Re: Fwd: [Itic] au groupe ITIC-ASTI-EPI
[email protected] Thu, 5 May 2011 18:47:49 +0200 (CEST)
| Newsgroups | gmane.org.aful.education |
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| Message-ID | <1106479859.727821304614069475.JavaMail.root@zimbra27-e5.priv.proxad.net> |
----- "Jean-Yves Jeannas" <[email protected]> a écrit : > Bonjour, > Pour information, ainsi qu'un appel à contribution pour un programme > d'enseignement de l'informatique au collège dans la lignée de > l'informatique et des sciences du numérique (voir sur cette page : > http://eduscol.education.fr/cid55136/consultation-sur-les-projets-programmes-terminale.html) > Merci et à bientôt, > JYJ Pris par le temps (et sans doute l'âge) je n'ai pas pu participer à la position de l'April. Pour autant, voici pour le collège l'essentiel de ma position ; position qui ne peut pas se situer uniquement sur le seul plan du logiciel libre en ce qu'elle s'inscrit également dans un projet global d'enseignement de ce qu'il convient d'appeler faute de mieux l'école de la République en déliquescence actuellement. Pour commencer, je ne suis pas partisan d'un enseignement dédié d'une discipline spécifique qui porterait le nom d'informatique pour le collège ; excepté bien sûr sous la forme d'une option facultative en quatrième et/ou troisième, à l'image de l'option "Nouvelles Technologies Appliquées qui existait encore récemment en quatrième et/ou de l'option DP3 (découverte des métiers) actuellement en troisième... L'enseignement de l'informatique doit réintégrer la discipline Education Technologique qui fut sacrifié pour mettre en place du socle dit commun des "connaissance" et des compétences. Pour mémoire, le fameux B2i avait été projeté au départ, même si toutes les disciplines pouvaient valider des "compétences", pour être coordonné par le professeur de Technologie. En ce sens, les items du B2i, dans leur première version avaient été projetés pour que les compétences d'usage des outils dans toutes les disciplines soient accompagnées sur 33% du temps des programmes de technologie par les notions sous-jacentes à ces usages. L'élimination de l'enseignement de l'informatique des programmes de Technologie est indissociable de l'idéologie aberrante qui sous-tend le socle commun. Aujourd'hui j'ai assisté salle des profs à une très violente altercation entre une professeure d'Education musicale et un syndicaliste à propos de la validation de l'Histoire des arts, intégré pour la première fois, à l'image du B2i, dans le socle commun. Mercredi prochain doit se dérouler une demi-journée banalisée pour mettre en place le livret de compétences, autre volet, avec le B2i, l'histoire des arts, etc, du socle commun, dans un climat d'hostilité et d'agressivité généralisé. La dispute entre la prof de Musique et le militant syndical, professeur d'Histoire/Géo était d'autant plus éprouvante à entendre que les deux parties avaient alternativement raison, mais ne s'écoutaient pas et n'étaient pas sur le même plan. Pour le professeur de musique qui a consacré toute sa vie à cet enseignement, le fait que l'on allait réunir des jurys principalement sous la tutelle de professeurs d'histoire et de géographie pour valider l'Histoire des arts sur des critères qui n'avaient rien à voir avec une approche artistique était insupportable. Elle le vivait comme la négation de son enseignement. C'est en partie ça le socle commun. On demande à des disciplines de valider des "connaissances" et des "compétences" qu'ils n'enseignent pas ou traitées sur le seul plan de l'outil. Le syndicaliste hostile au livret de compétences, soutenu par les nombreux enseignants des différentes disciplines qui râlent à longueur de temps contre la surcharge de travail (réunions, remplissage de grilles de compétences qui empiètent sur le temps consacré à leur enseignement, etc) proposait de mettre 20 à tout le monde, ce qui était insupportable à entendre pour la prof de Musique qui voyait là le manque de reconnaissance et la dévalorisation totale et complète de sa discipline. Le processus