La police policée, c’est possib le ? - Résistons Ensemble no 153, juin 2016
jb <[email protected]> Fri, 10 Jun 2016 08:06:28 +0200
| Newsgroups | gmane.politics.activism.zpajol |
|---|---|
| Message-ID | <[email protected]> |
Bonjour,
Voici dans le texte, le No 153, juin 2016, du petit journal mobile
recto-verso A4
"RESISTONS ENSEMBLE" du réseau contre les violences policières et
sécuritaires.
Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal
vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa
rédaction,
à se joindre à l'équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions,
propositions, critiques ...
à bientôt.
L'équipe de rédaction
Pour télécharger ce bulletin mis en page au format pdf :
http://resistons.lautre.net/spip.php?article563
au sommaire
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- La police policée, c’est possible ?
- Mobilisations contre la « loi travail » et son monde : emploi de la
force à tous les niveaux
- [ Chronique de l'arbitraire ]
Lycéens en lutte
Retour sur la manif des flics
Défense des prisonnières
Antoine, prisonnier politique
Syndicalistes, pas voyous ! »
Depuis la manif du 12 mai, tensions entre les SO CGT/FO et
les manifestant-e-s
- [ Agir ]
En blesser un pour en terroriser mille
Commémoration du 7e anniversaire de la mort d’ali ziri
La police policée, c’est possible ?
C’est une chorale qui chante d’une seule voix. D’abord, Philippe
Martinez, de la CGT, qui ment : le 1er mai, ce seraient de soi-disant «
casseurs » et pas les flics qui auraient attaqués les manifestants,
l’affiche d’un syndicat de la CGT dénonçant les violences policières
serait l’«affiche de trop» qui ne vise pas la police et les policiers
mais les « donneurs d’ordre ». Ensuite, la CGT-Police, selon qui, si
«bavures » il y a, comme par exemple au lycée Bergson où le courageux
policier assène un coup de poing en plein visage d’un lycéen solidement
tenu par « deux collègues », c’est parce que les flics ne sont « pas
correctement formés ». Ceux qui tirent sur la foule à hauteur de visage
et matraquent à tout va ne seraient pas des exécutants aveugles des
basses œuvres du gouvernement et du patronat, mais de pauvres
travailleurs fatigués. Alliance, FO, UNSA, CGT-Police, c’est la même
chanson, ils syndiquent les policiers comme s’ils étaient des salariés
comme les autres. Selon le syndicat de flic le plus « à gauche », le
minuscule SUD-Intérieur de chez Solidaires, la police aurait une «
double nature », elle protégerait le citoyen en plus de servir au
maintien de l’ordre social. Sud-Intérieur appelle les policiers à
rejoindre le cortège contre la loi El Khomri, en « oubliant » que les
flics sont déjà dans les cortèges...pour taper, gazer, nasser, arrêter,
mutiler, provoquer.
« Gauche » ou droite, tous tortillent du cul pour masquer une vérité :
le pouvoir, les donneurs d’ordre, la police et les policiers forment un
même corps. La police est surarmée, militarisée par le pouvoir, ses
lanceurs de balle qui crèvent les yeux, ses « grenades de
désencerclement » qui percent des cranes sont ses outils de «
communication ». Briser et marquer les corps devient son unique
doctrine. Alors que l’impunité policière est sans limite, des dossiers
vides peuvent mener des manifestants devant les cours d’assises. La tête
et son bras armé ne peuvent pas être séparés.
Côté manifestants, le « carré de tête », devant les SO CGT/FO est
désormais occupé par le « devant » des cortèges où il y a de tout et de
tout âge. De l’inédit jusqu’ici, on y trouve syndicalistes avec leurs
badges et drapeaux, collectifs radicaux de toutes sortes, retraités,
lycéens, étudiants, chômeurs, sans papiers, familles de victimes de
violences policières…Souvent plus nombreux que les promeneurs derrière
les ballons syndicaux et surtout avec un autre message : nous voulons
nous envoler et ne pas rester attachés comme vos ballons. Cette foule
bigarrée, foutraque et solidaire grossit à chaque violence, provocation,
nassage policier. Elle ne crie pas « casseurs, cassez-vous! » mais ultra
majoritairement en désignant directement les flics et derrière le
gouvernement «C’est vous les casseurs ! C’est vous les racailles! ».
