Fin du monde ou fin d'un monde; Résis tons ensemble, n° 147, décembre 2015

jb <[email protected]> Thu, 17 Dec 2015 17:37:16 +0100
Newsgroups gmane.politics.activism.zpajol
Message-ID <[email protected]>
Bonjour,
> Voici en pdf, le No 147, DECEMBRE 2015, du petit journal mobile
> recto-verso A4
> "RESISTONS ENSEMBLE" du réseau contre les violences policières et
> sécuritaires.
> Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le
journal
> vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa
> rédaction,
> à se joindre à l'équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions,
> propositions, critiques ...
>
> à bientôt.
> L'équipe de rédaction
>
> Pour télécharger ce bulletin mis en page au format pdf :
> http://resistons.lautre.net/spip.php?article556


RESISTONS ENSEMBLE / bulletin numéro 147 /décembre 2015



Fin du monde ou fin d'un monde ?
On se disait souvent, à chaque violence ou crime policier, trop souvent 
impuni : on y est, c’est la dictature, la démocratie, aussi formelle 
qu’elle soit, c'est fini. Et c’était vrai et pas vrai en même temps. Les 
pouvoirs, droite et gôche, à coup de lois sécuritaires et racistes 
avançaient leurs pions, mais les vestiges constitutionnels démocratiques 
affaiblis, rongés, brinquebalants, formels tenaient encore le système. 
Et, puis les horribles attentats du 13 novembre ont brutalement déchiré 
le voile qui cachait les mécanismes réels de ce monstre froid qu’est l’État.
  Aujourd’hui c’est la même chose qu’avant le 13 novembre et plus la 
même chose. Comment ? C’est comme un bloc de glace et de l’eau du 
robinet. Les deux sont de l’eau, pourtant on ne peut pas se noyer dans 
un bloc de glace ; en revanche dans la flaque d’eau qu’il crée en 
fondant, si. En physique ça s’appelle un changement d’état. La dictature 
démocratique des possédants s’est muée en une dictature policière. Elle 
n’a pas changé de nature, mais d’état. Des doutes ? Qui aurait pu croire 
il y a encore un mois que la France dénoncerait la Convention européenne 
des droits de l’homme, sauvegarde formelle de l'État de droit certes, 
mais ici tout n'est-il pas dans le symbole ? Qui aurait pu penser que 
les manifestations de soutien aux migrants ou de défense de la cause 
écologiste seraient interdites sous prétexte de « sécurité » ? Qu'un 
échantillon de militants, arbitrairement choisis, seraient menacés de 6 
mois de prison et 7500 euros d’amende ? Qu’il y aurait plus de 300 GAV 
suite à une manifestation ou 2000 perquisitions, 300 assignations à 
résidence en moins de 15 jours, le plus souvent sans aucun rapport avec 
le terrorisme, comme chez des producteurs de carotte bio de Dordogne ou 
dans des restos hallal des cités ? Que cette vague répressive arriverait 
sans aucun contrôle de la justice, aussi illusoire qu’il soit ? Que les 
flics se promèneraient désormais 24 heures sur 24 avec leurs flingues, 
porte ouverte à toutes les « bavures » imaginables? De plus, malgré ce 
que certains pensent, l'état d'urgence n’est une défense contre 
personne. Et tout ça alors que les marchés de Noël fleurissent 
gaiement.Le capitalisme sort ses dents avariées, venez ici, vous avez le 
droit « librement » de cracher votre fric, mais en silence et dans le 
rang. Bon, arrêtons de chialer. Ce n’est pas le moment.
Jusqu’ici, la police et la justice frappaient d’une manière relativement 
sélective. Si vous étiez désigné comme arabe, noir, Rrom ou musulman, 
vous étiez prioritairement dans le collimateur. Désormais la répression 
sociale s’ajoute, sans se cacher, à la répression raciale. La dictature 
policière, rodée par la période d’avant 13 novembre et post-7 janvier, a 
enclenché la première vitesse (les autres suivront) du rouleau 
compresseur pour écraser tout ce qui dépasse.
Le coup est dur à avaler, c’est la fin d’un monde, d’accord, mais pas la 
fin du monde. Il y a de l’espoir. Deux camps sont clairement définis : 
ceux qui sont pour et profitent de l’état d’urgence devenu permanent 
(les djihadistes de Daech et consorts en font partie) et ceux qui sont 
contre et en pâtissent. Les résistances commencent à se lever, les faux 
culs commencent à être démasqués, notre camp commence à se former et à 
résister. Il y a un après, au monde d’avant le 13 novembre. Comment 
sera-t-il au final ? Notre résistance jouera un rôle dans la définition 
des contours.


