« Bouches cousues » - Résistons Ensemble no 150, mars 2016

jb <[email protected]> Fri, 11 Mar 2016 11:26:08 +0100
Newsgroups gmane.politics.activism.zpajol
Message-ID <[email protected]>
Bonjour,
Voici  dans le texte le No 150, mars 2016, du petit journal mobile 
recto-verso A4
"RESISTONS ENSEMBLE" du réseau contre les violences policières et 
sécuritaires.
Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal
vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa 
rédaction,
à se joindre à l'équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions,
propositions, critiques ...

à bientôt.
L'équipe de rédaction

Pour télécharger ce bulletin mis en page au format pdf :
http://resistons.lautre.net/spip.php?article560


au sommaire
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« Bouches cousues »

   > [ Chronique d’un « état d’urgence » ]
       État d’urgence : violences au quotidien

   > [ Chronique de l’arbitraire ]
       Au bout de 7 ans, non-lieu définitif dans l’affaire Ali Ziri.
       Violences policières anti-kurdes
       L’État français en voie de valider le principe du contrôle au faciès
       Rare : un gardien de la paix condamné pour violence
       Les fusils d’assaut de la BAC

   > [ Agir ]
       Journées internationales contre les violences policières
       « Désarmons-les ! »
       Goodyear

RESISTONS ENSEMBLE / bulletin numéro 150 / mars 2016

****************************************************
	« Bouches cousues »
Ils vous regardent, ils nous regardent, en plein dans les yeux, la photo 
est bonne. Ils sont huit, ils sont iraniens, incapables désormais de 
manger, de boire, de crier ou de parler, car ils se sont cousu la 
bouche. En zigzag, avec des grosses aiguilles, méticuleusement. Ils 
étaient parmi les premiers à être chassés de la « jungle » de Calais à 
coups de bulldozers entourés d’une armada de CRS.
Leur message vaut mille affiches, tracts, déclarations, mille analyses. 
Ce sont les bombardements, les meurtres d’Irak et de Syrie, d’Érythrée, 
d’Afghanistan, du Yémen… qu’ils nous envoient dans la gueule. Ils nous 
disent attention, votre pays, un des piliers de la barbarie mondiale, 
est en train de faire naufrage. Les bulldozers des CRS qui éventrent nos 
pauvres tentes, cabanes, notre école, nos boutiques en tissu, notre 
bric-à-brac, une fois lancés, vont se retourner contre vous, contre vos 
maisons, contre vos enfants.
Les barbelés qui s’installent aux frontières, à l’intérieur comme à 
l’extérieur de l’« Union », les bateaux de guerre qui patrouillent sur 
les eaux bleues de la Méditerranée nous chassent, mais ils se préparent 
à vous chasser, vous aussi. Les 10 000 mineurs réfugiés « disparus » en 
Europe sont devenus esclaves au travail, esclaves sexuel. C’est le sort 
que la barbarie mondiale prépare pour vos enfants aussi. Nous ne sommes 
que des cobayes, plus mal traités que des animaux de laboratoire. Mais 
comme c’est toujours le cas avec les cobayes, les États expérimentent le 
traitement qui vise à être généralisé pour tous.
Chaque jour qui passe, les bulldozers grignotent la « jungle ». Pourtant 
il n’y pas grand monde. Justes des « Nos borders », venant aussi de 
l’autre côté de la Manche, des organisations humanitaires, des habitants 
solidaires, des militants… tous courageux. Tout l’honneur est à eux. 
Mais où est l’armada des partis, les femmes et hommes de gôche, 
d’extrême gauche ? Où sont les syndicats alors que les bandes fascistes 
et la police agressent et violentent impunément les réfugiés ? Alors que 
leurs quelques soutiens sont traînés devant la justice ? À part quelques 
exceptions, ils pataugent tous, aveuglement dans les merdouilles 
électorales de 2017.
C’est clair, même si les batailles, comme celle contre le nouveau code 
de travail, sont justes, vitales, si ne nous élevons pas contre la 
barbarie dans et hors des frontières de l’Hexagone, si nous ne 
considérons pas, en paroles et en actes, les millions de réfugiés comme 
étant la chair de notre chair… nous partagerons, à terme, leur sort. Ils 
sont « trop nombreux », dit-on pour excuser l’inaction, mais, pas 
d’illusions, nous sommes, nous serons tous « trop nombreux » pour les 
monstres capitalistes.
Les 8 iraniens, ces bouches cousues, nous disent : « We are humans », « 
Where is your freedom ? » « Where is your democracy ? », « Nous sommes 
des humains, où est votre liberté ? Où est votre démocratie ? ». 
D’accord, ça fait mal de revenir aux nobles buts des siècles derniers, 
que beaucoup considéraient, à tort, comme des acquis, mais si on ne se 
concentre pas, ici et au-delà des frontières maudites, sans distinction 
d’origine ni de « race » ou de religion, sur ces objectifs « simples », 
on est fichu. L’aigle noir de la barbarie rode déjà, sans vergogne, 
impitoyable, dans nos cieux.




