168.0.0/16, les préfixes du RFC 1918. 
Elle inclus aussi 254.169.in-addr.arpa pour le préfixe « local au 
lien » du RFC 5735. Pour aider à l'identification du n&#339;ud qui répond, 
les serveurs de l'AS112 servent également la zone hostname.as112.net, 
ici à Paris :


% dig +nsid TXT hostname.as112.net

; <<>> DiG 9.7.3 <<>> +nsid TXT hostname.as112.net
;; global options: +cmd
;; Got answer:
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 1078
;; flags: qr rd ra; QUERY: 1, ANSWER: 5, AUTHORITY: 2, ADDITIONAL: 3

;; OPT PSEUDOSECTION:
; EDNS: version: 0, flags:; udp: 4096
;; QUESTION SECTION:
;hostname.as112.net.            IN      TXT

;; ANSWER SECTION:
hostname.as112.net.     267     IN      TXT     "Unicast IP: 193.17.192.194"
hostname.as112.net.     267     IN      TXT     "See http://as112.net/ for more information."
hostname.as112.net.     267     IN      TXT     "See http://noc.hivane.net/cgi-bin/dsc-grapher.pl for local information."
hostname.as112.net.     267     IN      TXT     "Paris, FR"
hostname.as112.net.     267     IN      TXT     "Hivane Networks"

;; AUTHORITY SECTION:
hostname.as112.net.     267     IN      NS      blackhole-2.iana.org.
hostname.as112.net.     267     IN      NS      blackhole-1.iana.org.

;; ADDITIONAL SECTION:
blackhole-1.iana.org.   241     IN      A       192.175.48.6
blackhole-2.iana.org.   241     IN      A       192.175.48.42

;; Query time: 1 msec
;; SERVER: 217.70.184.225#53(217.70.184.225)
;; WHEN: Wed Jul  6 12:36:14 2011
;; MSG SIZE  rcvd: 348


On note que les préfixes IPv6 n'y figurent
pas. Une des discussions les plus vives sur ce RFC, et qui explique le
temps très long qu'il a mis à sortir, portait sur la délégation de
préfixes d'ip6.arpa à l'AS112. Aucune décision
n'a encore été prise et, pour l'instant, notre RFC 6304
décrit l'état actuel de l'AS112 (on peut avoir une liste à jour sur
le site officiel <http://www.as112.net/>).

La section 2.2 décrit les serveurs de noms qui reçoivent la délégation, 
joliment (mais incorrectement, puisqu'ils répondent) nommés 
blackhole-1.iana.org et blackhole-2.iana.org (en dépit de leurs noms, 
les serveurs de l'AS112 ne sont pas gérés par l'IANA, cf. section 7). 
Dans le champ MNAME du SOA de la zone déléguée, on trouve également 
prisoner.iana.org dont la tâche principale est de répondre aux mises à 
jour dynamiques (RFC 2136) que certaines machines envoient audit MNAME.

Ce RFC 6304 n'est pas seulement la description d'une technique mais 
également un HOWTO sur la configuration d'un serveur de l'AS112. De 
tels textes, prévus pour les administrateurs système, sont rares dans 
les RFC. La section 3 décrit ainsi tout ce que doit savoir le 
volontaire qui va créer un nouveau n&#339;ud. Il doit connaître BGP (RFC 
4271), nécessaire pour l'"anycast" (RFC 4786) et la gestion d'un 
serveur DNS faisant autorité. Les serveurs de l'AS112 peuvent être 
situés n'importe où mais ils sont surtout utiles dans les endroits bien 
connectés, notamment les points d'échange. Ils peuvent être locaux 
(annonçant les routes avec la communauté BGP no-export, 0xFFFFFF01, cf. 
RFC 1997), ou globaux (servant le monde entier). Et naturellement, ils 
doivent se coordonner (via une liste de diffusion) avec les autres 
serveurs de l'AS112.

L'AS112 n'impose pas de système d'exploitation particulier (section 
3.3) mais tous les serveurs existants semblent utiliser Unix et tous 
(c'est difficile à dire, puisque l'AS112 ne contrôle pas tout ce qui se 
passe sur les serveurs) se servent de BIND. Il est recommandé que la 
machine AS112 soit dédiée à cette tâche : ces serveurs reçoivent 
parfois un trafic intense qui pourrait perturber leurs autres 
activités.