> [ Chronique d'un « état d'urgence » ]

Le lendemain des attentats du 13 novembre, le gouvernement décrétait 
l’état d'urgence. Quelques jours plus tard, une loi prolongeait son 
application pour 3 mois. Il permet les couvre-feux, les perquisitions « 
administratives » (sans autorisation judiciaire), la limitation des 
réunions (interdiction de manifester…), etc. Autoritarisme débridé, les 
effets ont été immédiats. Le bilan fait état de plus de 2000 
perquisitions, plusieurs centaines de gardes à vue, et 300 assignations 
à résidence… qui ont pourtant abouti à zéro enquête relevant de 
l'antiterrorisme.
Par contre les habitants des quartiers populaires
et les sans-papiers l'ont bien senti passer
Nordine habitait l’immeuble où le Raid a donné l’assaut à Saint-Denis le 
18 novembre. Il vit en France depuis 12 ans, a une petite fille de 7 ans 
française, mais lui n'a pas de papiers. Comme un autre sans-papier 
voisin de l'appartement attaqué, il a pris une balle dans le bras. « Ils 
nous ont embarqués, à poil, en nous mettant des tartes, des claques, des 
coups de matraque. On est resté comme ça deux heures, dans le froid, au 
bas de l'immeuble. […] Je dirai qu'au bout de 24 heures, ils avaient 
compris qu'on n'avait rien à voir avec les terroristes. Mais ils nous 
ont quand même gardés presque quatre jours ! […] Le vendredi soir, un 
flic est venu me voir pour me dire: 'Toi, t'es dans la merde. Tes potes, 
ils vont sortir, mais toi, tu vas rester ici, tu vas prendre 30 ans. Pas 
parce que t'es un terroriste, mais parce que t'es con.' C'était pour me 
faire peur. Mais ça a marché ! […] Le samedi, la garde à vue était 
terminée, et ils nous ont dit qu'on devait quitter le territoire. On a 
été amenés au centre de rétention de Vincennes. »
Le 21 novembre au soir des dizaines de policiers investissent le 
Pepper-Grill, un restaurant de Saint-Ouen-l’Aumône. Ils braquent au 
fusil les employés alignés le long d'un mur, défoncent les portes même 
déjà ouvertes et finissent par présenter l’ordre de perquisition.
Une « salle de prière clandestine » était recherchée. Il y en a bien 
une, mais pas vraiment clandestine, il s’agit d’une petite pièce 
indiquée par un pictogramme destinée aux clients qui le souhaitent. 
https://www.youtube.com/watch?v=ZaVe-Qx5td8&
Le 25 novembre à Angoulême 11 policiers dont 7 lourdement armés 
débarquent chez un jeune homme de 23 ans et sa compagne . Ce Tunisien, 
diplômé en Langue, civilisation et littérature anglaise, est arrivé en 
France il y a trois mois. Il pense avoir été dénoncé par un proche de sa 
compagne. Aucune charge n’est retenue contre lui, mais il finira au 
centre de rétention administrative (CRA).
Vendredi 20 novembre, à Nice, le RAID a enfoncé la mauvaise porte. Les 
témoignages et les traces d'impact semblent indiquer des tirs. La police 
nie, mais des éclats ont néanmoins été projetés dans la chambre où 
dormaient trois enfants, dont une fillette de six ans blessée au cou et 
à l'oreille. Leur père est plaqué au sol et menotté tout au long de 
l'intervention.
Un jeune homme qui assiste à des contrôles au faciès en série gare du 
Raincy (93) en fait la remarque aux flics. Il se retrouve déshabillé, en 
caleçon, plaqué contre un mur pour un contrôle et une humiliation en 
bonne et due forme.
À Sens, il est interdit de circuler à pied ou en voiture entre 22 h et 6 
h. La mairie  a ordonné un couvre-feu, mais uniquement pour les 
habitants de ce quartier des Champs-Plaisants.
Les militants ont eux aussi morflé
Le 22 novembre était prévue depuis longtemps une manifestation de 
soutien aux migrants appelée par plus de 46 orgas. Elle a été interdite, 
mais plus de 600 personnes ont décidé de braver l'interdiction et ont 