mis en place pour l'Histoire des arts est identique au processus déjà mis en place pour le B2i qui ne devient dans les faits qu'une validation administrative. Voilà pourquoi, entre autre, j'estime qu'on ne peut pas faire l'économie d'une réflexion sur l'enseignement de l'informatique sans, dans un même mouvement, se pencher sur le socle commun. Le SNES oppose au socle commun la notion de culture commune sans pour autant être en mesure de donner un contenu à cette culture commune, au sein de laquelle la culture numérique doit tenir toute sa place. Malheureusement, je ne perçois pas, à l'instar de nombreux enseignants, un projet d'école émerger en cas d'alternance politique. La nature ayant horreur du vide, je vois avec effroi en revanche le Café pédagogique, hostile aux logiciels libres et à un enseignement de l'informatique faut-il le rappeler, co-organiser des colloques où sont invités des responsables politiques, syndicaux (le SGEN), des associations de parents d'élèves, des universitaires experts en sciences dites de l'éducation, des inspecteurs généraux, pour inciter pour ce qui concerne le socle commun, à aller encore plus loin, tout en critiquant l'actuel gouvernement. Quand je dis qu'on ne peut pas faire l'économie de se pencher sur le socle commun pour penser un enseignement de l'informatique en collège cela ne signifie pas seulement d'analyser les forces sociales et les lobbies en présence, mais de se pencher également sur les programmes scolaires du socle commun, notamment en Technologie, programme que je connais le mieux. Une recherche sur le net permet de définir un schéma fonctionnel sous trois parties : - la chaîne d’énergie, - la chaîne d’information, - la chaîne de traitement Qu'en est-il dans les programmes officiels de technologie ? Réponse : la chaîne de traitement a disparu. Ne restent plus que la chaîne d'énergie et la chaîne dite d'information composée de différents objets physiques incorporant du traitement de l'information devenu une boîte noire. Non seulement ce modèle est fondamentalement propice aux logiciels propriétaires mais les connaissances mêmes permettant de rendre intelligible ce traitement de l'information sont volontairement ignorées. De ce fait, on ne peut pas expliquer en Technologie le fonctionnement d'une simple télécommande où la chaîne d'énergie transformant le signal électrique en longueur d'onde (le plus souvent infrarouge) invisible à l'oeil nu donnera l'ordre 1 ou zéro permettant ensuite d'envoyer des signaux de structure différente sous la forme d'octets (par exemple : 10110101 pour off). De ce fait, il n'est pas possible d'aborder la notion de télécommande dite universelle puisqu'elle implique celle de normes, codes, protocoles et d'interopérabilité. Voici un exemple concret auquel je suis confronté actuellement dans l'exercice de mon enseignement. De plus toujours pour rester sur l'exemple de l'objet technique "télécommande", je viens de découvrir en préparant un cours que dans une interview, John Charles Polanyi (chimiste qui a découvert le procédé de la mise au point de l'infrarouge) cite abondamment Turing qui était son ami à l'University of Manchester où il était étudiant. "Grâce aux premiers ordinateurs, nous avons créé des myriades de trajectoires des réactions. C'est alors que nous avons commencé à élaborer une théorie sur les types de réactions qui produiraient un rayonnement plus rouge ou plus bleu. Sans l'ordinateur, nous n'aurions pas utilisé nos compétences scientifiques à bon escient parce qu'il ne sert à rien de recueillir des données qui ne permettent pas de tirer une conclusion" énonce-t-il. http://www.nserc-crsng.gc.ca/Prizes-Prix/Polanyi-Polanyi/Interview-Interview_fra.asp Comment peut-on à un pôle sciences et technologie, y compris au sein du socle commun, en occultant l'informatique ? Cordialement Charlie -- Gerez vos abonnements aux listes de diffusion : https://www.aful.org/wws Ce message n'engage que son auteur et ne reflete pas la position officielle de l'AFUL ; pour celle-ci consultez http://www.aful.org/