Le serveur signale son existence et sa disponibilité en BGP. Il faut 
donc coupler le serveur de noms au serveur BGP, pour que l'arrêt du 
serveur DNS entraîne l'arrêt de l'annonce (le RFC ne fournit pas de 
script pour cela). Un exemple de comment cela peut se réaliser sur 
Linux, avec les adresses de l'AS112 attachées à une interface dummy, 
est (code utilisé sur un serveur "anycast" réel, quoique pas de 
l'AS112) :

# Load the variables (the machine is a RedHat)
. /etc/sysconfig/network-scripts/ifcfg-eth0

# Test if the name server actually works. Do not use ps: the server
may be there but unresponsive
TMP=(`dig +short +time=1 +tries=1 @${IPADDR} SOA example.`)
MASTER=${TMP[0]:=somethingwaswrong}

# Normal reply or not?
if test ${MASTER} != "nsmaster.nic.example."
then
    # Disable the interface: Quagga will stop announcing the route
    ifdown dummy0
    # Raise an alarm, send SMS, etc
fi

Le serveur BGP annonce le préfixe
192.175.48.0/24 qui couvre les adresses de tous
les serveurs et l'origine est évidemment 112 <http://whois.arin.net/rest/asn/AS112/>.

Les exemples du RFC supposent que le serveur BGP est Quagga mais cela 
peut évidemment marcher avec d'autres. Dans l'exemple ci-dessous, tiré 
du RFC (section 3.4), le "router ID" est 203.0.113.1 et le serveur BGP 
a deux pairs, 192.0.2.1 et 192.0.2.2. Voici un extrait du bgpd.conf (la 
version intégrale est dans le RFC) :

   hostname my-router
...
   router bgp 112
    bgp router-id 203.0.113.1
    network 192.175.48.0/24
    neighbor 192.0.2.1 remote-as 64496
    neighbor 192.0.2.1 next-hop-self
    neighbor 192.0.2.2 remote-as 64497
    neighbor 192.0.2.2 next-hop-self

En farfouillant sur le site
officiel <http://www.as112.net/> (pas très bien organisé, je trouve), on peut trouver
d'autres exemples.


Le serveur AS112 a ensuite besoin d'un serveur DNS faisant autorité 
(section 3.5), évidemment compatible avec toutes les règles du DNS (RFC 
1034). Les exemples de configuration du RFC sont fondés sur BIND. Voici 
un extrait du named.conf (la version intégrale est dans le RFC) :

   options {
     listen-on {
        ...
        // the following addresses correspond to AS112 addresses, and
        // are the same for all AS112 nodes
        192.175.48.1;      // prisoner.iana.org (anycast)
        192.175.48.6;      // blackhole-1.iana.org (anycast)
        192.175.48.42;     // blackhole-2.iana.org (anycast)
     };
     recursion no;        // authoritative-only server
   };

   // RFC 1918
   zone "10.in-addr.arpa" { type master; file "db.empty"; };
   ...

   // RFC 5735
   zone "254.169.in-addr.arpa" { type master; file "db.empty"; };

   // also answer authoritatively for the HOSTNAME.AS112.NET zone,
   // which contains data of operational relevance
   zone "hostname.as112.net" {
     type master;
     file "db.hostname.as112.net";
   };

Un exemple équivalent pour NSD (pas testé sur
un vrai n&#339;ud AS112, toutefois) est disponible en  (en ligne sur http://www.bortzmeyer.org/files/as112-nsd.conf). Pour simplifier son écriture, il a été
produit à partir d'un source en M4,  (en ligne sur http://www.bortzmeyer.org/files/as112-nsd.conf.m4).

