BMCR 2009.07.44: Devillers on Sailor, Writing and Empire in Tacitus
Bryn Mawr Classical Review <[email protected]> Thu, 16 Jul 2009 08:26:23 -0400 (EDT)
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Dylan Sailor, Writing and Empire in Tacitus. Cambridge/New York: Cambridge University Press, 2008. Pp. xi, 359. ISBN 9780521897471. $99.00. Reviewed by Olivier Devillers, Universite/ Michel de Montaigne-Bordeaux III ([email protected]) Word count: 2786 words ------------------------------- To read a print-formatted version of this review, see http://bmcr.brynmawr.edu/2009/2009-07-44.html To comment on this review, see http://www.bmcreview.org/2009/07/20090744.html ------------------------------- L'image que Tacite donne de son attitude envers le pouvoir impe/rial est au coeur de cet ouvrage. Le the\me est explore/ a\ travers un examen de l'oeuvre historique tacite/enne, a\ savoir essentiellement l'Agricola, les Histoires et les Annales (a\ l'exclusion donc de la Germanie et du Dialogue des Orateurs). Pour D. Sailor, dans ces ouvrages apparai^t, sous la plume de Tacite-historien, un Tacite-acteur de ses propres e/crits qui se met en marge du re/gime et que l'on pourrait presque taxer d'opposant ; ce portrait se trouverait en de/calage avec ce que l'on connai^t par ailleurs de la carrie\re politique de l'auteur, laquelle semble s'e^tre poursuivie sans hiatus notable de Vespasien a\ Trajan. Dans le chapitre 1, D. Sailor me^le des observations ge/ne/rales sur ce que repre/sentait l'e/criture de l'histoire sous le Haut-Empire romain et d'autres qui portent plus proprement sur Tacite en vue de montrer que c'est a\ travers son activite/ d'historien que ce dernier cherche a\ apporter le te/moignage de son inde/pendance par rapport au pouvoir. S'y associe une re/flexion sur ce qui constituait alors la vraie gloire pour un se/nateur. L'inte/re^t de cette section vient de l'association qu'elle ope\re entre des choix historiographiques et des prises de position politiques. Le chapitre 2 porte sur l'Agricola. Pour D. Sailor, l'opuscule refle\te une crise de la repre/sentation sous le Principat. La difficulte/ consiste d'une part pour Agricola lui-me^me a\ se de/finir en tant que membre d'une classe dirigeante sous un prince tel que Domitien (ce qui e/clate surtout lorsqu'il est a\ Rome et non dans sa province), d'autre part pour Tacite a\ rendre justice a\ l'action de son beau-pe\re. Le second point est de/veloppe/ a\ travers l'analyse de la pre/face, le premier a\ travers un survol du reste de l'ouvrage. On retiendra le lien e/tabli entre la relative absence de Domitien dans la premie\re partie de l'opuscule et sa damnatio memoriae, le fait que Tacite se projette dans le personnage d'Agricola, la relation sugge/re/e entre conque^te et e/criture, le ro^le de la monographie comme substitut de triomphe, les e/chos releve/s entre le de/but et la fin de l'opuscule... Le chapitre 3 conside\re essentiellement la pre/face des Histoires. Tacite y e/tend a\ l'ensemble du Principat les critiques qui, dans l'Agricola, visent Domitien ; il inscrit paralle\lement sa re/sistance au re/gime dans la dure/e. A\ cet effet, il souligne les e/cueils qui, par la suite du changement de re/gime, menacent l'e/criture de l'histoire. On retient le rapprochement entre libertas et eloquentia, conside/re/ dans ses implications politiques, la comparaison entre les avis de Tacite (H., I, 1) et Dion Cassius (LIII, 19) sur l'e/volution de l'historiographie sous le Principat, le fait que Tacite de/finit par la ne/gative son projet historiographique, l'analyse de H., II, 101, 1, la proximite/ entre fides politique et historiographique, le paralle\le entre l'attitude de l'historien et l'impassibilite/ du sage, l'ide/e que Tacite dans son effort pour reconstituer les faits se pose en compe/titeur du prince, lequel tend a\ confisquer la connaissance des rouages de l'E/tat... Le chapitre 4 explore, suivant un sillon de/ja\ exploite/ par A. Rouveret, un the\me des Histoires, la pre/sentation de la ville de Rome, en de/calage avec l'appropriation de l'espace urbain a\ laquelle se livre le