Alors que penser de la violence de ces soi-disant « casseurs » ? A ceux
qui tiennent des discours genre, c’est « à cause des casseurs qu’il y a
des violences policières », certains répondent : quelle lutte réelle de
résistance offrent les gonfleurs de ballons attachés, à la jeunesse sans
avenir ? On peut, bien sûr, discuter de l’intérêt du cassage de la
vitrine d’une banque ou de l’incendie d’une voiture de police pour la
construction d’une résistance de masse mais, qui peut nier que ces
symboles du régime capitaliste inspirent une haine légitime ? Ne nous
laissons pas aveugler par l’enfumage du pouvoir et de ses larbins : une
voiture de police incendiée vaut-elle plus qu’un œil crevé à coup de
flashball ou un crâne fendu à coup de grenade de désencerclement ?
Valls, lui, ouvre la chasse à courre : «Il n’y a pas de consigne de
retenue contre les casseurs ». Les « bandes armées du capital » (Marx)
sont lâchées. Il n’y a pas de police « policée ». Et la justice poursuit
le sale boulot face à ceux dont l’audace de « casseurs » serait allée
trop loin : les « arracheurs de chemises » d’Air France ou les «
séquestreurs » de Goodyear, les « bloqueurs de lycée » de Levallois,
ceux des lieux de productions et les centaines de manifestants
interpellés en font déjà les frais, ils seront tous traités de « voyous
» et « terroristes ». Ils doivent être tous défendus sans distinction.
Mobilisations contre la « loi travail » et son monde : emploi de la
force à tous les niveaux
Le 10 mai le gouvernement décide que la «loi travail» sera validée à
l’aide du 49.3. Le rassemblement organisé devant l’Assemblée nationale
sera très durement réprimé. Jeudi 12, la pression policière s’exerce
avant même que commence la manif : certaines personnes sont arrêtées en
sortant de chez elles sous prétexte de contrôles d’identité, elles
passeront 4 heures au poste et seront donc de fait, privées de
manifestation. Le dimanche 15 mai, ce sont des arrêtés préfectoraux qui
sont remis, en région parisienne, à Nantes et Lyon, à des dizaines de
personnes (syndicalistes, victimes de violences policières,
journalistes, militants non encartés...) ayant pour seul point commun
d’avoir été vues dans des manifs contre les violences policières et la «
loi travail »; il s’agit de leur interdire sur la base de la loi sur
l’état d’urgence de se rendre dans les zones où des manifs doivent avoir
lieu. Ces interdictions se fondent uniquement sur le renseignement de la
DGSI et le ciblage politique de manifestants qui s’organisent. La
personne risque jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 7500 euros d’amende.
La quasi-totalité de ces arrêtés seront annulés par le tribunal mais la
pression est là.
Côté manifs, quelques innovations : à leur point de départ, le quartier
est bouclé et des fouilles systématiques sont organisées, la police,
soi-disant à la recherche d’armes, confisque tout ce qui permet de se
protéger (lunettes de plongée, sérum physiologique, citron, masques
etc). A Rennes le 2 juin une nouvelle technique, jusque-là réservée aux
migrants de Calais est utilisée contre 300 manifestants qui tentent de
bloquer la rocade : les flics chargent en voiture et à toute allure ne
s’arrêtant qu’après avoir traversé la manif pour matraquer et gazer tout
le monde afin d’achever la dispersion.