Que contiennent les fichiers de zone db.empty et 
db.hostname.as112.net ? Conformes à la syntaxe de la section 5 du RFC 
1035, ils sont communs à BIND et NSD. Le premier, comme son nom 
l'indique, est un fichier de zone vide, puisque le serveur AS112 ne 
connait évidemment rien : il ne peut que répondre NXDOMAIN (ce nom 
n'existe pas) à toutes les requêtes. Il ne contient donc que les 
informations obligatoires à toute zone (SOA, avec une adresse de 
contact appropriée) et NS. L'autre zone sert au déboguage de l'AS112, 
lorsqu'on veut obtenir des informations sur le serveur AS112 courant. 
Un contenu typique est juste composé d'enregistrements TXT :

           TXT     "Human AS112 server" "Minas Tirith, Gondor"
           TXT     "Forbidden to orcs and nazguls."
           TXT     "See http://www.as112.net/ for more information."

et parfois d'une localisation (cf. RFC 1876).
Le résultat sur un site réel étant :



% dig ANY hostname.as112.net.

; <<>> DiG 9.7.3 <<>> ANY hostname.as112.net.
;; global options: +cmd
;; Got answer:
;; ->>HEADER<<- opcode: QUERY, status: NOERROR, id: 41528
;; flags: qr rd ra; QUERY: 1, ANSWER: 7, AUTHORITY: 2, ADDITIONAL: 1

;; OPT PSEUDOSECTION:
; EDNS: version: 0, flags:; udp: 4096
;; QUESTION SECTION:
;hostname.as112.net.            IN      ANY

;; ANSWER SECTION:
hostname.as112.net.     604796  IN      LOC     37 58 22.590 N 23 44 43.890 E 100.00m 100m 10m 10m
hostname.as112.net.     604796  IN      TXT     "See http://as112.net/ for more information."
hostname.as112.net.     604796  IN      TXT     "Unicast IP: as112.grnet.gr"
hostname.as112.net.     604796  IN      TXT     "Greek Research & Technology Network" "Athens, Greece"
hostname.as112.net.     604796  IN      SOA     flo.gigafed.net. dns.ryouko.imsb.nrc.ca. 1 604800 60 604800 604800
hostname.as112.net.     604796  IN      NS      blackhole-2.iana.org.
hostname.as112.net.     604796  IN      NS      blackhole-1.iana.org.

;; AUTHORITY SECTION:
hostname.as112.net.     604796  IN      NS      blackhole-1.iana.org.
hostname.as112.net.     604796  IN      NS      blackhole-2.iana.org.

;; Query time: 0 msec
;; SERVER: 127.0.0.1#53(127.0.0.1)
;; WHEN: Wed Jul  6 12:51:53 2011
;; MSG SIZE  rcvd: 391


(La version intégrale des deux fichiers de zone figure
dans le RFC.)

Une fois le n&#339;ud installé, il faut évidemment le tester (avec dig, par 
exemple). Si les réponses aux requêtes PTR sont correctes, mais pas 
celles aux requêtes pour le nom hostname.as112.net, c'est sans doute un 
problème de routage (on est envoyés sur un autre n&#339;ud de l'AS112) et il 
faut alors sortir traceroute et les "looking glasses" (section 3.6). 
Des tests dignes de ce nom doivent être faits depuis plusieurs FAI, et 
doivent tester les trois adresses IP de l'AS112.

Le bon fonctionnement de l'AS112 ne dépend pas uniquement de sa 
configuration initiale mais aussi de sa gestion et surveillance 
quotidiennes. La section 4 est consacrée aux questions opérationnelles. 
Le n&#339;ud doit être surveillé automatiquement, pour s'assurer qu'il 
répond toujours. S'il doit être arrêté (par exemple pour une 
maintenance prévue), il faut s'assurer que l'annonce BGP stoppe 
(autrement, BGP annonce un trou noir, d'où aucune réponse ne 
reviendra). Autre point important de la gestion opérationnelle d'un 
serveur de l'AS112, des statistiques, obtenues à partir d'outils comme 
DSC <http://dns.measurement-factory.com/tools/dsc/> ou dnstop 
<http://dns.measurement-factory.com/tools/dnstop/>. Quelle est 
l'utilisation réelle de l'AS112 ? Ces statistiques n'étant pas 
consolidées globalement, c'est difficile à dire. Certains opérateurs 
publient leurs chiffres mais pas tous. Par exemple, le serveur d'Ottawa 
voit mille requêtes par seconde (cf. « "AS112 Intro 
<https://www.dns-oarc.net/files/workshop-2008/maton.pdf>" » par l'un 
des auteurs du RFC), et celui à Paris deux fois plus (voir les 
graphiques 
<http://noc.hivane.net/cgi-bin/dsc-grapher.pl?plot=bynode&server=as112>)
, ce qui fait quand même quelques mégabits par seconde. La majorité des 
types demandés est évidemment du PTR mais il y a aussi un flux 
important de TXT, apparemment dus à la technologie SD ("Service 
Discovery") d'Apple (voir des statistiques plus détaillées à la fin).

