À quoi ressemblera la résolution de n oms dans l'Internet de demain ?

Stephane Bortzmeyer <[email protected]>
Newsgroups gmane.network.dns.french
Message-ID <[email protected]>
Je sais, c'est le jour de Noël, donc, normalement, on ne parle que de
choses gentilles et jolies. Mais, là, c'es trop grave, il fallait que
j'en parle et c'est aujourd'hui que j'avais du temps libre :

http://www.bortzmeyer.org/resolution-de-demain.html

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Dans tout réseau, il y a besoin d'un mécanisme de *résolution* des 
noms, traduisant les noms en identificateurs de plus bas niveau, plus 
proches du fonctionnement technique du réseau. C'est ainsi que, de 1983 
à 2011, la résolution de noms sur l'Internet a surtout été assurée par 
le DNS, permettant ainsi de séparer des noms stables, comme 
www.example.org, des identificateurs moins stables 
<http://www.bortzmeyer.org/pourquoi-le-dns.html>, comme 
2011:db8:af::1:567. Mais est-ce que cela sera toujours le cas demain ?

Car le DNS est aujourd'hui menacé. Pas par les vagues projets de 
construire un système « meilleur », tâche plus compliquée qu'elle n'en 
a l'air <http://www.bortzmeyer.org/no-free-lunc.html>. Mais par 
l'intérêt que portent des forces néfastes au DNS, et par les réactions 
que cela va entraîner. Aujourd'hui, avec le DNS, nous avons sur 
l'Internet un système d'une très grande fiabilité (les attaques DoS 
contre la racine ont toujours échoué 
<http://www.bortzmeyer.org/attaque-serveurs-racine.html>, par exemple), 
largement déployé, qui permet des identificateurs stables (mon blog est 
resté en www.bortzmeyer.org même lorsque je suis passé de Slicehost 
<http://www.slicehost.com/> à 6sync <http://www.6sync.com/>), et qui 
assure une signification unique pour les noms. Pas besoin de nuancer, 
de se renseigner, de demander quel réseau utilise son interlocuteur, on 
est sûr que tout le monde pourra utiliser www.bortzmeyer.org et avoir 
un résultat équivalent.

En raison de ces propriétés, le DNS est donc aujourd'hui à la base de 
toutes les transactions sur l'Internet, qui commencent toujours par une 
requête DNS (et parfois bien plus).

Ce rôle a évidemment attiré l'attention des méchants, notamment des 
censeurs. C'est ainsi que la loi LOPPSI en France permet d'imposer aux 
FAI de bloquer l'accès à certains sites, sur simple décision 
administrative (pour éviter que les citoyens puissent prendre 
connaissance de la liste des sites bloqués, et vérifier qu'ils sont 
bloqués pour de bonnes raisons). Un des mécanismes évidents pour mettre 
en &#339;uvre ce blocage est le DNS (transformation du résolveur du FAI en 
DNS menteur <http://www.bortzmeyer.org/dns-menteur.html>, avec blocage 
du port 53 <http://www.bortzmeyer.org/port53-filtre.html>). Déjà, de 
nombreux commerciaux font le tour des acteurs de l'Internet pour 
promouvoir des solutions de filtrage DNS, qui est également possible 
dans des logiciels comme BIND (avec la RPZ 
<http://www.bortzmeyer.org/rpz-faire-mentir-resolveur-dns.html>). La 
France dispose d'une grande avance technologique dans ce domaine, avec 
des entreprises comme Amesys, fournisseur de censure pour 
l'ex-dictature lybienne 
<http://owni.fr/2011/06/10/la-libye-sur-ecoute-francaise/>.

Les autres pays ne sont pas en reste et c'est ainsi que les États-Unis 
ont leur projet SOPA, équivalent de la LOPPSI, qui permet également 
d'obliger les FAI à bloquer l'accès à tel ou tel site. Comme, là 
encore, une implémentation évidente d'un tel système est via le DNS, 
SOPA a suscité des réactions vigoureuses 
<http://isoc.org/wp/newsletter/?p=4932> de la part des acteurs du DNS, 
ce qui explique en partie le recul des promoteurs du projet. Toutefois, 
la présence ou l'absence de cette loi ne sera pas forcément le facteur 
principal : un certain nombre d'opérateurs censurent déjà via le DNS 
(c'est donc une censure privée, contrairement à SOPA qui proposait une 
censure étatique).