prince ; ce chapitre est, plus que les autres, attentif aux structures narratives. On note l'identification entre monarchie/principat et guerre civile, le de/calage qui est ope/rant, pour ce qui concerne la perception de Rome, entre le lectorat de l'historien et les acteurs des e/ve/nements, la puissance destructrice du premier discours d'Othon aux pre/toriens, les e/chos signifiants entre destruction et reconstruction du temple de Jupiter Capitolin, le ro^le pre^te/ a\ Helvidius Priscus dans cette dernie\re, la conception tacite/enne de l'e/criture de l'histoire comme monumentum, la fonction donne/e a\ l'excursus sur les Juifs... Le chapitre 5 est consacre/ a\ une seule section des Annales, les chapitres IV, 32-38. Destine/e a\ asseoir le prestige et l'auctoritas de l'historien, elle englobe les re/flexions de l'historien sur sa matie\re (passage parfois qualifie/ de "seconde pre/face", p. 275), le proce\s et la mort de Cremutius Cordus[[1]] et le discours de Tibe\re sur le culte impe/rial. Le passage ferait de Cremutius une authentique projection de Tacite lui-me^me, laissant entendre qu'une entreprise comme les Annales ne pouvait e^tre approuve/e par le prince et e/tait source de dangers pour son auteur. On mettra en exergue l'hypothe\se selon laquelle l'e/pisode aurait aussi e/te/ inspire/ par un sujet de de/clamation familier aux e/coles de rhe/torique concernant la possibilite/ qui aurait e/te/ laisse/e a\ Cice/ron de sauver sa vie s'il bru^lait ses Philippiques. De me^me, il est souligne/ comment Tacite re/e/labore son dossier documentaire en vue de transformer le martyre d'un se/nateur qui avait par ailleurs e/crit un ouvrage historique en l'e/vocation du martyre d'un historien. La comple/mentarite/ propose/e entre le sort de Cremutius Cordus et le discours de l'empereur sur les honneurs divins constitue une autre ide/e convaincante. Pareillement se/duisante est la suggestion qui termine le chapitre sur le recours dans le discours final de Cremutius a\ une sorte de "langue de bois", figurant la difficulte/ dans laquelle sont les historiens d'afficher avec franchise leurs opinions. La conclusion continue dans cette voie de l'audace en s'attachant au sens possible de la fin brutale des Annales comme me/taphore de l'incapacite/ dans laquelle l'historien aurait e/te/ mis de poursuivre jusqu'au bout son ouvrage (cf. Lucain), suggestion audacieuse certes, mais dans la logique d'une e/tude qui voit l'oeuvre historique comme moyen d'auto-repre/sentation de l'historien. Ce dernier se poserait alors en personnage propre a\ inspirer l'empathie du lecteur. Dans la bibliographie moderne, les monographies qui s'attachent spe/cifiquement a\ la pense/e tacite/enne sont peu nombreuses. L'ouvrage de D. Sailor s'inscrit parmi celles-ci. Il convient pourtant d'en cerner les limites : influence/ par les travaux re/cents sur l'historiographie antique (spe/cialement J. Marincola), il ne porte pas tant sur l'ide/ologie de Tacite que sur sa "posture ide/ologique", et tend en cela vers l'essai biographique. Dans cette mesure, il retient ce qui est le plus emble/matique d'une auto-repre/sentation, ainsi que l'indique l'espace consacre/ aux pre/faces. Cette re/duction du corpus apparai^t dommageable dans la mesure ou\ elle conduit a\ ne/gliger les nombreux passages ou\ l'historien s'inte/resse aux travaux du Se/nat ou s'exprime sur des sujets de socie/te/. Pourtant, leur prise en compte aurait e/te/ de nature a\ nuancer l'image d'un Tacite pessimiste et oppose/ au re/gime qui est pre/sente/e ici. Il semble en effet que, si Tacite se connecte a\ la tradition re/publicaine, il ne le fait pas toujours dans un souci d'auto-repre/sentation personnelle, mais aussi, de manie\re constructive, en vue de sugge/rer que cette tradition, pour autant qu'elle s'articule sur la re/alite/ du re/gime impe/rial, peut s'ave/rer be/ne/fique. Je voudrais de/velopper dans ce sens trois aspects particuliers : 1) la figure de Thrasea Paetus, 2) la multitude des sujets aborde/s par Tacite, 3) le portrait qu'il laisse des empereurs. 