réussi à défiler, de Bastille à République. Dès le lendemain, le préfet 
de Paris annonçait que des « mesures exemplaires » seraient prises 
contre ces « dangereux » manifestants qui avaient eu l'audace de 
mobiliser des forces de police et de dénoncer l'état d'urgence. Mardi 
24, 58 personnes reçoivent des convocations pour être entendus par les 
flics, soupçonnées d'avoir participé (ou avoir eu l'intention de 
participer) à une manif interdite, risquant pour cela jusqu'à 6 mois de 
prison et 7500 euros d'amende. Le 25, deux d'entre eux seront mis en GAV 
dont l'un sortira avec un rappel à la loi. 6 personnes venues 
accompagner un proche convoqué au commissariat du 4e se retrouvent 
privées de liberté pendant près de 4 heures, à leur tour soupçonnées 
d'avoir participé à un rassemblement interdit. Les interrogatoires des 
flics ont pris un tour de chasse aux sorcières : pour quelle cause 
militez-vous ? Que pensez-vous des migrants ? De la COP 21 ? De la 
police républicaine ?
Même chose du côté des zadistes et militants anti-COP 21. Deux personnes 
ont été assignées à résidence et de nombreuses perquisitions de squats 
ont eu lieu dans toute l'Ile-de-France, les habitant(e)s soupçonné(e)s 
de vouloir héberger des zadistes. Dans le Périgord, les flics ont 
perquisitionné une ferme bio. À Angers, c'est un squat de sans-papiers 
qui a été « criminalisé », 12 sans-papiers placés sous rétention 
administrative. À Ivry, plusieurs squats, un cinéma. Le 29 novembre, 
plus d'un millier de manifestants anti COP 21 se rassemblent place de la 
République à Paris, cette fois plus de 300 GAV à la suite d'un 
encerclement qui a duré près de 5h…  finalement une condamnation à la 
prison ferme, sans mandat de dépôt pour une personne et une amende de 
1000 euros pour une autre.
Une manif le 4 décembre  à Nantes : « ni COP 21 ni État d'Urgence, 
Résistance ». Un groupe de la BAC caché à l'intérieur du cortège surgit 
et cogne à tout va, une voiture de police roule en reculant sur une 
personne menottée allongée au sol. RV le samedi 12 décembre, Place du 
Bouffay à 15h, sous la même banderole.
Lois et Constitution à la sauce Hollande
L’ambiance est au sécuritaire sans limites, les lois en préparation se 
chargent de fixer tout ça pour de bon. Elles prévoient : la possibilité 
de saisie par la police de tout objet ou document lors d’une 
perquisition administrative, sans contrôle du procureur - la création 
d’un délit d’obstruction de la perquisition administrative - 
l’interconnexion globale de tous les fichiers, notamment ceux de la 
sécurité sociale - l’assouplissement du régime de la légitime défense 
pour les policiers - l’installation systématique de GPS sur les voitures 
de location - l’injonction faite aux opérateurs téléphoniques de 
conserver les fadettes (factures) pendant deux ans - la garde à vue en 
matière terroriste portée de six à huit jours - l’utilisation des 
IMSI-Catchers, ces valisettes antenne-relais siphonnant dans un 
périmètre donné toute donnée téléphonique sans autorisation judiciaire…
Concernant la Constitution. La première idée est l’introduction du « 
régime civil d’état de crise », pouvant installer l’état d’urgence de 
façon illimitée. La deuxième est vicieuse et carrément raciste : c’est 
la déchéance de la nationalité, pas seulement pour les actes 
terroristes, mais aussi pour ceux qui ont porté « atteinte aux intérêts 
fondamentaux de la nation ». Cette mesure ne toucherait que les 
binationaux, c'est-à-dire en plus de ceux qui ont été naturalisés après 
leur naissance, ceux qui sont nés français, mais ont au moins un parent 
non français. Voilà du « made in FN » pur beurre pur sucre. On peut 
parier que Le Pen, une fois au pouvoir, saura en faire un encore 
meilleur usage.