Naturellement, cette censure ne restera pas sans réponse. Des tas de 
gens chercheront des contournements, des moyens de passer outre à la 
censure, comme cela s'est déjà produit pour Wikileaks 
<http://www.bortzmeyer.org/a-propos-wikileaks.html>. Comme le dit An 
dans les commentaires d'un blog : « Dans le temps, on s'échangeait des 
adresses de ftp warez. Dans un futur proche, on s'échangera peut-être 
des fichiers hosts contenant des listes:

warez1 @IP1
warez2 @IP2
etc...

et on lancera bien gentiment notre navigateur sur http://warez1, http://warez2 etc..
les sites webs auront été hackés et se verront ajouter un hostname warez1 qui servira
des films de vacances d'été comme au bon vieux temps du ftp warez. Ca ne tiendra pas
longtemps, ça sera difficilement traçable, et ça bougera bien trop rapidement pour
être coincé. ». D'autres tentatives ont déjà été faites, de diffuser
des listes d'adresses IP <https://docs.google.com/document/d/1aF-VyYGBsJ_zD1Cfv1bYZDl_nUlWVxFJxn-qS2kVB1E/preview?pli=1&sle=true>, suscitant de
vives discussions <http://www.reddit.com/r/SOPA/comments/nf5p1/sopa_emergency_list/>. En d'autres termes, il s'agit de revenir aux
ancienne listes genre
hosts.txt distribuées, et
jamais parfaitement à jour (comme le note Pierre Beyssac, ce sera du « "hosts.txt, cloud-style" ».

Autre solution, on verra apparaître des résolveurs DNS promettant de ne 
pas censurer comme ceux de Telecomix <http://dns.telecomix.org/>. Des 
outils apparaîtront pour permettre de changer de résolveur DNS plus 
facilement (comme le montre l'article de Korben 
<http://korben.info/outil-changer-dns.html>).

Ces réactions entraineront à leur tour des contre-réactions, vers 
davantage de contrôle, comme l'industrie du divertissement le prévoit 
déjà 
<http://reflets.info/quand-lindustrie-du-divertissement-envisage-de-nous
-interdire-de-choisir-nos-dns/>.

Lors d'une discussion sur la liste FRnog <http://www.frnog.org/>, Ronan 
Keryell s'exclamait 
<http://www.mail-archive.com/[email protected]/msg16803.html> : « Je 
pense qu'il faut à la base arrêter de tuer Internet. C'était mieux 
avant (quand nous utilisions tous les 2 Internet dans les années 80... 
:-) ). Doit-on vraiment revenir au bon vieux hosts.txt 
(http://tools.ietf.org/html/rfc952 pour ceux qui ont oublié ou plus 
probablement ici n'ont jamais connu) face à tous ces délires de 
filtrage et de résolution de faux problèmes imaginaires pour le bonheur 
de l'utilisateur comme dans toute dictature qui se respecte ? Stop ! On 
s'arrête ! ».

Mais nous en sommes déjà là, à revenir à des systèmes mal fichus, dont 
le résultat varie selon l'utilisateur, et dont la fiabilité n'est pas 
garantie. Les gens qui font les lois comme LOPPSI ou SOPA se moquent 
bien de tuer l'Internet. Ce n'est pas par ignorance de la technique 
qu'ils décident des mesures qui vont gravement blesser l'Internet. Ils 
veulent le contrôle avant tout, même au prix de problèmes permanents 
pour les utilisateurs.

Petit à petit, ces utilisateurs vont se servir de systèmes de 
résolution « inhabituels ». Ce seront des résolveurs DNS avec des 
règles spéciales (comme le plugin Firefox 
<https://addons.mozilla.org/en-US/firefox/addon/mafiaafire-piratebay-dan
cing/> de Pirate Bay) puis des infrastructures utilisant le protocole 
DNS mais avec des données différentes (comme les racines alternatives 
<http://www.bortzmeyer.org/racines-alternatives.html> sauf que cette 
fois, cela sera réellement adopté massivement, car il existe une forte 
motivation, qui manquait aux racines alternatives d'il y a dix ans, qui 
n'avaient rien à proposer aux utilisateurs).

On verra par exemple des « pseudo-registres » qui partiront des données 
des « vrais » registres puis les « corrigeront », ajouteront des termes 
ou d'autres, à partir d'une base à eux (contenant les domaines 
censurés).

Puis cela sera des systèmes de résolution nouveaux, comme Namecoin 
<http://dot-bit.org/Namecoin>, avec des passerelles vers le DNS (projet 
.bit).

Pour l'utilisateur, cela entrainera désordre et confusion. Des noms 
marcheront à certains endroits et pas d'autres. On verra des tas de 
discussions sur des forums avec des conseils plus ou moins avisés du 
genre « pour voir tous les .fr, utilise telle ou telle adresse de 
résolveur DNS, et pas ceux de X ou de Y qui sont censurés ».

À la fin de l'année 2011, ce scénario catastrophe semble difficilement 
évitable, sauf réaction vigoureuse contre les ayant-trop-de-droits et 
autres censeurs.
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