1) Pour D. Sailor, Thrasea incarne un type d'aspiration a\ la reconnaissance par les se/nateurs dans lequel Tacite ne se retrouve pas, mais dont il ne peut se de/solidariser sous peine de se de/solidariser de sa propre classe sociale qui l'approuvait globalement. Il convient ne/anmoins d'e/valuer le ro^le de Thrasea a\ travers la totalite/ de ses cinq apparitions dans les Annales et en interaction avec d'autres personnages. A\ cet e/gard, Thrasea qui intervient toujours dans le cadre du Se/nat, se distingue de Se/ne\que (sur celui-ci, p. 159-160), qui apparai^t le plus souvent dans le contexte de la domus impe/riale. La comparaison implicite entre les deux conduit Tacite a\ de/gager deux types de se/nateurs : celui qui reste fide\le a\ sa classe, celui qui cherche la familiarite/ avec les empereurs. Son assentiment va au premier type. Le me^me clivage se trouve sous Tibe\re : Aemilius Lepidus agit dans le cadre du Se/nat, Asinius Gallus - auquel (pluto^t qu'a\ Calpurnius Piso ; cf. p. 28) Lepidus est oppose/ en Ann., IV, 20 - dans une forme de proximite/ avec la dynastie. Ce subtil re/seau d'analogies et de contrastes entre personnages rapproche en outre Lepidus et Thrasea (cf. ressemblances entre Ann., III, 50 et XIV, 48-49). Il ne semble donc pas que Tacite bla^me l'attitude du second, puisqu'elle s'inscrit dans la ligne/e de celle du premier, qu'il approuve. Le proble\me de Thrasea n'aurait pas e/te/ tant son attitude elle-me^me que l'inade/quation de celle-ci aux temps ne/roniens. Ceci ne signifie toutefois pas qu'elle ne puisse pas redevenir ade/quate sous un meilleur empereur, comme Trajan. En ce sens, Tacite pourrait alors s'inscrire lui-me^me, en tant qu'historien, dans la ligne des options politiques de Thrasea. Ainsi, en tant qu'historien pre/occupe/ de sujets parfois futiles en apparence (Ann., IV, 32, 2 Non tamen sine usu fuerit introspicere illa primo aspectu leuia, ex quis magnarum saepe rerum motus oriuntur), il apparai^t comme une projection de Thrasea au de/but du re\gne de Ne/ron, lorsque le Stoi+cien intervient a\ propos du nombre de gladiateurs permis aux Syracusains lors de leurs jeux (Ann., XIII, 49, 4 ut manifestum fieret magnarum rerum curam non dissimulaturos qui animum etiam leuissimis aduerterent). Par ailleurs, quelque contradiction e/merge du constat que dresse D. Sailor : comment penser d'un co^te/ que Tacite recherche (en rupture notamment avec Thrasea) un chemin qui soit exempt de danger (Ann., IV, 20, 3 iter ambitione ac periculis uacuum) et d'autre part soutenir - ce qui est un axe essentiel de l'analyse des lignes sur Cremutius Cordus et de la conclusion - que l'historien entreprend de se valoriser en soulignant combien il se confronte aux dangers ? 2) Le corpus retenu par D. Sailor, on l'a dit, ne refle\te pas la varie/te/ des sujets traite/s par Tacite. Or celle-ci n'est ni gratuite ni purement esthe/tique, mais constitue le vecteur majeur d'un discours constructif, d'ampleur socie/tale, sur le Principat. Il est dans ce sens a\ regretter que livres les plus riches a\ cet e/gard (cf. Ann., III) ne soient gue\re exploite/s. De me^me, les implications re/publicaines des passages retenus ne sont pas toujours prises en compte. Ainsi, dans le chapitre 1, il est fait grand cas de la lec,on qu'inspire la notice ne/crologique de Labeo et de Capito ; mais il faut aussi voir que la forme de la notice ne/crologique renvoie a\ l'historiographie re/publicaine et que les mutations que lui fait subir Tacite dans les Annales (jusqu'a\ sa disparition sous Ne/ron) sont signifiantes. Il en va de me^me dans le chapitre 2, pour ce qui est du genre de l'Agricola. Il est beaucoup question des biographies d'e/poque impe/riale cite/es en Agr., 2, 1, mais il ne faut pas oublier que les deux premiers ouvrages signale/s sont, en Agr., 1, 3, deux autobiographies re/publicaines, celles de Rutilius et de Scaurus ; celles-ci se seraient de/ja\ distingue/es par leur tendance a\ de/passer le strict cadre de vies pour soutenir une re/flexion ide/ologique;[[2]] a\ travers elles, Tacite se re/fe/rerait a\ un type de "biographie se/natoriale" ou\ s'exprimait une pre/occupation de nature collective.