	> [ Chronique d’un « état d’urgence » ]
L’état d’urgence est prolongé jusqu’au 26 mai prochain. Ainsi en a 
décidé le gouvernement. Ce pouvoir policier débridé a abouti à près de 3 
400 perquisitions, quelques 344 gardes à vue et l’assignation à 
résidence de 290 personnes alors que seules 5 procédures ont été ouverte 
par le parquet antiterroriste.
3 mois de rab donc, le temps pour le gouvernement de préparer l’après « 
exception », c’est à dire l’inscription de ces possibilités liberticides 
spécifiques dans le quotidien. Ainsi les députés entamaient le 1er mars 
l’examen du projet de loi dit « antiterroriste » (voir RE 149) : 
modification des règles d’ouverture du feu des policiers, retenue 
administrative de quatre heures, généralisation des perquisitions de 
nuit, fouilles de bagages lors de contrôles d’identité, élargissement du 
recours à du matériel d’espionnage...
Une autre loi devrait être votée courant mars, celle-ci « relative à la 
prévention et à la lutte contre les incivilités, contre les atteintes à 
la sécurité publique et contre les actes terroristes dans les transports 
collectifs de voyageurs ». Prévenir de la présence de contrôleurs sera 
puni d’une peine de 2 mois de prison ferme et 3750 euros d’amendes. Les 
mutuelles de sans-ticket sont aussi dans le collimateur : 6 mois de 
prison et 45 000 euros d’amende, bref une grande offensive contre les 
précaires des transports en commun.
Incivilités, fraude ou acte terroriste, tout s’y retrouve pèle mêle. 
L’amalgame est révélateur. À quoi ont abouti les multiples lois votées 
sous prétexte d’« antiterrorisme » dans les années passées ? Témoignage 
sous X, fichage ADN, délit de hall d’immeuble, prison pour les fraudeurs 
habituels, répression des mineurs… des lois pour criminaliser les 
quartiers populaires, les pauvres, les mouvements sociaux. Encore une 
fois la mécanique est la même, l’État se donne les moyens de museler les 
récalcitrants, de contenir toute résistance face à l’inacceptable, à 
l’heure où il répond par la violence au drame humain que vivent les 
migrants de Calais, à l’heure encore où il accompagne le patronat dans 
une autre violence, celle de la casse du droit du travail.
Dans un troisième projet de loi sur « la négociation collective, le 
travail et l’emploi », le gouvernement prévoit notamment d’élargir les 
conditions du licenciement économique, d’augmenter la durée maximale du 
temps de travail, un décompte du nombre d’heures sur trois ans, des 
accords de maintien dans l’emploi entrés en vigueur en 2013 durci avec 
une flexibilité des horaires accrue, et un licenciement pour « cause 
réelle et sérieuse » pour les mécontents…

