Quand la société civile africaine condamne la chasse aux migrants

christophe h <[email protected]> Tue, 17 May 2016 17:49:44 +0000
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https://passeursdhospitalites.wordpress.com/2016/05/17/quand-la-societe-civile-africaine-condamne-la-chasse-aux-migrants/


(English  bellow)

La politique européenne de contenir les exilé-e-s le plus  loin possible s'attaque à des bassins d'échanges séculaires et fragmente des  construction politiques contemporaines, comme la zone de libre-circulation de la  Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest, et produit en Afrique  les mêmes effets qu'à ses frontières ou sur son territoire comme à Calais. Parmi  ces effets, la "chasse aux migrants".

Communiqué d'organisations de la  société civile africaine :

http://www.togoactualite.com/declaration-conjointe-societe-civile-africaine-denonce-chasse-aux-migrants-continent/



«  DECLARATION CONJOINTE


LA SOCIETE CIVILE AFRICAINE DENONCE LA CHASSE AUX MIGRANTS  SUR LE CONTINENT 
La mort du migrant de nationalité malienne  Mody Boubou Coulibaly ce lundi 9 mai 2016 à l’Hôpital National de Nouakchott a  profondément ému tous les acteurs de la société civile africaine. Le jeune Mody   pourchassé par un gendarme mauritanien n’a eu d’autre choix que de sauter du  troisième étage du bâtiment en chantier où il travaillait pour tomber sur un  piquet de ferraille qui lui transperce mortellement les hanches.  Admis à  l’Hôpital National de Nouakchott, le jeune migrant mourra quelques heures après.  Le seul crime qui lui était reproché était de travailler en Mauritanie sur des  chantiers de construction comme maçon sans pouvoir réunir les 30000 ouguiyas (85  euros) nécessaire pour se faire établir une carte de séjour.

Depuis  l’instauration en 2012 de la carte de séjour en Mauritanie, les étrangers, et  particulièrement les ressortissants de la CEDEAO vivant dans ce pays, ne cessent  d’être victimes d’une chasse aux migrants soigneusement organisée par les forces  de l’ordre qui tirent partie de la vulnérabilité de ces derniers. Les migrants  se retrouvent traqués comme des criminels par des voitures de police,  appréhendés dans leur maison et humiliés devant leurs enfants, ou encore arrêtés  sur leur lieu de travail parce que sans papier. Il est encore plus choquant de  remarquer que se sont majoritairement les migrants originaires du Sénégal et du  Mali qui sont plus victimes de ces exactions alors que ces peuples partagent en  commun avec la Mauritanie une même histoire depuis l’empire du Ghana voici plus  d’un millénaire. Cette chasse aux migrants coûte ainsi la vie à ce jeune homme  qui a eu le courage, pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille,  d’aller trouver du travail dans un pays limitrophe du sien. Voilà une mère dans  un village malien qui vient de perdre son fils de vingt ans au loin et qui ne  recevra plus de transfert d’argent pour sa survie par la faute d’une politique  répressive des migrants.

La société civile africaine condamne ces  politiques de chasse aux migrants qui se développent un peu partout sur le  continent africain avec l’appui des institutions européennes sous couvert de la  lutte contre la migration « irrégulière ». Elle s’insurge également contre le  non respect du droit à une vie digne des citoyens africains et la non mise en  œuvre, depuis plus de cinquante années d’existence de l’Union Africaine, d’une  libre circulation effective sur le continent dont les citoyens pourraient tirer  profit.  La situation actuelle en Libye en est la triste illustration avec la  brigade anti-immigration lourdement armée, grâce à l’appui de l’Union  Européenne,  qui traque de jour comme de nuit des travailleurs migrants  subsahariens, les entassent dans des centres de rétention au lieu de combattre  efficacement les trafiquants et les passeurs libyens. De l’Afrique de Sud au  Maghreb en passant par l’Angola, la Guinée Equatoriale, le Gabon, l’Ethiopie, le  Soudan… la chasse aux migrants est devenue une politique instituée par les chefs  d’Etats africains qui pourtant proclament dans tous les sommets des discours sur  l’intégration régionale.

L’appât de l’aide financière européenne de lutte  contre la migration transforme les autorités politiques africaines en de  véritables persécutrices de leurs frères et sœurs à la recherche juste d’un  travail pour vivre et nourrir leur famille. Cela pourrait rappeler le temps de  l’esclavage abolit il y a à peine deux siècles. L’Union Européenne, au détriment  de ses valeurs humanistes, et sans honte aucune, externalise ainsi dans les pays  africains sa politique migratoire sécuritaire. La société civile africaine en  appelle à la commission de l’Union Africaine, à la Communauté Economique des  Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et à tous les chefs d’Etat africains  d’écouter la voix de leur peuple et de se lancer résolument dans un réel  processus d’intégration régionale. Seul une véritable intégration africaine  pourrait empêcher nos pays d’être toujours l’instrument des politiques  européennes et permettra d’éviter que de valeureux jeunes, espoir de l’Afrique  de demain, se fassent tuer dans d’autres pays sur le continent en cherchant leur  gagne pain quotidien.

Ont signé au nom de la société civile  africaine :

L’Observatoire Ouest Africain des Migrations (OOAM)

Le  Réseau Panafricain pour la Défense des Droits des Migrants (PANDMiR)

Le  Réseau Caritas - Migration et Développement (MADE) – Afrique

Le Réseau  Marocain Transnational Migration et Développement (RMTMD)

 
 

   
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