[[3]] Ou encore, il est beaucoup question d'analogies, mais celles-ci sont essentiellement sugge/re/es entre les e/ve/nements narre/s et la situation personnelle de l'historien, beaucoup moins entre le passe/ et son temps, une de/marche qui se trouve pourtant, par exemple sur les me/rites d'un prince qui ne recourt pas a\ la lex maiestatis,[[4]] sur la ne/cessite/ d'une extre^me se/ve/rite/ envers les esclaves de/loyaux,[[5]] sur l'e/tablissement des colonies[[6]]. D'autres aspects ne/glige/s par D. Sailor seront encore souligne/s dans ce sens : les re/cits d'affaires exte/rieures, traditionnels dans l'annalistique re/publicaine, que Tacite utilise pour faire e/cho a\ l'Vrbs dans une optique aussi ou\ le rapport entre Rome et peuples conquis passe pour une projection du rapport entre prince et Se/nat, sont pratiquement absents (cf. toutefois p. 232-249 sur le temple de Je/rusalem) ; certains personnages majeurs retiennent peu l'attention, ainsi Corbulon, qui a une dimension re/publicaine et pre/sente un cas singulier d'insistance sur la gloria;[[7]] les discours, dont beaucoup traitent de questions inte/ressant la conduite de l'E/tat ne sont (a\ l'exception de celui de Cremutius Cordus sur l'historiographie) gue\re exploite/s, par exemple celui qui est pre^te/ a\ Claude sur l'entre/e au Se/nat de notables gaulois (les livres claudiens sont d'ailleurs totalement absents de l'e/tude). C'est du reste de fac,on ge/ne/rale que le lien de Tacite avec la tradition annalistique est peu examine/, alors qu'il illustre une intersection entre e/criture et politique ; on en prendra comme indice l'absence dans la bibliographie de l'ouvrage de J. Ginsburg, Tradition and Theme in the Annals of Tacitus, Salem, 1984.[[8]] Une comparaison plus syste/matique de Tacite avec les autres sources (Sue/tone et Dion Cassius), de/bouchant sur une re/e/valuation de son dossier documentaire (spe/cialement acta Senatus) aurait aussi e/te/ utile dans ce sens.[[9]] Au niveau me^me des valeurs tacite/ennes, la mise en avant des questions de (d') (auto-)repre/sentation et de communication fait que la gloria est privile/gie/e par rapport a\ la libertas, davantage connote/e comme re/publicaine. Enfin, la moindre attention porte/e au Dialogue des Orateurs est pre/judiciable dans la mesure ou\ cet opuscule pose les jalons de la philosophie historique de Tacite selon une diachronie qui embrasse la Re/publique et l'e/poque cice/ronienne (ce qui serait notamment bienvenu dans le chapitre 5 ou\ est convoque/e la figure de l'Arpinate). Tout ceci ame\ne a\ relever une autre contradiction : en faisant l'impasse sur ce qui pourrait constituer un possible dialogue constructif entre les e/crits historiques de Tacite et le prince, D. Sailor implique que Tacite exclut le prince comme lecteur possible de ses oeuvres, alors que la notion d'un danger couru par l'historien n'a de pertinence que si le prince appartient a\ ce lectorat. 3) D. Sailor campe Tacite en opposant au re/gime sur la base du portrait ne/gatif qu'il dresse des empereurs. Une objection a\ cette vue est l'habitude sous le Principat de de/nigrer les princes qui ont pre/ce/de/, une pratique encourage/e par les empereurs en place. A\ cet argument, D. Sailor fait quelques allusions (p. 119, n. 1 ; 122 ; 256 + n. 17 ; 267), mais sans l'affronter vraiment. Du reste, ce portrait me^me des empereurs ne le retient gue\re, comme l'indique a\ la n. 122 de la p. 303 une bibliographie sur la peinture de Tibe\re qui aligne sans les distinguer des chercheurs aux avis aussi divers que B. Walker et D.C.A. Shotter. Pourtant, a\ travers ses portraits de Tibe\re, Ne/ron..., que reproche en fin de compte Tacite au re/gime sinon de de/pendre de la qualite/ individuelle de celui qui exerce le pouvoir ? Or chaque propagande impe/riale revendique l'empereur re/gnant comme le meilleur, singulie\rement sous Trajan, l'optimus princeps. Autrement dit, la de/marche historique tacite/enne n'est pas en soi de nature a\ ge^ner un prince qui ne fonde pas son discours tant sur la qualite/ intrinse\que du re/gime que sur sa propre valeur personnelle (laquelle s'accommode du de/nigrement de ses pre/de/cesseurs). A\ cet e/gard, on rele\ve que D. Sailor n'inte\gre pas a\ sa re/flexion le souhait exprime/ par Tacite d'e/crire sur Auguste (Ann., III, 24, 2), un projet qui, si l'on conside\re ses implications en termes de the/matiques historiques, ne cadre effectivement gue\re avec l'image qu'il donne de l'historien. En somme, ne pourrait-on dire que, en mettant en avant, a\ travers son portrait des principats pre/ce/dents, les e/cueils qui menacent les princes, Tacite souligne la valeur de celui qui re/ussit a\ les surmonter, si bien qu'il y aurait analogie entre la re/ussite de l'e/criture de l'histoire par Tacite (montrer les difficulte/s inhe/rentes au re/gime) et la re/ussite de l'exercice du pouvoir par Trajan (surmonter ces difficulte/s). Une telle conclusion a beau se situer dans l'esprit de l'ouvrage de D. Sailor, elle n'en est pas moins incompatible avec l'image que celui-ci retient de Tacite : un outsider qui se met en marge des relations de pouvoir qui constituent le Principat (par ex. p. 147). En conclusion, on ne peut dans un sens que louer cette e/tude, la finesse de ses analyses, la cohe/rence avec laquelle elle est mene/e, sa re/elle originalite/ (qui n'exclut pas la connaissance approfondie d'une bibliographie complexe)... ; pour ce qui est de l'auto-repre/sentation tacite/enne, il sera difficile a\ mon sens d'aller plus loin, de rassembler davantage de remarques et d'hypothe\ses stimulantes. Ne/anmoins, nous ne partagerons pas la conclusion de D. Sailor sur le sens de l'historiographie tacite/enne. Celle-ci ne se borne pas a\ mettre en sce\ne un parcours individuel ; elle posse\de une dimension collective, plus pre/cise/ment se/natoriale.[[10]] En donnant une porte/e ge/ne/ralisante a\ son approche, qui est - comme l'indique le choix d'un corpus finalement limite/ - partielle, il de/bouche sur une vision re/ductrice de Tacite, laquelle gauchit a\ son tour certaines des observations tre\s justes qu'il avance par ailleurs. Tacite se situe certes personnellement par rapport au pouvoir, mais il s'interroge aussi sur les possibilite/s qu'offre le re/gime, et c'est par cette interrogation qu'il re/concilie sa de/fiance envers les princes et son engagement au service de l'E/tat. Ce second aspect n'est pas assez pris en compte dans cette e/tude. ------------------ Notes: 1. Non cite/ : M. Meier, "Das Ende des Cremutius Cordus und die Bedingungen fuer Historiographie in augusteischer und tiberischer Zeit", Tyche, 18, 2003, p. 91-127. 2. Pour Rutilius, M. Ledentu, Studium scribendi. Recherches sur les statuts de l'e/crivain et de l'e/criture a\ Rome a\ la fin de la Re/publique, Louvain-Paris-Dudley, 2004, p. 112. 3. Cet ancrage re/publicain est notamment exprime/ par M. Lausberg, "Caesar und Cato im Agricola des Tacitus", Gymnasium, 87, 1980, p. 411-430, que D. Sailor ne fait que mentionner rapidement (p. 69, n. 50). Sur le lien avec l'Agricola, O. Devillers, "Le projet de Tacite en e/crivant l'Agricola", in Parole, Media, Pouvoir dans l'Occident romain. Hommages offerts au Professeur Guy Achard, Lyon, 2007, p. 211-215. 4. Cf. Plin., Pan., 34-35 ; 42, 1. 5. Ann., XIV, 43-44 ; cf. Plin., Ep., III, 14 ; VIII, 14, 12. 6. Ann., XIV, 27, 3 ; cf. R. Syme, Tacitus, Oxford, 1958, p. 447, n. 4. 7. M. Geiser, Personendarstellung bei Tacitus am Beispiel von Cn. Domitius Corbulo und Ser. Sulpicius Galba, Remscheid, 2007, spe/c. p. 30-152. La me^me remarque vaut pour Germanicus, tre\s peu e/voque/ par D. Sailor. 8. Absence aussi, dans une moindre mesure, de H.Y. Mac Culloch Jr, Narrative Cause in the Annals of Tacitus, Meisenheim/Glan, 1984. 9. Non cite/ : M. Baar, Das Bild des Kaisers Tiberius bei Tacitus, Sueton und Cassius Dio, Stuttgart, 1990. 10. Non cite/ : R. Syme, "The Senator as Historian", in Histoire et historiens dans l'Antiquite/ (Entretiens sur l'Antiquite/ classique 4), Gene\ve, 1958, p. 187-201. Aussi par ex. un article comme J. Percival, "Tacitus and the Principate", G&R, 27, 1980, p. 119-133 ou la synthe\se de R.J.A. Talbert, The Senate of Imperial Rome, Princeton, 1984.