« Big data is watching you » – Résistons Ensemble no 140, avril 2015

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	Bonjour,
Voici dans le texte le No 140, avril 2015, du petit journal mobile 
recto-verso A4
"RESISTONS ENSEMBLE" du réseau contre les violences policières et 
sécuritaires.
Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal
vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa 
rédaction,
à se joindre à l'équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions,
propositions, critiques ...

à bientôt.
L'équipe de rédaction

Pour télécharger ce bulletin mis en page au format pdf :
http://resistons.lautre.net/spip.php?article549


au sommaire
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- « Big data is watching you »

- Bouna et Zyed : on n'oubliera jamais !
- Dernière minute
- Meurtre de Lahoucine : un moment important de la lutte

- [ C H R O N I Q U E D E L ’ A R B I T R A I R E ]
     Semaine anti-répression à Bordeaux – Un bilan
     Un homme de 28 ans
     Un homme de 35 ans
     Ça bouge dans les facs
     « Non à la répression sociale », « Vive la rébellion »
     De la construction policière du « délinquant »
     Alaa libéré !
     Mineurs isolés étrangers à la rue
     Le flashball en procès
     Procès contre des policiers

- [A G I R ]


RESISTONS ENSEMBLE / bulletin numéro 140 / avril 2015




« Big data is watching you »

Depuis les attentats de janvier, la machinerie de l’État s’affole et 
l'opinion publique suit (voir RE 139). Un exemple ? Défense de rire. Ça 
s’est passé le 8 janvier, dans un café, en France. La télé est allumée 
pendant la « minute de silence républicaine ». Trois consommateurs ne 
respectent rien, ils rigolent. Le patron prévient la police. S’ils 
échappent à la mise en cause pour « apologie du terrorisme »… c'est 
grâce, pour une fois, aux caméras de vidéosurveillance qui prouvent 
qu'ils avaient rigolé parce qu’ils venaient de gagner au « grattage ». 
Ce mois-ci on a aussi appris que le prof de philo de Poitiers suspendu 
pour avoir organisé des débats dans ses classes, pourtant mis hors de 
cause par la justice qui a constaté que les phrases incriminées 
n'avaient pas été prononcées, a malgré tout été sanctionné par 
l'éducation nationale : il a perdu son poste et été muté sur une zone 
lointaine de son lieu d'habitation en raison de propos « inappropriés ». 
Mais, ce n’est que le hors-d’œuvre. Le pouvoir de « gauche » prépare les 
plats de résistance en construisant les outils d'un autoritarisme 
décomplexé.
Le « Patriot Act » à la française est dans les tuyaux. Le 19 mars le 
conseil des ministres examinait un nouveau projet de loi relatif au 
renseignement. Après la loi de programmation militaire de décembre 2013 
et la loi antiterroriste de novembre 2014 tout juste démoulées, ce sera 
la troisième loi sécuritaire sous le gouvernement PS de Hollande. Sous 
couvert de lutte contre le terrorisme, et de protection des individus, 
ce texte veut développer les moyens de surveillance, en légalisant les 
pires pratiques policières et en multipliant les moyens : caméras, 
enregistreurs, logiciels espions, balises… Dans la droite ligne des lois 
précédentes, elle envisage d'élargir les champs d'action déjà flous 
(notamment à la « prévention des violences collectives »), en 
s'exonérant du contrôle judiciaire, on n’a même plus besoin de l'accord 
d'un juge.
Un des gros morceaux annonce la surveillance de masse des internautes. 
Il s'agira d'analyser les « métadonnées » (c'est à dire les informations 
qui caractérisent un fichier quel qu’il soit, en dehors de son contenu : 
qui contacte qui, à quelle fréquence, quels sites sont visités, quel 
centre d'intérêt, etc.), et ce de manière automatique à l'aide 
d'algorithmes. Le gouvernement prétend construire un monde sécurisé, en 
décelant les « comportements suspects » pour mieux éradiquer « 
l'anormalité ». On nage en plein fantasme puisqu'on prétend maîtriser 
jusqu'à ce qui n'est que potentiel, mais cette exploitation du « big 
data » à des fins de renseignement annonce une volonté claire de 
contrôle total. Ça ne fait pas tout, mais l'amorce est là, ouvrant un 
boulevard aux dictatures en herbe.