Le nouveau serveur peut alors être annoncé sur les listes appropriées 
(par exemple, chaque point d'échange a en général la sienne). Enfin, 
bien que chaque serveur de l'AS112 puisse fonctionner indépendemment 
des autres, il est évidemment préférable de se coordonner avec les 
petits camarades (section 5) en écrivant à la liste officielle 
<https://lists.dns-oarc.net/mailman/listinfo/as112-ops>.

Et dans le futur ? La section 6 explore l'avenir possible de l'AS112. 
Idéalement, il devrait disparaître petit à petit au fur et à mesure que 
les administrateurs réseaux prennent soin de ne pas laisser fuir les 
requêtes PTR pour les réseaux privés, comme recommandé dans le RFC 
6303. Le déploiement de logiciels respectant ce principe dès le début 
pourrait aider. Toutefois, aujourd'hui, les opérateurs de l'AS112 
n'observent pas de tendance à la baisse du trafic. Même des années 
après le déploiement de serveurs mettant en &#339;uvre le RFC 6303, il est 
probable que le trafic de l'AS112 ne tombera pas à zéro et que ce 
service restera donc nécessaire.

Il pourrait même s'étendre à IPv6 : les serveurs pourraient répondre en 
IPv6 (et pas seulement en IPv4 comme aujourd'hui). Un préfixe a déjà 
été alloué pour cela, 2620:4f:8000::0/48 mais il n'est pas encore 
publié. Et les serveurs pourraient servir des données de ip6.arpa. Rien 
n'est encore décidé, gardez un &#339;il sur http://www.as112.net/ si vous 
voulez être au courant. Un bon exposé du problème est « "AS112-bis. 
<http://www.ietf.org/proceedings/80/slides/dnsop-3.pdf>" » et un plan 
de déploiement IPv6 est en http://public.as112.net/node/26.

Enfin, qu'en est-il de la sécurité ? Comme le rappelle la section 8, 
les requêtes DNS auxquelles répond l'AS112 ne devraient jamais y 
arriver, normalement. Elles auraient dû rester sur le réseau local. En 
sortant, elles exposent de l'information interne, qui était peut-être 
privée (qu'il y ait un serveur qui y réponde ou pas ne change guère ce 
risque).

Plus rigolo, comme ces requêtes sont en général involontaires (comme 
indiqué, elles auraient dû rester privées), les réponses sont 
inattendues. Plus d'un IDS a donc crié que l'AS112 essayait d'attaquer 
le réseau. Le RFC 6305 a été écrit pour fournir une réponse toute faite 
aux administrateurs incompétents qui accusaient l'IANA ou l'AS112.

Comme l'AS112 n'a pas de chef et que l'"anycast" ne permet pas de 
limiter le nombre de participants, il est tout à fait possible de 
fantasmer sur l'hypothèse d'un n&#339;ud AS112 voyou, qui donnerait exprès 
de mauvaise réponses. Ce problème (purement théorique) n'a pas vraiment 
de solution. Signer les zones avec DNSSEC semble franchement excessif.

L'annexe A du RFC expose la longue histoire de l'AS112, de ses débuts 
en 2002 (les adresses IP privées datent de 1996) à son état actuel, 
après la redélégation en 2011 de in-addr.arpa, autrefois sur les 
serveurs de la racine (RFC 5855). L'AS112 a été le premier déploiement 
massif de l'"anycast" et a donc joué un rôle primordial dans 
l'évaluation de cette technologie.

On voit que neuf ans ont donc été nécessaires pour documenter ce 
projet. Une des raisons du retard était la longue discussion pour 
savoir si le RFC devait documenter l'état actuel de l'AS112 (ce qui a 
finalement été fait) ou son état souhaité (avec, par exemple, les 
nouvelles zones IPv6).