Les violences les plus dures sont constantes comme les vidéos continuent
de le montrer : le 17 mai place de la Nation à Paris un homme filme un
jeune bousculé par les flics et se trouve lui-même visé par un tir tendu
de grenade lacrymogène qui le blesse à la jambe ; à Toulouse le 26 mai,
une autre vidéo montre une jeune fille se faire saisir à la gorge puis
projeter au sol par un CRS ; ce même jour à Caen, un manifestant est
roué de coups de matraque alors qu’il est à terre ; à Paris, une vidéo
et de nombreux témoignages désignent un flic comme étant à l’origine
d’un tir de grenade lancé à l’aveugle sur la foule blessant d’abord une
manifestante au pied pour ensuite ricocher et atteindre la tête d’un
journaliste indépendant de 28 ans, Romain D. qui s’effondre, gravement
blessé à la tempe , est acheminé encore conscient par des pompiers dans
une ambulance mais accompagné par deux flics, ses proches le retrouvent
à l’hôpital, dans un état de coma qui durera plusieurs jours.
Le blocage des raffineries et des dépôts pétroliers n’est pas en reste
du point de vue de la répression. Canons à eau, lacrymos, délogements
des grévistes au petit matin, « charges d’une violence inouïe »,
interpellations par centaines comme lors du blocage du port de
Gennevilliers. Et ça suit aussi du côté de la répression judiciaire: le
14 mai un lycéen nantais de 18 ans est mis en examen pour «tentative
d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique » (ce qui
peut lui valoir la cour d’assise et la réclusion à perpétuité!) car on
l’accuse, sans preuve tangible, d’avoir donné quelques coups de poing à
un commissaire qui ne s’était pas reculé assez rapidement après une
charge (info : lenvolee.net) ; encore 3 lycéens de Levallois ont été
convoqués, résultat: rappels à la loi et 750 euros d’amende, un nouveau
procès est prévu le 23 juin; le 25 mai, l’un des deux militants qui
s’étaient réfugiés suite à une charge policière dans le local de la CNT
dont la porte a été défoncée par les flics, a été condamné à 6 mois de
sursis et une interdiction de manifester d’un an.
La répression est tout aussi féroce vis à vis des mobilisations hors
lutte contre la loi travail : le 2 juin, c’est un rassemblement de
parents et d’enseignants devant le collège Surcouf de Saint Malo venus
protester contre la fermeture du collège à la rentrée prochaine qui se
font charger très violemment par les flics : 11 collégiens sont blessés,
3 d’entre eux finissent à l’hôpital, 2 avec un membre fracturé.
> [ Chronique de l'arbitraire ]
Lycéens en lutte
Lycée Dorian de Paris: quatre lycéens exclus pour avoir voulu protester
contre la loi travail et son monde. Un rassemblement a été organisé le
24 mai contre ces exclusions, même si elles sont temporaires. Les
lycéens de Mozart au Blanc Mesnil (93) ont bloqué leur lycée le 20 mai,
pour dénoncer la décision prise par le Conseil régional d’IDF de
Pécresse de pouvoir pratiquer des tests salivaires censés détecter
drogue et alcool. Ils ont été soutenus par leurs enseignants. Un appel
des profs circule sous le titre « Stoppons la répression qui frappe nos
élèves ! », les signataires s’engagent à faire à « chaque fois la
démonstration active et résolue de cette solidarité en refusant d’être
instrumentalisé.e.s pour empêcher nos élèves de manifester »… signatures
sur Facebook : "Personnels de l’éducation debout".
Retour sur la manif des flics
Une voiture incendiée, quelques centaines de flics présents place de la
République à Paris sous très haute protection policière, c’est le bilan
du rassemblement des flics qui non contents d’avoir un écho favorable
dans les médias et chez les politiciens, ont voulu protester contre ce
qu’ils appellent la « haine anti-flics ». Avec le soutien du
gouvernement et des députés FN entre autres, la corporation a martelé
une fois de plus la litanie bien connue : on subit de nombreuses
violences (350 depuis mars?)... Une contre-manif avait été appelée pour
faire entendre un autre message mais impossible... Suite à l’incendie
d’une voiture de flics quatre personnes arrêtées et mises en accusation,
dont une reste en prison, le 26 une autre est arrêtée et emprisonnée sur
la base de sa « silhouette ». Les dossiers sont vides.