Bouna et Zyed : on n'oubliera jamais !
Le procès des 2 flics impliqués dans leur mort s'est tenu du 16 au 20 
Mars au tribunal de Rennes dans le but de l'éloigner de la Seine Saint 
Denis et d'ainsi mieux assister l’État dans ses efforts pour gommer 
l’événement de la mémoire collective. Mais, même dix ans après, nous 
n’oublions pas Bouna Traoré et Zyed Benna, qui, par peur d'un contrôle 
policier, se sont enfuis et réfugiés dans un transformateur EDF où ils 
sont morts brûlés alors que les flics qui les poursuivaient n'ont rien 
fait pour leur porter secours. Qui pourrait les oublier alors que la 
nouvelle de leur mort avait embrasé d'émeutes et d'affrontements avec la 
police les quartiers populaires à travers tout le pays et pendant près 
d'un mois ? Qui pourrait oublier l'isolement politique dans lequel ont 
été cantonnés ces jeunes révoltés qui ont tout risqué pour alerter le 
monde entier sur la situation de relégation, de misère et de 
stigmatisation qui est la leur ? Tout cela le procès n'a pas pu le 
rappeler : interdiction pour les familles des victimes et leurs avocats 
d'évoquer autre chose que les strictes circonstances de la mort de leurs 
enfants. Mais les avocats des policiers en cause (Sébastien Gaillemin 
qui avait vu les jeunes garçons enjamber la barrière et avait déclaré « 
ne pas donne(r) cher de leur peau s'ils sont entrés sur le site » et sa 
collègue standardiste Stéphanie Klein qui l'avait écouté sans broncher) 
n'ont pas hésité à dénoncer « la pensée conspirationniste et 
pathologique », la « toxicomanie de la haine » des familles des 
victimes. La meilleure défense qu'ont trouvée les victimes s'est jouée 
dans la rue : les Rennais solidaires ont organisé tous les midis des 
repas-discussions sous une tente plantée devant le tribunal et bravé 
l'interdiction de manifester brandie par le préfet, en bloquant le 
centre-ville tout le mercredi après midi. Verdict le 18 mai : encore une 
occasion d'empêcher l'oubli.

Dernière minute
Une série de manifestations seront organisées à l’initiative des 
familles des victimes de la police et des collectifs de soutien. Le 18 
mai, jour du délibéré, rassemblement devant les tribunaux de Rennes à 
14h30, de Bobigny en Ile de France… Appel, infos, témoignages sur le 
site disponible à partir du 15 avril : www.zyed-bouna-18-mai.com.

Meurtre de Lahoucine : un moment important de la lutte
On se souvient de Lahoucine tué de 5 balles par trois policiers, il y a 
2 ans à Montigny-en-Gohelle (62). Ces policiers disent avoir agi en 
légitime défense. Pourtant, on comprend mal comment 3 policiers ne sont 
pas arrivés à maîtriser une personne seule, sans la tuer. Pour la 
famille comme pour l'avocat, il reste de nombreuses zones d'ombre. Pour 
le moins, une reconstitution des faits s'imposerait. Pourtant, la juge 
d'instruction la refuse, ce qui est très rare.
La famille a fait appel de cette décision et une manifestation a eu lieu 
le 14 mars, de Montigny au commissariat d'Hénin-Beaumont pour exiger 
cette reconstitution. Une belle réussite : 350 manifestants, 2 ans après 
les faits, ce n'est pas courant. Il faut signaler un soutien important : 
la présence des familles d'autres personnes tuées par la police dans des 
circonstances plus que douteuses : Amine Bentounsi, Wissam El Yamni, 
Abdouramane Camara.
La cour d'appel s'est réunie le 19 mars pour décider s'il y aura 
reconstitution ou non. La décision a été mise en délibéré au 9 avril.