À noter que, d'après la liste officielle des sites 
<http://public.as112.net/node/10>, il existe au moins un serveur AS112 
en France, chez Hivane <http://www.hivane.net/> mais pas encore sur un 
point d'échange, pour des raisons financières. Les requêtes françaises 
pour les serveurs de l'AS112 voyagent donc souvent loin. C'est un 
problème banal comme le montrait l'excellente présentation 
« "Investigating AS112 Routing and New Server Discovery 
<https://www.dns-oarc.net/files/workshop-2008/wright.pdf>" ».

Voici quelques analyses sur le trafic de ce serveur français, faites 
avec DNSmezzo <http://www.dnsmezzo.net/>. Le fichier pcap fait 6,8 Go. 
Il y a 43 701 087 paquets DNS dont 21 858 845 sont des requêtes. Les 
données ont été prises un vendredi, de 13h40 à 15h30 (heure locale). 
Regardons d'abord les types de données demandés :

dnsmezzo=> SELECT (CASE WHEN type IS NULL THEN qtype::TEXT ELSE type END),
       meaning,                                                           
       count(results.id)*100/(SELECT count(id) FROM DNS_packets WHERE query) AS requests_percent FROM
             (SELECT id, qtype FROM dns_packets
                 WHERE query)  AS Results
          LEFT OUTER JOIN DNS_types ON qtype = value
              GROUP BY qtype, type, meaning ORDER BY requests_percent desc;


 type  |                meaning                 | requests_percent 
-------+----------------------------------------+------------------
 PTR   | a domain name pointer                  |               57
 TXT   | text strings                           |               35
 SOA   | marks the start of a zone of authority |                6
 CNAME | the canonical name for an alias        |                0
 MX    | mail exchange                          |                0
 AAAA  | IP6 Address                            |                0
 40    |                                        |                0
 DS    | Delegation Signer                      |                0
 ...

La première place des PTR est normale. Celle des
TXT est plus surprenante. En regardant les noms
utilisés
(cf._dns-sd._udp.Y.X.243.10.in-addr.arpa...), on
voit qu'ils sont dus à la technique "Service
Discovery" d'Apple, un système normalement confiné au réseau
local mais qui bave beaucoup à l'extérieur.


Et quels sont les domaines les plus populaires ?

dnsmezzo=> SELECT substr(registered_domain,1,46) AS domain, 
          count(id)*100/(SELECT count(id) FROM DNS_packets WHERE query) AS requests_percent  
       FROM dns_packets WHERE query GROUP BY registered_domain ORDER BY requests_percent DESC LIMIT 30;
      domain      | requests_percent 
------------------+------------------
 10.in-addr.arpa  |               78
 192.in-addr.arpa |               12
 172.in-addr.arpa |                7
 169.in-addr.arpa |                1
 151.in-addr.arpa |                0
 i~-addr.arpa     |                0
 83.in-addr.arpa  |                0
                  |                0
 gfi.private      |                0
 local.de         |                0
 grupofdez.com    |                0
....

On voit que le réseau 10.0.0.0/8 est nettement le
plus populaire. On notera les trois derniers, sans doute des erreurs
de configuration.

Et quels sont les résolveurs les plus actifs ? En agrégeant les 
préfixes IPv4 en /28 :

dnsmezzo=>  SELECT set_masklen(src_address::cidr, 28) AS client, count(id)*100/(SELECT count(id) FROM DNS_packets WHERE query) AS requests_percent                                                                  
     FROM dns_packets WHERE query GROUP BY set_masklen(src_address::cidr, 28)
           ORDER by requests_percent DESC LIMIT 30;
       client       | requests_percent 
--------------------+------------------
 CENSURE.160/28     |               29
 CENSURE.0/28       |               10
 CENSURE.16/28      |                8
 CENSURE.96/28      |                6
...

Oui, j'ai préféré ne pas donner les adresses. Je dirai simplement que
ces quatre plus gros sont des opérateurs de téléphonie mobile, deux
français et deux extrême-orientaux (les mystères du routage...).

Merci à Clément Cavadore pour les données et pour sa relecture.
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