	État d’urgence : violences au quotidien
Mais l’instauration de l’état d’urgence et le vote des lois 
antiterroristes a aussi pour effet d’accroître et de durcir les 
violences policières et sécuritaires vécues au quotidien (voir RE 148 et 
149). Des preuves supplémentaires ? Nous avons reçu ce dernier mois, sur 
l’adresse du réseau, un nombre inhabituel de témoignages, le scénario 
est connu, mais les violences semblent sans limites : les flics ou les 
vigiles privés (grands magasins) ou des transports (SUGE) tabassent et 
insultent sans vergogne, masquant leurs méfaits par des plaintes pour 
outrage qui transforment les victimes en coupables et, avec la 
collaboration de la justice, paralysent tout espoir de réaction à ces 
injustices.
De plus à Poitiers, une dame de 72 ans qui participait à une manif pour 
protester contre l’abattage de 98 arbres dans son quartier, a été 
attrapée, bloquée au sol, embarquée et enfermée plusieurs heures au comico.
À Mulhouse, le 22 février, lors d’une manif devant le bâtiment de Pôle 
Emploi qui recevait la visite des ministres en charge de présenter la 
nouvelle loi sur le travail, un syndicaliste de 69 ans a crié « Valls je 
t’emmerde » et « CRS SS » : il s’est retrouvé 19 heures en GAV et 
condamné à payer 250 euros d’amende.
Le 3 février, gare d’Austerlitz à Paris, les flics s’en sont pris à un 
agent SNCF qui fumait une cigarette durant sa pause ; ils lui ont 
signifié que la zone était non-fumeur, il s’est permis de remarquer que 
tout le monde fumait là et qu’il y avait même un cendrier : il s’est 
retrouvé 44 heures en GAV et un procès sur le dos.
Jeudi 18 février, Paris 18e, des flics interpellent deux élèves devant 
leur collège, l’un d’entre aux âgé de 13 ans a été percuté par leur 
voiture, frappé et humilié devant ses camarades et des passants sous le 
choc, provoquant la colère des profs du collège.
Une femme est morte, tuée par l’arme de service d’un flic, son 
ex-compagnon. En cause ?L’assouplissement du port d’arme depuis 
l’instauration de l’état d’urgence qui autorise les flics à conserver 
leur arme en dehors du service.
Les tensions montent aussi dans les centres de rétention qui ne 
désemplissent pas depuis plusieurs mois à cause notamment de la 
politique d’expulsion totalement irrationnelle menée dans le camps de 
Calais : dans le CRA de Rennes, après qu’une jeune femme ait fait une 
fausse couche et qu’un homme ait tenté de se pendre avec ses lacets, les 
retenus se sont lancés, le 24 février, dans une grève de la faim pour 
réclamer leur liberté ; dans ceux du Mesnil Amelot, des révoltes et des 
incendies ont fait des blessés parmi les retenus dont deux présumés « 
coupables » qui ont été mis en GAV, les retenus restés dans le centre 
ont été privés de leur droit de recevoir des visites.



	> [ Chronique de l’arbitraire ]
	Au bout de 7 ans, non-lieu définitif dans l’affaire Ali Ziri.
Incompréhension et indignation devant le retournement complet de la Cour 
de Cassation entre l’arrêt du 18 février 2014, cassant le non-lieu pour 
défaut total d’instruction, et celui du 16 février 2016, de cette même 
Cour, réaffirmant le non-lieu en estimant qu’aucun « supplément 
d’information n’apparaît utile à la manifestation de la vérité et 
qu’aucune investigation complémentaire n’apparaît susceptible d’être 
utilement ordonnée ». Aucune des demandes faites par la cour de 2014 n’a 
donc été satisfaite :pas de visionnage de la vidéo, pas de 
reconstitution ni d’interrogatoire des policiers et des témoins par un 
juge. Bref, dans le cas de la mort d’Ali Ziri s’ajoute maintenant au 
déni de justice, l’absence totale de travail judiciaire !

	Violences policières anti-kurdes
Il y a des manifs qui sont mal vues en France, la mobilisation pro-kurde 
en fait partie, en témoigne la pression policière, souvent émaillée de 
violence. Le 8 février, devant les ambassades de Turquie, des manifs ont 
eu lieu partout en France et en Europe pour dénoncer le massacre, la 
veille, par les forces de sécurité turques, de 60 civils kurdes dans la 
ville assiégée de Cizre, ainsi que le silence coupable de l’Europe. À 
Paris, une centaine de manifestant(e)s se sont rassemblés : les flics 
ont voulu les faire reculer. Malgré l’obtempération des protestataires, 
les CRS ont chargé.