> [ C H R O N I Q U E D E L ’ A R B I T R A I R E ]
Semaine anti-répression à Bordeaux – Un bilan
Du 14 au 26 mars, le collectif Contre Les Abus Policiers (C.L.A.P) s’est 
remué les méninges pour proposer aux bordelais-e-s une semaine autour 
des questions de la répression et des violences policières. Si l’hommage 
annuel aux victimes s’est bien passé, avec son lot de RG pour surveiller 
nos pancartes, si la formation sur la garde à vue et les concerts ont 
attiré du monde, les soirées sur la répression des militant-e-s et la 
société de contrôle ont été faibles en participation. Bordeaux, belle 
endormie, fête le printemps en terrasse et se soucie peu des pépiements 
que font nos rages dans ces rues si propres. Comment communiquer et 
atteindre quand nous n’avons ni les moyens ni l’envergure ? Dans ces 
grands espaces sous surveillance, nous poursuivons la tâche dans un 
silence parfois assourdissant. Pendant ce temps, les médias de masse 
bombardent, et nous restons sans voix… www.clap33.over-blog.com

Un homme de 28 ans
interpellé par la police, soupçonné d'avoir fracturé une fenêtre de 
voiture, a sauté dans le Canal de l'Ourcq à Bondy. Il en est mort.

Un homme de 35 ans
est entre la vie et la mort à la suite d'une chute dans les locaux de la 
gendarmerie de Lyon alors qu'il était en gare à vue et en présence d'un 
gendarme.

Ça bouge dans les facs
Forum Interfac Censier-Tolbiac à Paris, le 12 et 13 mars :Tsiganes et 
nomades, violences carcérales, violences policières. Avec Block Party - 
Do The Red Thing, débats et projets de mobilisations. Repas-débat sur 
Paris 7 le 5 mars sur les violences policières. De vrais succès… quand 
la jeunesse s’y met…

« Non à la répression sociale », « Vive la rébellion »
Le 11 Mars à Paris, deux personnes arrêtées en novembre alors qu'elles 
collaient une affiche appelant à une manifestation issue de l'assemblée 
parisienne constituée à la suite de la mort de Rémi Fraisse pour lutter 
contre les violences policières, ont été condamnées à des amendes de 
2000 et 3000 euros pour « provocation directe à la rébellion par voie 
d'apposition d'affiche ».
Le 17 mars à Rodez, c'est au tour de Victor, intermittent ayant 
participé à une manifestation lors de l'inauguration du musée Soulages 
en la présence de Hollande et de Filipetti en mai 2014, d'être reconnu 
coupable de violence contre deux CRS alors qu'aucune preuve n'a été 
produite et que de nombreux témoignages l'innocentaient, il devra payer 
plus de 2000 euros.
Enfin le 1er avril à Toulouse, le verdict du procès en appel d'un jeune 
militant renforce sa condamnation tombée en décembre dernier en la 
faisant passer à 6 mois de prison, dont 2 ferme et 1100 euros d'amende. 
On lui reproche d'avoir participé à une manifestation faisant suite à 
l'assassinat de Rémi Fraisse et d'avoir violenté deux flics (cette 2e 
accusation avait été jugée sans fond lors du premier procès).

De la construction policière du « délinquant »
Le 17 mars, quartier du Bel-Air à Saint-Germain-en-Laye (78), un jeune 
homme de 20 ans, garé en double file, discute avec des amis. Une 
patrouille de police s'arrête et décide de contrôler tout le monde : ça 
dégénère. Cinq personnes finiront en garde à vue, avec un procès pour « 
violences » et « rébellion » à la clé. Les flics diront avoir répondu à 
des coups. Mais les brutalités policières ont été filmées et 
médiatisées. « Ce sont des choses fréquentes, mais rarement filmées. 
Sans cette vidéo, mes clients, qui ne sont absolument pas des fauteurs 
de trouble, seraient en prison » développe l'avocat des jeunes 
interpellés. Le jeune conducteur explique, « il y avait plein d'enfants 
près de nous, ils se distribuaient des bonbons, bougeaient autour des 
policiers », « une policière leur a alors lancé qu'ils étaient mal 
dressés ». Le ton monte, les flics sortent flash-ball et menottes, 
violentent les récalcitrants… http://www.dailymotion.com/video/x2jzp0r