Islamophobie en réaction aux attentats
Les attentats ont également eu pour conséquence de très nombreux actes 
islamophobes. Des mosquées et des commerces musulmans -boucheries ou 
kebabs hallal- ont été vandalisés (incendie, dépôt de tête de sanglier, 
tags du genre « mort aux musulmans », croix gammées...) à Ermont, 
Créteil, Aubagne, Oloron, Pontarlier, Brest, Evreux, Baratin, Blaye. Des 
groupes identitaires ont infiltré et pollué de leurs slogans les 
rassemblements en hommage aux victimes des attentats à Lille, Pontivy, 
Metz, Reims. Des femmes voilées ont été violemment agressées à Toulouse 
et à Marseille, le conducteur d'une voiture a tiré sur un homme jugeant 
qu’il « avait une couleur de peau qui ne lui convenait pas », un jeune 
de 17ans a failli être lynché à Lyon par des identitaires.



> [ Chronique de l'arbitraire ]
Violences policières du quotidien
Le 28 septembre quartier du Pont Rompu à Tourcoing, Nabil Zane assiste 
au 2e contrôle en l'espace de quelques minutes par des CRS en patrouille 
; une remarque anodine d'un jeune énerve les flics qui veulent 
l'interpeller, Nabil s'approche pour filmer la scène, il est gazé à bout 
portant. Le lendemain, les médecins constatent aux urgences que son 
visage est  brûlé au 2e degré. Il a porté plainte malgré d'autres 
tentatives des flics pour l'en dissuader (une GAV de 24h pour outrage 
dès le lendemain...). À Drancy, le 28 octobre, un homme de 27 ans refuse 
de se laisser fouiller par des flics en patrouille, ils l'accusent 
d'outrage et rébellion et l'embarquent. Dans la voiture, ils l'allongent 
menottés sur le siège arrière et l'un d’eux le viole avec sa matraque. 
Un médecin constatera une lésion de 1,5 cm au niveau de son anatomie. 
Défense des flics : l'interpellé se débattait alors que la matraque se 
trouvait entre ses cuisses. Ils ont été mis en GAV trois jours puis 
libérés sans autre forme de poursuite. L'homme est suivi par un 
psychologue et a porté plainte.

3 mois ferme pour Lucille
Quelques jours avant la COP21, se tenait le procès d'une militante, 
Lucille, jugée pour avoir refusé de donner ses empreintes et son ADN et 
avoir insulté des flics qui l'interpellaient, à la sortie d'une fête car 
elle paraissait louche à leurs yeux à cause de sa capuche. Au TGI de 
Bobigny, une foule de soutiens a fait entendre son dégoût de cette 
justice de classe, mettant l'ambiance dans la salle. Au final, 3 mois ferme.

Non-lieu pour Amadou Koumé
Il est mort entre les mains de la police (voir RE n° 146), mais pour la 
justice rien ne s’est passé. Le Procureur a déclaré un non-lieu. La 
famille crie sa douleur et exige vérité et justice. Solidarité !



> [ Agir ]
Abdoulaye Camara, on n'oublie pas !
Il y a un an, la 16 décembre 2014 (voir RE, n° 137, janvier 2015) 
Abdoulaye Camara a été tué de dix balles dans le corps par la police au 
Havre. Le 19 décembre, à 14h, aura lieu un rassemblement/commémoration 
devant l’Hôtel de ville du Havre. Soyons-y nombreux !

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