Défense des prisonnières
Suite à un blocage de promenade le 2 mai à la MAF de Fresnes pour
demander de meilleures conditions de détention, une détenue basque est
mise à l’isolement, deux autres au mitard pour s’y être opposées. Les
prisonnier-es basques de Fresnes, Meaux et Osny se mettent en grève de
la faim. Un rassemblement s’est tenu devant la prison le samedi 28 mai.
Des jeunes du quartier se sont joints au cortège. Les slogans ont été
entendus depuis la détention, ça tapait sur les barreaux, ça gueulait «
liberté » ! Les détenu-es en lutte ont suspendu leur grève de la faim
après avoir eu l’assurance que Itziar quitterait l’isolement et serait
transférée dans une prison avec d’autres détenues basques. Infos :
https://lenvolee.net/
Antoine, prisonnier politique
Le 17 mai à Lille, trois policiers de la BAC se jettent sur un
manifestant. Rien ne justifie l’interpellation, sauf son engagement
(Antoine est un militant bien connu de la CGT de Valenciennes et
Alternative Libertaire). Après 48h de garde à vue c’est la comparution
immédiate. Situation orwelienne, il lui est reproché des faits s’étant
déroulés après son arrestation ! Il est aussi accusé d’avoir violenté
les policiers (un baqueux aurait subi une blessure ayant entraîné 0 jour
d’ITT). L’acharnement se poursuit au tribunal : le juge décide son
placement en détention provisoire et ce malgré un dossier d’accusation
vide, les témoignages et des garanties de représentation fortes.
Infos : https://luttennord.wordpress.com/
Syndicalistes, pas voyous ! »
Le 27 mai un millier de personnes était rassemblées pour soutenir les 16
salariés d’Air France traînés devant le TGI par la direction. I1s
doivent être jugés pour avoir forcé l’ouverture de la grille du siège et
pour faits de violence (l’affaire de « la chemise arrachée »), face à
l’annonce de la suppression de 2900 postes.
N’y a-t-il pas légitimité à la violence physique face à la violence d’un
tel plan social ?
C’est bien ce que sont venus rappeler les personnes rassemblées.
L’audience a été renvoyée aux 27 et 28 septembre 2016.
Depuis la manif du 12 mai, tensions entre les SO CGT/FO et les
manifestant-e-s
Le 12 mai, alors que les affrontements avec les flics se répétaient, un
SO CGT/FO a tenté d’agresser la tête de manif, des cris : « flics, SO,
même combat » fusaient. Le SO a fini par sprinter pour se réfugier
derrière des cordons de flics anti-émeute. On voyait encore mieux de
quel côté ils étaient, même si tout le monde avait déjà bien compris…
Mais si on préfère se taper dessus entre nous plutôt que de se focaliser
sur notre véritable adversaire, on est foutus.
> [ Agir ]
En blesser un pour en terroriser mille
En novembre 2007, mouvement contre la loi d’autonomie des universités,
Pierre Douillard-Lefevre touché par un tir policier au flashball (le LBD
40 – plus précis, plus puissant ) Il perd l’usage de son œil (lire RE
59). Dans son livre L’Arme à l’œil. Violences d’État et militarisation
de la police Pierre explique en quoi nous sommes entrés dans « une
nouvelle séquence du maintien de l’ordre, qui est aussi l’aboutissement
de 20 ans de surenchère sécuritaire et d’expérimentations d’un nouvel
arsenal policier… ». De nouvelles armes présentées comme “anti-bavure”
qui viennent en réalité se substituer à la matraque augmentant de façon
exponentielle la violence de la police.
http://www.editionsbdl.com/fr/books/larme-loeil.-violences-detat-et-militarisation-de-la-police/540/
Commémoration du 7e anniversaire de la mort d’ali ziri
samedi 11 juin 2016, 15h, Espace Mandela, 82 Bd du Général Leclerc à
Argenteuil.
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