Alaa libéré !
Alaa Belkhir, élève sans-papiers en terminale au lycée Tournelle à la 
Garenne-Colombes a été arrêté au cours d’un contrôle d’identité, placé 
en rétention pendant près de 3 semaines, et était sur le point d’être 
expulsé (tous les recours avaient été rejetés). Sa place dans l’avion 
était même réservée. Heureusement, une large mobilisation dans le 92 et 
même au-delà a fait qu’il a été relâché le matin même du jour où il 
devait être expulsé. Tout n’est pas gagné ceci dit, car il reste encore 
à obtenir sa régularisation…

Mineurs isolés étrangers à la rue
Partout en France, des mineurs isolés étrangers se battent pour obtenir 
une prise en charge qui leur est due en tant que mineurs. 
L’administration utilise des tests dits osseux, notoirement peu fiables, 
et qui permettent donc des jugements arbitraires pour les débouter de ce 
droit. À Lyon, en plus de rejeter les MIE à la rue, on va même jusqu’à 
les poursuivre en justice pour « faux et usage de faux »… Ces pratiques 
barbares doivent cesser, les mineurs doivent être protégés et non 
poursuivis !

Le flashball en procès
Le 2 avril, le tribunal de Bobigny a condamné le policier Césaire qui a 
blessé gravement au visage Geoffrey (six interventions chirurgicales 
pour sauver son œil, multiples fractures… voir RE 139) : 1an de sursis, 
12 mois d'interdiction de travailler dans la police et 2 ans 
d'interdiction de port d'arme pour ce policier qui en plus avait établi 
un rapport mensonger afin de se dédouaner.
C'est la troisième condamnation pour tir de flashball, après celle des 
Mureaux en 2005 et celle intervenue le 20 mars dernier, qui a vu un 
adjudant de gendarmerie de Mayotte condamné à 2 ans avec sursis (il 
encourait 15 ans ferme de réclusion criminelle). Lors de révoltes 
populaires en 2011 contre la vie chère à Mayotte, un enfant de 8 ans, 
Nassur, a perdu un œil suite au tir de flashball du gendarme. L'enfant 
explique être allé se baigner avec des copains et avoir eu peur en 
voyant les gendarmes arriver. « Oui, en métropole ce tir n'aurait pas eu 
lieu, mais il faut prendre en compte les particularités de Mayotte », a 
affirmé le policier.

Procès contre des policiers
Mickaël, 29 ans, a été violenté en 2010 par un policier qui voulait 
calmer un groupe de personnes alcoolisées. Mickaël est aujourd'hui 
hémiplégique à vie. Le policier a été condamné à 5 ans, dont 3 ferme. 
Plutôt rare pour être remarqué.
Le 1er avril 2014, Morad Toat, 16 ans, tente d'échapper à une 
intervention policière cité Fontvert, à Marseille. Poursuivi jusqu'au 
balcon, il tombe et décède 4 jours plus tard. Pourquoi Morad ne s'est 
pas laissé interpellé ? Un témoin raconte : « Il y a un mois, deux flics 
sont venus dans le bloc, ils sont venus pour frapper. (...) ils viennent 
pour gazer tout le monde, (…) pourtant il y a des enfants, et même des 
asthmatiques. (...) Il faut savoir que trois jours avant le décès de 
Morad, deux flics ont débarqué. Morad jouait sur son IPAD, ils l’ont 
coursé, pris sa tablette, sa sacoche avec ses affaires personnelles et 
même les clés de son scooter ! ». Le 10 juillet 2014, la police des 
polices enquête sur ses collègues, sur la base de quoi le Procureur de 
la République de Marseille décide de clore le dossier pour « absence 
d'infraction ». En février déjà, des policiers marseillais poursuivis 
pour violences lors d'une interpellation, vidéo montrant ces violences à 
l'appui, avaient été relaxés.



> [A G I R ]
Dans le cadre de la 5e Rencontre nationale des Luttes des Immigrations, 
18 et 19 avril à Saint Étienne, une table ronde aura lieu sur les 
violences policières. Info : [email protected]



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