lettre ouverte à M. Jean-René Lec erf (président du Conseil départemental du Nord)

christophe h <[email protected]> Fri, 23 Oct 2015 09:46:22 +0200
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> « Sur la balance de la mondialisation... »
> 
> Lettre ouverte de Maguy Machut (éducatrice spécialisée, retraitée du Conseil 
> Général du Nord, syndiquée CNT) à Monsieur Jean-René Lecerf (Président du 
> Conseil Départemental du Nord) à propos des jeunes migrants réfugiés dans le 
> parc des Olieux à Lille et des Roms qui vivent depuis près de cinq ans sur 
> un terrain départemental, rue Chateaubriand à Tourcoing.
> 
> À lire sur le blog de la section Louise Michel du syndicat CNT des 
> travailleurs territoriaux du Nord (CNT-STT 59) : 
> http://cnt-cg59.org/Sur-la-balance-de-la-mondialisation.html
> 
> « Une tête d’enfant du tiers-monde pèse moins lourd qu’un hamburger »
> Le Ventre de l’Atlantique – Fatou Diomé
> 
> Lettre ouverte à Monsieur Jean-René Lecerf Président du Conseil 
> Départemental du Nord
> 
> Monsieur le Président,
> 
> J’appelle votre attention sur des sujets sensibles qui, malheureusement, 
> font ou ont fait l’actualité récemment. Il s’agit d’une part, des Mineurs et 
> des « jeunes majeurs » Isolés réfugiés dans le quartier de Moulins-Lille et, 
> d’autre part, sur Tourcoing, des Roms qui vivent depuis près de cinq ans sur 
> un terrain départemental, rue Chateaubriand.
> 
> Ces « errants », ces déracinés, se sont organisés de conserve, les uns dans 
> le Parc des Olieux de Lille, les autres sur un terrain abandonné qui servait 
> de décharge sauvage, pour un vivre ensemble respectueux du voisinage.
> Les uns, jeunes, esseulés, en totale déréliction, fuyant les guerres et la 
> misère, tentent leur « chance » à la recherche d’un avenir. Unis par la 
> détresse, ils improvisent des lits de fortune sous une pergola, sous un 
> arbre, dans un fourré, une table en bois, heureux quand des bénévoles, au 
> sens propre, des justes, les accueillent pour un repas et une nuit.
> 
> Les autres fuient, en groupe, en famille, l’apartheid et la dureté de leur 
> pays d’origine, leurs conditions de vie sont très difficiles et précaires. 
> Pour leurs enfants, ils avaient obtenu la scolarisation. Pour abriter leur 
> vie, ils avaient bâti de bric et de broc un village embelli de fleurs 
> artificielles, de miroirs, de guirlandes où ils organisaient des espaces de 
> vie fonctionnels. Ils avaient fait, avec peu, de leur mieux et étaient 
> considérés comme de sympathiques voisins. Une solide solidarité existait 
> entre eux. Les associatifs et la PMI avaient longuement travaillé à leur 
> insertion. Ce refuge, paisible village qui s’endormait et s’éveillait au 
> rythme de la rumeur de la ville, n’était guère différent de ceux où s’entassaient 
> dans les années d’après-guerre, les privés d’emploi ou trop peu payés pour 
> assurer un loyer, les pères de famille qui se réfugiaient avec femme et 
> enfants dans les bidonvilles qui ont surgi en périphérie de la capitale.
> 
> Enfants perdus de Moulins Lille ou familles Roms de Tourcoing, ils sont les 
> boucs émissaires, les parias utiles du système.
> 
> Schématiquement, il y a deux façons de considérer la misère de ceux qui 
> subissent l’adversité, dans le Parc des Olieux, à Calais, à Tourcoing ou 
> ailleurs. On peut n’y voir qu’infraction, désordre, insécurité, laideur et 
> saleté et s’empresser de cacher ou d’instrumentaliser les conséquences 
> humaines d’un système économique et politique partout mangeur d’hommes, 
> partout meurtrier. On peut également y voir des semblables, des hommes, des 
> femmes et des enfants, des pères, des mères et des petits, qui tentent 
> désespérément de survivre, et de le faire le plus dignement possible, dans 
> le dénuement, malgré l’indifférence, le mépris et la haine. On peut 
> également en avoir le cœur chaviré, la pensée navrée, on peut y perdre 
> définitivement son estime des « élites », des hommes politiques et des 
> populations repues et égoïstes.
