Re:
Bastien <[email protected]> Sun, 30 Aug 2009 19:17:16 +0800
| Newsgroups | gmane.org.aful.education |
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| Message-ID | <[email protected]> |
Bonjour, François Elie <[email protected]> writes: > L'internet rend le pouvoir d'écrire, et bouscule le pouvoir de ceux qui > avaient accès au pouvoir d'écrire dans le monde du papier. J'apprécie beaucoup la portée et la simplicité de ton analyse du rapport entre lire et écrire aux différents âges techniques, et en fonction des différentes "interfaces" que ces techniques permettent. Dans le détail, je suis un peu sceptique avec l'idée d'une école qui aurait eu pour mission essentielle de démocratiser la lecture, quand Internet nous donnerait aujourd'hui la chance de démocratiser (enfin!) l'écriture. (Évidemment, je simplifie ton propos...) L'École de Jules Ferry avait pour rôle de transmettre une culture commune en donnant à chacun la possibilité d'y accéder par la lecture. Mais elle permettait aussi à tous de *contribuer* à cette culture, en mettant en place un réseau d'institutions faisant la sélection de ceux à qui elle donnait le pouvoir d'être des référents culturels (pour le dire simplement.) Nous vivons encore dans ce système à la fois élitiste (la culture doit être définie par ceux que le système qualifie comme les "meilleurs") et égalitaire (l'état se doit d'être équitable et de donner à chacun la possibilité de faire partie des meilleurs). C'est, il me semble, ce qu'on désigne quand on parle d'école "républicaine", et c'est ce dont l'école de Jules Ferry (réelle ou rêvée) est devenue le symbole. Donc certes, le but était d'enseigner la lecture massivement, mais il était aussi de permettre à chacun d'"écrire", de participer activement à cette culture, même si peu y arrivait au final (ce "happy few" étant au principe même de l'élitisme, valeur que l'on peut contester). Il était statistiquement plus difficile de le faire parce que l'élitisme filtrait en masse, mais il filtrait sur une base qui, au moins idéalement, était démocratique. Je pense comme toi que l'école devrait apprendre aux élèves à écrire dans WikiPedia, à la fois parce que c'est un bon exercice pédagogique, parce que cela permet de comprendre ce qu'est WikiPedia et parce que cela initie les élèves aux nouvelles manières de contribuer à la culture commune d'internet. Mais est-ce que ces nouvelles possibilités d'écrire sont des nouvelles possibilités de devenir des "référents culturels"? Non. Au mieux cela étend cette notion de "référent culturel" en la rendant plus lâche. Au pire cela rend la notion douteuse -- et on frise la démagogie. L'avenir que j'entrevois est celui-ci : sous prétexte de permettre à chacun d'accéder à l'écriture collective de la culture, on insistera moins sur la capacité à comprendre cette culture commune ("lire") et on abaissera l'idée de ce que signifie "écrire" (envoyer un tweet par texto). Au final, le numérique sera entièrement dans les usages, et les élèves confondront la capacité à s'exprimer (en 140 caractères) avec le droit qu'ils ont à penser ce qu'ils pensent. L'effet de ce système sera de renforcer la reproduction sociale déjà observée aujourd'hui, car la famille sera le vrai lieu de définition (ou d'absence) de la culture. Bof, bof. Les logiciels libres sont liés à l'idée d'une "deep digital literacy", qui au-delà des usages et cherche la maîtrise des outils. Puisse cet esprit se communiquer à l'idée d'une "deep cultural literacy", ou le pendant de l'écriture est la lecture, c'est-à-dire l'application de l'esprit à comprendre ce que les autres ont à dire. A+! -- Bastien -- Gerez vos abonnements aux listes de diffusion : https://www.aful.org/wws Ce message n'engage que son auteur et ne reflete pas la position officielle de l'AFUL ; pour celle-ci consultez http://www.aful.org/