	L’État français en voie de valider le principe du contrôle au faciès
Condamné le 24 juin dernier pour 5 contrôles d’identité jugés 
discriminatoires (voir RE 143), L’État s’est pourvu en cassation. Dans 
le mémoire en justice transmis à la Cour que s’est procuré le journal 
Médiapart, on découvre l’argument développé par l’agent judiciaire : la 
répression des étrangers clandestins rendrait légitime que les noirs et 
les arabes soient davantage et en priorité contrôlés par les flics ! Si 
l’argument est retenu, il fera jurisprudence et justifiera, de fait, 
tout contrôle au faciès.

	Rare : un gardien de la paix condamné pour violence
3 mois avec sursis et 800 euros de dommages, c’est ce dont a écopé un 
gardien de la paix, à Montigny-les-Metz, pour une interpellation trop 
musclée le 15 septembre 2015. « Individu qui (lui) paraissait 
récalcitrant », « légitime défense », ces éléments de langage qui 
permettent souvent la relaxe des flics n’a pas convaincu la présidente. 
Surtout, c’est la vidéo amateur d’un témoin avec son téléphone qui a 
permis de faire éclater la vérité. Vive le copwatching !

	Les fusils d’assaut de la BAC
Fin février les BAC parisiennes refaisaient leur stock d’armes, 1 474 
casques et visières balistiques, 1 835 gilets pare-balles porte plaque, 
241 boucliers balistiques souples, 116 taser, 134 lanceurs de balle de 
défense, 981 bâtons télescopiques de défense… avec une nouveauté, 
l’attribution de 204 fusils d’assaut HK G36, jusqu’ici réservés aux 
forces d’intervention d’élite. Depuis on a appris que ce modèle avait un 
petit défaut : il tire de travers et surchauffe en mode en rafale. Le 
ministère de la Défense allemand a d’ailleurs décidé de les retirer des 
rangs de l’armée. Ça promet !


 > [ Agir ]

	Journées internationales contre les violences policières
Bordeaux du 4 au 19 mars : rencontres, rassemblement, déambulation, 
projection, formation et concerts. Un mois dédié à nos libertés pas 
encore tout à fait perdues, à la solidarité, à la mémoire de ceux morts 
sous les coups de la police. Voir : 
http://clap33.over-blog.com/2016/02/bordeaux-du-4-au-19-mars-2016-journees-anti-repression.html 

Québec - du 9 au 15 mars semaine contre la brutalité policière, voir : 
https://cobp.resist.ca/documentation/semaine-contre-la-brutalit-polici-re
Bruxelles -manifestation contre les violences policières mardi 15 mars - 
18h - Place Fontainas http://www.stop-repression.be/agenda/15mars/
Paris - samedi 19 mars - 14h Paris - Gare du Nord. Non à la légalisation 
du permis de tuer ! Ne nous laissons pas gouverner par la peur face à 
l’État policier ! Légitime défiance ici et ailleurs, hier et demain ! La 
solidarité est notre arme ! Organisons-nous et résistons ensemble le 19 
mars ! https://19marslegitimedefiance.wordpress.com/ Contact: 
[email protected]
Toulouse- Observatoire de l’état d’urgence http://toulouse.etatdurgence.fr/

	« Désarmons-les ! »
Un nouveau collectif s’est constitué avec la volonté de lutter contre 
les violences policières et sécuritaires. Site : desarmons.net ; mèl : 
[email protected]

	Goodyear
La mobilisation s’amplifie pour soutenir les 8 salariés condamnés à 9 
mois fermes. Une réunion nationale de tous les comités locaux qui se 
sont formés un peu partout aura lieu le 12 mars 2016 à 14h30 à Paris : 
Bourse du travail - 3, rue du Château d’Eau 75010 Paris ; infos : 
www.facebook.com/tousgoodyears ; mèl : [email protected]









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