> 
> Aujourd’hui, face à l’urgence, quand de jeunes migrants meurent de vouloir 
> franchir des barrières, la France communique sur sa volonté à accueillir sur 
> son sol, après tamisage..., l’afflux migratoire actuel. Vous ne pouvez pas, 
> Monsieur le Président, ignorer la non-prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance, 
> de ces mineurs et jeunes majeurs isolés dont les droits sont déniés par vos 
> services de protection. Proies faciles, vulnérables, isolés, chassés de 
> partout dans notre Département, ces adolescents sont traqués comme du gibier 
> dans les rues de Lille. Nous les connaissons et ceux qui les accompagnent 
> jour après jour, sur leur temps privé, après le travail, la nuit, les 
> décrivent comme des enfants attachants qui vivent dans une angoisse sans 
> fin.
> 
> Il aura pourtant fallu l’intervention de militants associatifs et d’un 
> passage au tribunal, pour obliger les services départementaux à traiter, a 
> minima, quelques-unes des situations de ces MIE.
> 
> Sur Tourcoing, pourquoi accéder à la demande du Maire de Tourcoing et créer 
> les conditions pour chasser les familles Roms sans solution de relogement, à 
> la reprise des cours, avant l’hiver ?
> 
> Pour justifier, sur Tourcoing, cette demande d’évacuation du camp de Roms, 
> vous avez invoqué dans la presse, l’indignité de leurs conditions d’hébergement. 
> Ces hommes, femmes, enfants, avaient très peu et par cette évacuation vous 
> et le Maire de Tourcoing ne leur enlevez-vous pas le peu qu’ils avaient ? 
> Même si leurs conditions matérielles de vie sont mauvaises, leur vie reste 
> digne, ce qui n’est pas le cas de ceux qui portent la responsabilité de la 
> déliquescence sociale, politique et morale de ce monde. On peut avoir l’oreille 
> des médias, circuler dans de grosses berlines, manger le nec plus ultra, 
> vivre et dormir dans un luxe inaccessible à des milliards d’êtres humains et 
> mener, au final, une vie absolument indigne.
> 
> Pour certains actes et même pour certains silences, il n’y a pas de pardon.
> 
> J’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger
> J’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire
> J’étais sans gîte et vous ne m’avez pas recueilli
> J’étais sans vêtements et vous ne m’avez pas vêtu
> J’étais malade et vous ne m’avez pas visité
> Donne à qui te demande et ne te détourne pas de qui veut t’emprunter.
> 
> Quand cette règle d’or sera appliquée on pourra dire qu’enfin, les hommes 
> politiques redeviennent humains et remettent l’homme au cœur de l’action 
> politique même si cette règle va à l’encontre du courant actuel.
> 
> Que le Département donne à ces jeunes mineurs et majeurs d’Olieux et d’ailleurs 
> avant que l’hiver ne leur ôte tout courage et toute force, abri, nourriture. 
> Que le Département assure véritablement sa mission de protection de l’enfance. 
> Que le Département intervienne rapidement pour reloger et assister les 
> quelques familles Roms encore présentes sur Tourcoing.
> 
> Thierry Kuhn, Président d’Emmaüs, sur les raisons qui le motive à rompre 
> tout dialogue avec le Gouvernement dit, entre autres : Nous n’avons eu de 
> cesse d’alerter et d’interpeller les autorités sur le décalage abyssal entre 
> l’indécence des moyens mis sur la table et ceux qu’appellent la réalité de 
> la situation.... Nous ne voulons pas servir d’alibi à une catastrophe 
> cyniquement organisée.
> 
> Monsieur le Président, lorsque j’étais en activité et militante cégétiste et 
> que vous étiez dans l’opposition départementale, je vous ai rencontré à 
> plusieurs reprises afin de défendre la profession des assistants familiaux 
> mais surtout des enfants placés à l’aide sociale et mis en danger par des 
> fonctionnements technocratiques contaminés par l’idéologie anti-pauvres. 
> Vous appuyiez, alors, franchement, par simple humanisme, notre combat.
> 
> Monsieur le Président, vous savez quels sont vos devoirs.
> 
> Maguy Machut
> Éducatrice spécialisée retraitée
> du Conseil Général du Nord
> Syndiquée CNT STT 59 – section Louise Michel 
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