Re:

François Elie <[email protected]> Sun, 30 Aug 2009 18:16:44 +0200
Newsgroups gmane.org.aful.education
Message-ID <[email protected]>
Le Sun, 30 Aug 2009 17:18:06 +0200,
Daniel Caillibaud <[email protected]> a écrit :

> Bonjour,
> 
> Je me sens un peu obligé de réagir ;-)
> 
> Le 29/08/09 à 17:19, François Elie <[email protected]> a écrit :

<couic/>
 
> > Ce qui me scandalise surtout c'est que le passage au numérique ne
> > conduise pas à la nécessité d'apprendre à écrire! et plus seulement
> > à lire.
> 
> Ça ne change rien par rapport au papier.

Je dis rapidement à quoi je pensais.

L'âge des copistes est celui où (même peu nombreux) ceux qui lisent et
ceux qui écrivent sont les mêmes.

L'imprimerie va les séparer par une interface et pas seulement
technique: la censure, l'éditeur, l'imprimeur, le libraire, et de
manière générale installer un pouvoir des lettrés (ceux qui peuvent
écrire) sur ceux qui, au mieux, savent lire. On parle surtout
d'apprendre... à lire.

L'internet rend le pouvoir d'écrire, et bouscule le pouvoir de ceux qui
avaient accès au pouvoir d'écrire dans le monde du papier. Le problème
de l'école est simple: soit elle reste l'école en continuant surtout à
apprendre à lire (même si c'est wikipedia), soit elle s'adapte à ce
nouveau monde en apprenant aux enfants à écrire pour tous, par exemple
dans wikipedia. La tentative de créer un wikipedia des clercs est
symptomatique...

Je reprends donc: ça change tout par rapport au papier!

<couic/>

> > > l'animation peut aider à la compréhension, parfois.  Mais je doute
> > > qu'elle aide à la mémorisation.
> 
> Il a même été +/- prouvé (une étude suisse dont j'ai oublié les refs)
> que cela focalisait l'attention mais nuisait à la mémorisation.
> En revanche, une animation avec des pauses aide nettement la
> compréhension. Que ce soit pour le moteur à explosion (pardon aux
> physiciens, faut dire moteur à combustion interne) ou les battements
> cardiaques, des schémas de chaque "état" permettent la mémorisation,
> mais une anim pour montrer les transitions entre états permet de
> comprendre les mécanismes.

C'est l'évidence... J'appartiens à la génération qui aurait pu voir
utiliser la télévision pour cela. Et c'est en pensant à ce qui a été
raté que je regarde avec un léger pessimisme ce qui se prépare dans le
numérique...

> > Il y de la connaissance "propriétaire" et de la "connaissance
> > libre". Et la première sera toujours plus séduisante que la
> > seconde... 
> 
> Pas toujours. la production des éditeurs privés n'est pas encore au
> niveau des exos interactifs de Sésamath par exemple.

Ceux qu'il importe de séduire, ce sont ceux qui paient, et ceux qui
votent pour ceux qui paient. 

> Sinon, je voulais quand même faire remarquer que le numérique pour le
> scolaire avait un paquet d'avantages.
> - Le poids (faudrait dire la masse, mais ça prête à confusion).

très bien pour le dos, oui

> - La navigation et les mises en relation  plus aisées entre un doc et
> plein d'annexes (grammaire, conjugaison, tableau périodique,
> illustrations, etc.)

Cela se discute, car les liaisons symboliques qui ont un existence à
l'extérieur, on compte dessus, et on ne les installe pas nécessairement
à l'intérieur. Si je connais le chemin d'une connaissance, pourquoi
apprendre cette connaissance ?

> - L'audio et le mouvement (cf plus haut). En langues, c'est quand
> même très appréciable d'avoir les textes et l'audio sur un même
> support, avec éventuellement la possibilité pour les élèves de
> s'enregistrer (ce qui pourrait enfin rendre possible une évaluation
> un peu plus sérieuse de la production orale, même si ça va poser un
> pb de temps de travail du prof).

On dispose depuis longtemps d'outils audiovisuel en langue... même
remarque que plus haut à propos de la télévision.

Mais c'est vrai que de disposer de l'audio et du texte sur le même
support est très important.

> - La mémoire (le livre et le cahier peuvent ne faire plus qu'un)

lire ET écrire ;-)

> Bref, tout ça pour dire de pas jeter le bébé avec l'eau du bain, il
> faudrait juste prendre le train en marche et produire des contenus
> educ libres... (dsl, encore du yakafokon) [fin de l'autopromo ;-) ]

Telle n'était pas mon intention.
Oui évidemment aux contenu éducatifs libres. Mais pour l'instant, le
grand rouleau compresseur est en marche pour faire de l'école en
général le grand consommateur d'une production numérique industrielle
qui va remplacer l'édition classique. On a oublié de se poser deux
questions au passage, et c'est tragique. la première question touche à
la collusion entre le pouvoir des lettrés et la relation passée
école/monde de l'édition, et la seconde aux modes nouveaux de
production numérique. Les professeurs peuvent produire de manière
collaborative des contenus éducatifs libres: Sesamath en est la
brillante démonstration. Au lieu de les y encourager, on les encourage
à "faire acheter" des licences de solutions numériques, comme on les
incitait à "faire acheter" des livres. Plus ça change, plus c'est la
même chose (Paul Watzlawick ajoutait dans un article à propos de cet
adage: "proverbe français").

Bien cordialement
François Elie

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